Chapter 2

Godwin, ce Mystère !

Au début, Godwin énervait Armel. Puis, il a commencé à dire qu'il l'aimait. Cela a tout changé. Mais le temps a filé, les séparant. Le destin les a réunis cette année, et maintenant, Armel l'adore plus que tout, mais elle le garde pour elle.

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Godwin, ce Mystère !

Ah, Godwin ! Rien que d'écrire son nom me fait des chatouilles dans le ventre, comme si j'avais avalé une nuée de papillons aux ailes pailletées. L'année dernière, en quatrième, ce garçon était pour moi comme une mouche agaçante, un moustique qui venait me piquer juste quand j'avais envie de dormir. Il était là, toujours à faire du bruit, à rire fort, à courir dans les couloirs comme si on avait oublié de lui attacher ses lacets. Et moi, j'étais là, dans mon coin, à essayer de me faire toute petite, à observer le monde avec mes grands yeux un peu tristes. J'avais envie d'avoir des histoires d'amour, comme toutes mes copines, des petits mots doux échangés en cachette, des regards qui en disent long. Mais rien. Le grand zéro pointé.

Et puis, un jour, il a commencé. Godwin. Je ne sais pas ce qui lui a pris, peut-être qu'il s'ennuyait, peut-être qu'il avait mangé trop de sucre ce matin-là. Il a commencé à dire aux gens qu'il m'aimait. Oui, oui, vous avez bien entendu ! À mes camarades de classe, à des copains qu'il croisait dans la cour, à n'importe qui voulait bien l'écouter. Imaginez mon embarras ! Moi, Armel, la fille qui n'existait presque pas, soudainement au centre de rumeurs dignes d'une star de cinéma. Au début, ça m'énervait au plus haut point. J'avais envie de lui courir après et de lui crier : « Mais arrête, espèce d'idiot ! Tu vas me faire passer pour une folle ! » Je me cachais encore plus, le visage tout rouge, priant pour que personne ne me regarde. Je le voyais rire avec ses amis, me montrer du doigt peut-être, et mon cœur faisait des bonds de panique. Je me disais : « C'est ça, le destin ? Me faire passer pour la cible d'un garçon qui ne pense qu'à s'amuser ? »

Mais voilà, les semaines ont passé. Et quelque chose d'étrange s'est produit. Son rire, qui me paraissait si bruyant, a commencé à me sembler… joyeux. Ses courses dans la cour, qui m'agaçaient, ont fini par me faire sourire. Et ses paroles, ces mots qu'il lançait au vent, ont commencé à résonner d'une manière différente. Est-ce que je commençais à l'apprécier ? C'est un peu comme quand on n'aime pas un plat, et puis, à force d'en entendre parler, on finit par avoir envie de goûter. Et là, le goût est… pas si mal. J'ai commencé à le regarder différemment. Je remarquais la façon dont il se penchait pour écouter ses amis, la lumière dans ses yeux quand il racontait une blague. Il y avait quelque chose de… charmant.

Mais le temps, ce voleur déguisé en horloge, a filé à toute vitesse. C'était comme si on avait appuyé sur le bouton « accéléré » de la vie. Les vacances sont arrivées, et avec elles, la séparation. J'ai eu l'impression que tout s'était passé en un clin d'œil. Les rumeurs, mes agacements, mes débuts d'appréciation… tout s'est évanoui comme la rosée du matin. Et mon cœur, qui avait commencé à s'agiter un peu, est retombé dans son silence habituel. J'étais presque soulagée, je dois l'avouer. Moins de remue-ménage, moins de rougeurs. Mais au fond de moi, une petite étincelle s'était allumée, et elle refusait de s'éteindre complètement.

Et puis… le destin, ce farceur, a décidé de nous jouer un autre tour. Cette année, en troisième, je me suis retrouvée dans la même classe que lui. Godwin. Le même Godwin. Et là, mes amis, croyez-moi, ce n'était plus une petite étincelle. C'était un feu de joie ! Un feu de joie que je cachais sous des couches et des couches de timidité. J'ai beau essayer de me contrôler, de me dire que ce n'est qu'un garçon comme les autres, mon cœur fait des bonds dignes d'un kangourou en pleine forme à chaque fois que je le vois. Quand il passe dans le couloir, je deviens une statue de sel. Quand il parle en classe, j'ai l'impression que sa voix est la seule que j'entends, même si le professeur est en train de hurler.

