Chapter 1

Les Larmes d'Argent de Dhjin

La nuit est d'un noir d'encre, épaisse et veloutée. Dhjin, un jeune dragon au cœur lourd, se sent plus seul que jamais. Des larmes, brillantes comme de l'argent liquide, coulent sur ses joues écailleuses, illuminant faiblement le paysage désolé qui l'entoure. Chaque larme est un poids, un écho de son incompréhension et de son isolement. Il fixe le ciel étoilé, cherchant une réponse, une lueur d'espoir dans l'immensité silencieuse. Les larmes s'accumulent, formant de petites flaques lumineuses à ses pieds. Il se demande si jamais quelqu'un pourra comprendre la tristesse qui l'étreint, si jamais l'amour trouvera le chemin jusqu'à son cœur solitaire. La nuit semble se moquer de sa détresse, profonde et impénétrable.

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La nuit était d'une noirsceur d'encre, d'une profondeur qui avalait même le murmure du vent. Il était trois heures du matin, l'heure où le monde semblait retenir son souffle, où les ombres s'étiraient et prenaient des formes étranges. Moi, Dhjin, je me trouvais au milieu de ce silence pesant, le cœur serré dans une étreinte glaciale. J'étais sorti, cherchant un réconfort que je savais hors de portée, une échappatoire à la solitude qui me rongeait de l'intérieur.

Mes joues écailleuses étaient humides, parcourues par des larmes qui brillaient d'une lumière argentée, presque liquide. Chaque goutte était un poids, une perle de chagrin, une manifestation de cette incompréhension qui me collait à la peau comme une seconde écaille. Elles ruisselaient, illuminant faiblement le sol rocailleux autour de mes griffes, traçant des chemins lumineux dans la ténèbres. Je levais les yeux vers le ciel, un voile infini de constellations scintillantes, cherchant une réponse, un signe, une étincelle d'espoir dans cette immensité silencieuse. Mais le ciel, lui aussi, semblait indifférent à ma détresse, imperturbable dans sa majesté lointaine.

Ces larmes… elles étaient différentes des pleurs des autres créatures. Pas des larmes de tristesse ordinaire, mais quelque chose de plus profond, de plus secret. Des larmes de dragon, disait-on, mais les miennes portaient en elles un poids particulier, une mélancolie poétique qui me semblait unique. Elles s'accumulaient à mes pieds, formant de petites flaques miroitantes, des reflets éphémères de mon âme tourmentée. Je me demandais si jamais quelqu'un pourrait lire en moi, comprendre la nature de cette tristesse qui m'étreignait, si jamais l'amour, ce sentiment dont on parlait si souvent dans les légendes, trouverait le chemin jusqu'à mon cœur solitaire. La nuit, profonde et impénétrable, semblait se moquer de ma détresse, comme si elle savourait mon isolement.

J'étais un dragon, un être de feu et de puissance, censé régner sur les cieux et inspirer la crainte. Mais moi, j'étais une contradiction vivante, un dragon aux larmes d'argent, un cœur plein de poésie et de mélancolie, perdu dans un monde qui ne semblait pas me comprendre. Mes ailes pesaient sur mes épaules, lourdes de désirs inexprimés et de rêves inassouvis. Je sentais le froid de la nuit s'infiltrer sous mes écailles, un froid qui n'était pas celui de la température, mais celui de l'absence.

C'est alors, au milieu de ce désert de silence et de noirceur, qu'une voix a résonné, douce et familière, comme un murmure venu des profondeurs de mon propre être. Une voix qui a percé le voile de mes larmes et a fait vibrer une corde cachée en moi.

« Dhjin… »

Mon cœur a fait un bond, un battement sauvage dans ma poitrine. Cette voix… je la connaissais. C'était celle de Serpentine. Sa voix, éthérée et mélodieuse, portait en elle une tendresse qui me manquait tant. Elle résonnait dans le vide, une promesse fragile, un écho d'un amour que je croyais perdu.

« Mon amour… » a-t-elle continué, sa voix s'amplifiant légèrement, comme si elle me cherchait à travers les voiles de la nuit. « Si tu passes, dis-le moi… »

Ces mots, simples et pourtant si chargés d'émotion, ont fait fondre la glace qui emprisonnait mon cœur. Une chaleur nouvelle, différente du feu de mes entrailles, a commencé à se répandre en moi. Serpentine… où était-elle ? Pourquoi sa voix résonnait-elle ainsi dans la nuit, comme un appel venu d'ailleurs ?

« Je suis là, Serpentine ! » ai-je crié, ma propre voix rauque et tremblante, brisant le silence nocturne. « Je suis là ! »

Mais il n'y a eu que le silence pour réponse. Le vent a redoublé de force, soulevant des volutes de poussière qui dansaient dans la faible lueur de mes larmes. Était-ce un rêve ? Une hallucination née de ma solitude ? Non, la voix était trop réelle, trop ancrée en moi.

