Chapter 3

L'Appel de Serpentine et les Sentiers Oubliés

La voix de Serpentine est un phare dans la nuit de Dhjin. Poussé par un désir ardent de la retrouver, il se lève, ses larmes d'argent s'asséchant au contact de sa nouvelle détermination. Il s'engage sur des sentiers inconnus, s'enfonçant dans une forêt où les arbres semblent murmurer des secrets anciens. Le vent, tel un guide invisible, souffle à travers les feuilles, portant des bribes de mélodies oubliées et des avertissements voilés. Chaque pas le mène plus loin de sa solitude, mais aussi plus profondément dans un monde mystérieux et potentiellement périlleux. Il avance avec prudence, l'écho de la voix de Serpentine comme unique boussole, espérant qu'elle l'a mené vers un lieu où ils pourront se retrouver.

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La noirceur était une couverture épaisse, lourde, qui me serrait le cœur. Dehors, il était trois heures du matin. La nuit avait une profondeur que seules mes larmes de dragon pouvaient percer, des diamants liquides qui scintillaient d'une tristesse infinie. Chaque goutte était un regret, une incompréhension, un murmure de ce que je ne pouvais dire. Je me sentais si seul, si loin de tout, perdu dans le silence de ma propre existence. C’était dans ce désespoir que, soudain, une voix. Une voix si familière, si douce, qu’elle fit trembler chaque écaille de mon corps. C’était Serpentine.

« J’étais sortie, il était trois heures du matin. Quel noirceur. On y voyait que les larmes dragonniques. Il suffirait de presque rien, juste un je t’aime, mon amour. Si tu passes, me disait la voix de moi Serpentine. »

Ces mots, prononcés dans le creux de l’obscurité, étaient comme une étincelle dans ma nuit. Un espoir fragile, une promesse murmurée. Il suffirait de presque rien. Mon amour. Mon amour. Le froid de la solitude se retira, remplacé par une chaleur nouvelle, une urgence qui me fit me dresser sur mes pattes. Mes larmes cessèrent de couler, elles séchaient sur mes joues, leur éclat argenté s’estompant au contact de ma détermination naissante. Je devais la retrouver. Je devais répondre à cet appel.

Je me glissai hors de mon repaire, mes ailes se déployant doucement dans le silence nocturne. L’air était frais, chargé de l’odeur de la terre humide et des pins. Devant moi s’étendait une forêt que je n’avais jamais osé explorer auparavant, une étendue d’ombres mouvantes et de mystères indicibles. Des sentiers oubliés serpentaient entre les arbres, des chemins que le temps avait effacés, et pourtant, je sentais qu’ils m’attendaient. Le vent, telle une main invisible, me poussait doucement, me guidant à travers les branches basses et les sous-bois denses. Il portait avec lui des mélodies étranges, des fragments de chansons anciennes dont les paroles m’échappaient, mais dont la mélodie résonnait au plus profond de mon être. C’était comme si la forêt elle-même chuchotait des secrets, des avertissements voilés sur le chemin que j’avais choisi.

Chaque pas me rapprochait d’elle, mais me plongeait aussi plus profondément dans un monde étrange et merveilleux. Les arbres se dressaient comme des géants endormis, leurs troncs noueux gravés de motifs inconnus, leurs feuilles bruissant d’une rumeur constante. Je me sentais comme un étranger dans ce lieu, un intrus dans un royaume secret. Pourtant, l’écho de la voix de Serpentine était mon unique boussole, une lumière douce qui repoussait les ombres les plus tenaces. Je me demandais si elle aussi entendait ma quête, si elle sentait mon approche.

Alors que je m’enfonçais plus loin, une présence commença à se faire sentir. Un murmure léger, juste à la limite de mon ouïe, comme si le vent lui-même prenait la parole. Ce n’était pas la voix de Serpentine, mais quelque chose d’autre, quelque chose de plus ancien, de plus… sage.

« Qui ose troubler le sommeil des sentiers oubliés ? »

La voix était douce, presque inaudible, mais elle résonnait avec une autorité tranquille. Je m’arrêtai, mes yeux scrutant les profondeurs de la forêt. D’entre les ombres, une silhouette commença à émerger. Elle n’avait pas de forme définie, plutôt une sorte de brume scintillante, changeante, qui semblait faite de lumière lunaire et de poussière d’étoiles.

« Je suis Dhjin, » répondis-je, ma voix tremblant légèrement. « Je cherche Serpentine. »

La brume s’agita, comme si elle riait doucement. « Serpentine… un nom murmuré par le vent, désiré par les cœurs solitaires. Le chemin est long, jeune dragon. Et il est semé d’embûches. »

« Je suis prêt à affronter n’importe quoi pour la retrouver, » déclarai-je, ma détermination retrouvée.

