Chapter 2

Un Murmure dans la Nuit Profonde

Au milieu de cette obscurité oppressante, alors que Dhjin se noie dans ses pensées mélancoliques, une voix douce et familière traverse le silence. C'est Serpentine. Sa voix, parsemée d'une chaleur réconfortante, porte un message simple mais puissant : "Je t'aime, mon amour." Ce n'est pas un cri, ni une supplication, mais un murmure tendre, une promesse d'affection qui résonne au plus profond de Dhjin. Il lève la tête, le cœur battant la chamade. Cette voix, il la connaît, elle est le doux souvenir de moments heureux, maintenant lointains. Est-ce réel ? Ou juste une illusion créée par son désespoir ? L'espoir renaît, fragile mais tenace, dans le cœur du jeune dragon.

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L'obscurité n'était pas seulement l'absence de lumière, c'était une toile épaisse, tissée d'étoiles éteintes et de soupirs de vent. J'étais dehors, le froid mordant mes écailles, une sensation familière, presque réconfortante dans sa tristesse. Il était trois heures du matin, l'heure où le monde dort, où les secrets se faufilent, et où mon propre cœur semblait le plus lourd. Mes larmes, ces larmes de dragon que les autres regardaient avec effroi, coulaient en silence. Elles n'étaient pas de tristesse, pas vraiment. Elles étaient… autre chose. Une brillance étrange les accompagnait, une lueur argentée qui dansait sur mes joues écailleuses, reflétant le peu de lumière des astres lointains. Personne ne comprenait. Personne ne voyait la vérité derrière ces perles liquides. Pour eux, ce n'étaient que des larmes. Pour moi, c'était un langage muet, une confession qui ne trouvait jamais son écho.

Et puis, dans ce silence pesant, quelque chose a frémi. Un fil d'or dans la nuit d'encre. Une voix. Douce. Si douce qu'au début, j'ai cru que c'était le vent qui jouait avec mes espoirs les plus fragiles. Mais ce n'était pas le vent. C'était une mélodie que je connaissais par cœur, une symphonie gravée dans les recoins les plus profonds de mon être. Serpentine.

« Je t'aime, mon amour. »

Ces mots. Ils n'ont pas frappé mon esprit comme un coup de tonnerre, mais se sont posés en douceur, comme des plumes tombant d'une aile céleste. « Si tu passes, me disait la voix de moi Serpentine. » Elle ne criait pas, ne suppliait pas. C'était un murmure, un secret partagé entre nous seuls, même si elle était… ailleurs. Loin. Trop loin.

Mon cœur s'est emballé, battant contre mes côtes comme un oiseau pris au piège. Je levai la tête, mes yeux cherchant dans le vide, espérant apercevoir ne serait-ce qu'une ombre, un scintillement qui pourrait confirmer que ce n'était pas une illusion. Était-ce réel ? Ou mon désespoir avait-il enfin tissé le fantôme de ce que je désirais le plus ? La noirceur semblait s'épaissir autour de moi, mais une petite lumière, une étincelle fragile, venait de s'allumer en moi. L'espoir. Il était là, timide, mais résolu.

Je me suis redressé, oubliant la douleur du froid, la lourdeur de mes pensées. Cette voix… elle portait en elle la chaleur de nos jeux, la douceur de nos regards échangés, le frisson de nos ailes qui se frôlaient dans le ciel. Elle était le souvenir vivant de tout ce qui me manquait. Si elle était là, même à travers un murmure, cela signifiait qu'elle n'avait pas disparu. Qu'elle était encore quelque part. Et si elle était quelque part, alors je devais la trouver.

« Serpentine ? » ai-je murmuré, ma propre voix rauque et incertaine dans la nuit.

Aucune réponse. Juste le silence, un peu plus profond maintenant, comme si la nature retenait son souffle, attendant ma prochaine action. Mais le murmure était là, gravé dans ma mémoire, une carte invisible. « Si tu passes… » Elle me montrait la voie. Ou du moins, elle me donnait une direction.

Je me suis mis à marcher, mes pattes faisant craquer les brindilles sous mes pieds, chaque bruit amplifié par mon anxiété. L'obscurité était mon alliée et mon ennemi. Elle cachait le monde, mais elle me permettait aussi de me perdre, de me laisser guider par cette voix qui résonnait encore dans mes oreilles. Je devais aller là où mon cœur me menait, là où ce murmure semblait le plus fort.

Le chemin était incertain. Je ne savais pas où j'allais, ni ce que j'allais trouver. Mais l'idée de la retrouver, de revoir la lumière dans ses yeux, de sentir sa chaleur contre moi, me donnait une force que je n'aurais jamais cru posséder. Mes larmes continuaient de couler, mais maintenant, elles semblaient différentes. Moins une tristesse qu'une anticipation, une promesse de ce qui pourrait être. Les gouttes argentées brillaient, comme si elles absorbaient la faible lueur des étoiles, se préparant à éclairer mon chemin.