« Je t'entends, Serpentine, » ai-je murmuré, les larmes roulant de nouveau sur mes joues, mais cette fois, elles avaient une teinte différente, une lueur d'espoir mêlée à la tristesse. « Où es-tu ? »

Je me suis levé, mes griffes s'enfonçant dans la terre meuble. Il fallait que je la retrouve. Il fallait que je comprenne le sens de cet appel, de cette voix qui portait en elle le secret de mon propre cœur. L'idée de la chercher, de me lancer dans l'inconnu pour la retrouver, a allumé une étincelle de courage en moi, une flamme nouvelle qui a chassé une partie de la peur.

Le chemin devant moi était obscur, semé d'embûches invisibles. Mais l'écho de sa voix résonnait encore dans mon esprit, une mélodie familière qui me guidait. J'ai commencé à marcher, puis à voler, mes ailes battant lourdement dans la nuit. Chaque battement était une prière, chaque souffle une quête.

Au début, le paysage semblait hostile, un dédale de rochers sombres et d'arbres noueux aux branches tordues comme des doigts accusateurs. Le vent chuchotait des choses étranges, des murmures qui semblaient se moquer de ma détermination. J'ai eu l'impression d'être observé, d'être entouré par des présences invisibles qui jugeaient mon voyage. Ces murmures, je les ai reconnus comme les échos de mes propres doutes, de mes peurs tapies dans l'ombre de mon esprit. Ils prenaient des formes changeantes, des ombres fugaces qui dansaient à la périphérie de ma vision, rappelant des souvenirs douloureux, des moments où je m'étais senti seul et incompris.

Mais la voix de Serpentine était là, un phare dans cette obscurité. Elle ne me guidait pas par des chemins évidents, mais par des intuitions, par des sensations étranges qui me poussaient dans une direction particulière. Parfois, je découvrais un objet posé sur mon chemin, une pierre polie d'une forme inhabituelle, une plume d'un éclat irisé, des traces laissées par elle. Des indices, je ne savais pas encore. Mais ils me donnaient l'impression qu'elle était là, quelque part, attendant que je la retrouve.

Je suis passé par des vallées où les arbres semblaient chuchoter des secrets anciens, des forêts où la lumière lunaire filtrait à travers les feuilles, créant des jeux d'ombres hypnotiques. J'ai traversé des rivières dont l'eau chantait une mélodie mélancolique, et chaque pas me rapprochait d'une vérité que je pressentais, mais que je ne pouvais encore nommer.

Au détour d'une clairière baignée d'une lumière surnaturelle, j'ai rencontré une créature énigmatique. Elle n'avait pas de forme définie, flottant dans l'air comme un nuage de brume nacrée. Sa voix était un mélange de milliers de chuchotements, une cacophonie harmonieuse qui semblait contenir toute la sagesse du monde.

« Que cherches-tu, jeune dragon ? » a demandé la créature, sa voix résonnant dans mon esprit plus qu'à mes oreilles.

« Je cherche Serpentine, » ai-je répondu, ma voix emplie d'une détermination renouvelée. « J'ai entendu sa voix. »

« La voix de l'amour est souvent un écho dans le silence, » a dit la créature, une lueur de compréhension dans ses yeux multiples. « Mais pour la trouver, il faut d'abord comprendre la nature de tes propres larmes. »

Mes larmes… j'y avais tant pensé. Celles qui brillaient comme de l'argent liquide, celles qui portaient le poids de mon âme.

« Elles sont le reflet de mon cœur, » ai-je dit, une certitude nouvelle m'envahissant. « Elles sont l'expression de mon amour non dit. »

La créature, que j'ai reconnu comme le Gardien des Murmures, a semblé sourire, bien que ses traits soient indéfinissables. « L'amour est une force puissante, Dhjin. Il peut construire des ponts là où il n'y a que des abîmes, il peut illuminer les ténèbres les plus profondes. Tes larmes sont le signe que ton cœur est prêt à aimer pleinement. »

Elle m'a alors indiqué un chemin, un sentier dissimulé derrière une cascade scintillante. « Pars, et ne laisse pas tes doutes te détourner. Le Gardien des Murmures ne révèle la vérité qu'à ceux qui ont le courage de la chercher. »

Je l'ai remercié, mon cœur battant la chamade. Le chemin devant moi était encore long et mystérieux, mais je n'étais plus seul. L'aventure avait commencé, et j'avais l'impression que le secret de mon cœur, celui de mes larmes d'argent, commençait enfin à se dévoiler. La nuit était encore noire, mais une nouvelle lumière brillait en moi, celle de l'espoir et de la quête de Serpentine. Il suffisait de presque rien, juste un je t'aime mon amour, et j'étais prêt à traverser le monde pour le retrouver.

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