« Les embûches ne se trouvent pas toujours dans les épines ou les rochers, » dit la créature, sa forme se densifiant légèrement, révélant des yeux lumineux qui brillaient d’une sagesse millénaire. « Elles résident souvent à l’intérieur. Tes doutes. Tes peurs. Es-tu prêt à les affronter ? »

Je ne pus répondre immédiatement. Mes peurs… oui, elles étaient là, tapies dans les recoins les plus sombres de mon esprit. L’idée de ne jamais la retrouver, de rester à jamais seul, était une douleur lancinante. Mais l’image de sa voix, de son amour, était plus forte.

« Oui, » dis-je, ma voix plus ferme cette fois. « Je suis prêt. »

La créature de brume hocha la tête, une forme de consentement silencieux. « Alors écoute le vent, le Gardien des Murmures. Il te guidera, mais il te testera aussi. Chaque sentier te révélera une part de toi-même. N’aie pas peur de ce que tu y trouveras. »

Sur ces mots, la brume se dissipa aussi rapidement qu’elle était apparue, me laissant seul à nouveau, mais avec une nouvelle compréhension. Le Gardien des Murmures. Il avait raison. L’aventure n’était pas seulement une quête extérieure, mais aussi un voyage intérieur.

Je repris ma marche, le vent sifflant à mes oreilles, portant maintenant des fragments de mélodies plus claires, des chuchotements qui semblaient me rappeler des souvenirs enfouis. Je passai devant des clairières où la lumière semblait danser, des cascades dont l’eau chantait des airs cristallins. Chaque lieu me semblait familier d’une manière étrange, comme si j’avais rêvé de ces endroits auparavant.

Puis, les ombres commencèrent à s’épaissir. Des formes indistinctes apparurent à la périphérie de ma vision, des murmures se transformèrent en voix qui résonnaient avec mes propres insécurités.

« Tu n’es pas assez fort, Dhjin. » « Tu ne la mérites pas. » « Tu finiras seul, comme toujours. »

Ces voix étaient les Échos du Passé, les manifestations de mes propres doutes. Elles prenaient des formes changeantes, tantôt des ombres menaçantes, tantôt des reflets déformés de moi-même. Je sentis la peur monter en moi, une vague glacée qui menaçait de me submerger. Je voulus m’arrêter, fuir, me cacher. Mais alors, je me rappelai les mots du Gardien des Murmures. « N’aie pas peur de ce que tu y trouveras. »

Je levai la tête, mes yeux fixant ces illusions terrifiantes. « Vous n’êtes que mes peurs, » dis-je, ma voix résonnant avec une force nouvelle. « Vous n’avez aucun pouvoir sur moi tant que j’ai l’amour de Serpentine dans mon cœur. »

À mesure que je prononçais ces mots, les ombres commencèrent à faiblir, les voix à s’estomper. Elles n’étaient que des illusions, des projections de mes propres angoisses. L’amour de Serpentine, aussi lointain soit-il, était un bouclier bien plus puissant que je ne l’avais imaginé.

Je continuai à avancer, le cœur battant, mais plus d’espoir que de peur. Le chemin s’ouvrit sur une vallée baignée d’une lumière douce et irréelle. Au centre, un lac dont l’eau reflétait un ciel étoilé, même en plein jour. Et sur la rive de ce lac, une silhouette familière.

Serpentine.

Mon cœur s’emballa. Elle était là, aussi belle et évanescente que dans mes rêves. Elle se tourna vers moi, son regard rencontrant le mien. Un sourire tendre éclaira son visage.

« Je savais que tu viendrais, mon amour, » dit-elle, sa voix aussi douce que le murmure du vent.

Je ne pouvais plus retenir mes émotions. Je courus vers elle, mes ailes battant l’air avec frénésie. Je la pris dans mes bras, sentant la chaleur de son corps contre le mien, un contact plus réel que tout ce que j’avais jamais connu.

« Serpentine… je t’aime, » soufflai-je, les mots enfin libres de sortir.

Elle serra son étreinte. « Et moi, je t’aime, Dhjin. C’était notre secret, notre cœur. »

Dans ce lieu enchanté, entourés par le murmure des sentiers oubliés et la lumière douce du lac étoilé, nous nous retrouvâmes enfin. L’aventure avait été longue, semée d’embûches et de mystères, mais elle nous avait menés ici, l’un vers l’autre. Nos larmes de dragon, autrefois symboles de solitude, étaient maintenant des larmes de joie et d’amour retrouvé. Et dans le silence de cette vallée secrète, nous savions que notre amour était la clé, le véritable trésor que nous avions cherché.

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