Après ce qui m'a semblé une éternité, le paysage a commencé à changer. Les arbres, auparavant touffus et sombres, se sont éclaircis, laissant place à des clairières où la mousse semblait luire d'une lumière propre. Des fleurs aux formes étranges et aux couleurs irréelles s'ouvraient timidement sous la lune. L'air est devenu plus doux, chargé d'un parfum sucré et inconnu. C'était un endroit que je n'avais jamais vu, un endroit qui semblait sorti d'un rêve.

Au centre d'une de ces clairières, une pierre imposante se dressait, recouverte de symboles anciens que je ne pouvais déchiffrer. Et sur cette pierre, une chose bougeait. Une forme indistincte, comme une ombre dansante. Mon instinct me disait de me méfier, mais la voix de Serpentine résonnait encore, un écho lointain, m'encourageant à continuer.

« Qui ose troubler le silence de ces lieux ? » Une voix grave, rauque, qui semblait venir de la pierre elle-même. Elle n'était pas menaçante, mais elle portait le poids des âges, le poids des secrets.

Je me suis approché prudemment, mes griffes s'enfonçant légèrement dans la mousse. « C'est moi, Dhjin. Je cherche Serpentine. »

La forme sur la pierre s'est animée davantage. Une silhouette s'est détachée, ni homme, ni bête, mais quelque chose d'ancien, de sage. Des yeux brillants dans l'obscurité ont fixé les miens. C'était le Gardien des Murmures. Je l'avais déjà croisé dans mes pensées, dans les légendes racontées à voix basse.

« Serpentine, murmures-tu ? » Le Gardien a penché la tête, un mouvement lent et délibéré. « L'amour a ses propres chemins, jeune dragon. Des chemins qui traversent les ombres et les doutes. Pourquoi la cherches-tu ? »

J'ai hésité. Comment expliquer le vide qu'elle avait laissé ? Comment décrire cette lumière qui avait disparu de mon monde ? « Elle… elle m'a parlé. Dans la nuit. Elle m'a dit… » J'ai senti mes joues s'empourprer. « Elle m'a dit qu'elle m'aimait. »

Le Gardien a laissé échapper un son qui ressemblait à un murmure de vent dans les feuilles. « L'amour, dis-tu. Et que fais-tu de cet amour ? Le laisses-tu te consumer dans la solitude, ou le laisses-tu te guider vers celui ou celle qui l'a allumé ? »

Sa question m'a percuté. C'était exactement ça. J'avais laissé mon amour me consumer. J'avais pleuré mes larmes d'argent, me noyant dans ma propre peine, sans jamais chercher à comprendre ce que ces larmes signifiaient vraiment. « Je… je ne sais pas. Je veux la retrouver. Mais j'ai peur. Peur que ce ne soit qu'un rêve, peur de ne pas y arriver. »

« La peur est une ombre, Dhjin. Elle se nourrit de l'incertitude. Mais la lumière de l'amour, elle, peut la dissiper. Serpentine t'a donné un indice. « Si tu passes… » Où penses-tu que ce chemin pourrait mener ? »

J'ai fermé les yeux, me concentrant sur le murmure de sa voix, essayant de sentir où il me tirait. J'ai repensé aux endroits que nous aimions, aux recoins secrets où nous partagions nos pensées. Il y avait un lieu, plus qu'un autre, un endroit caché derrière la cascade des chants oubliés, une grotte où les cristaux chuchotaient des secrets anciens. C'était notre refuge.

« La cascade des chants oubliés », ai-je dit à voix haute, la certitude grandissant en moi. « Il y a une grotte là-bas. »

Le Gardien a souri, un sourire énigmatique qui n'atteignait pas ses yeux. « Le chemin n'est pas toujours le plus évident, jeune dragon. Il faut parfois écouter le cœur plus fort que les doutes. »

Il a fait un geste de sa main éthérée vers la forêt, et soudain, devant moi, le paysage s'est transformé. Les arbres se sont courbés, formant un tunnel de verdure. Des lumières douces, comme des lucioles éternelles, ont commencé à scintiller, illuminant un sentier invisible jusqu'alors.

« Vas-y, Dhjin. Trouve ton amour. Et n'oublie jamais que les larmes que tu pleures ne sont pas que de tristesse. Elles sont le reflet de ce qui brûle en toi. »

Je me suis retourné vers lui, une gratitude immense remplissant mon cœur. « Merci, Gardien. »

Il n'a pas répondu, se fondant à nouveau dans la pierre, ne laissant derrière lui qu'un léger murmure dans l'air. Je me suis engagé sur le nouveau chemin, les lumières dansantes me guidant. Le murmure de Serpentine était plus fort maintenant, plus clair, comme si elle m'attendait juste au bout de ce tunnel de lumière. Je pouvais presque sentir sa présence, sa chaleur. L'obscurité n'était plus une prison, mais un passage. Et mes larmes, mes larmes d'amour, brillaient plus fort que jamais, illuminant la voie vers mon cœur. Le voyage ne faisait que commencer, mais pour la première fois depuis longtemps, je n'étais plus seul.

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