Et c'est là que le drame commence, enfin, mon drame secret. Je l'aime. Je l'aime tellement que ça me donne des nœuds à l'estomac. J'ai envie de lui dire, de lui avouer tout ce que je ressens, de lui dire que ses paroles de l'année dernière, même si elles m'ont énervée au début, m'ont fait réaliser des choses. Mais les mots restent coincés dans ma gorge, comme des petits cailloux récalcitrants. Ma timidité, cette vieille amie envahissante, me murmure à l'oreille : « Ne dis rien, Armel. Tu vas avoir l'air ridicule. Il ne t'aime pas vraiment. » Alors je me contente de le regarder. Je le regarde de loin, je le regarde quand il ne me voit pas, je le regarde en me disant que peut-être, un jour, il remarquera la fille timide dans son coin.

Heureusement, j'ai Fortune. Ma Fortune. Ma meilleure amie, celle qui voit tout, qui comprend tout, même quand je ne dis rien. Elle sait. Elle a toujours su. Je n'ai même pas eu besoin de lui dire grand-chose. Un jour, elle m'a regardée avec ses yeux pétillants et m'a dit : « Alors, ce Godwin ? Il te fait encore craquer, hein ? » J'ai rougi comme une tomate mûre, et j'ai juste hoché la tête. Elle m'a souri, un sourire plein de malice et de tendresse, et m'a prise par le bras. « Ne t'inquiète pas, Armel. On va trouver un moyen. »

Et c'est vrai. C'est grâce à Fortune que je ne suis pas complètement perdue dans mon océan de sentiments secrets. Quand je suis jalouse, ce qui arrive plus souvent que je ne voudrais l'admettre, quand je vois Godwin parler avec d'autres filles, quand je me dis qu'il ne me regardera jamais, c'est elle qui est là. Elle me raconte des histoires drôles, elle me rappelle mes qualités, elle me dit que je suis bien plus que ce que je crois. Elle me pousse doucement, sans jamais me brusquer. « Et si tu lui disais bonjour aujourd'hui ? » me suggère-t-elle un matin, alors que je suis sur le point de me cacher derrière mon sac à dos. Ou encore : « Il t'a regardée, je t'assure ! »

Parfois, je me demande ce que Godwin pense vraiment. Est-ce qu'il se souvient de moi ? Est-ce que ses paroles de l'année dernière n'étaient qu'un jeu de gamin ? Ou bien… est-ce qu'il y a quelque chose de plus ? Est-ce qu'il ressent aussi des choses, mais qu'il est aussi timide que moi, ou qu'il ne sait pas comment s'y prendre ? Ce mystère, c'est ce qui me rend folle. C'est ce qui me fait espérer.

Aujourd'hui, par exemple, pendant le cours de maths, il s'est retourné pour me demander un stylo. Un simple stylo. Mais pour moi, c'était comme s'il m'avait offert une rose. Nos doigts se sont effleurés, et mon cœur a fait un bond de géant. Je lui ai donné mon stylo, en essayant de ne pas trembler. Il m'a souri, un vrai sourire, pas celui qu'il réserve à ses copains. Et là, j'ai eu envie de crier : « Oui ! Oui, je t'aime ! » Mais, comme d'habitude, les mots se sont transformés en un petit murmure : « Tiens. »

Il a pris le stylo, et son sourire s'est élargi. « Merci, Armel. » Ce simple merci, prononcé avec cette douceur, a résonné dans mon cœur comme une symphonie. Je suis retournée à ma place, la tête pleine de ce sourire, de ce contact fugace. Fortune m'a lancé un regard complice et un clin d'œil. Je sais qu'elle voit tout. Et je sais aussi que, grâce à elle, je vais continuer à essayer. Je vais continuer à aimer Godwin, mon mystère, mon amour secret, en espérant qu'un jour, le destin, ce farceur, nous donnera la chance de nous révéler l'un à l'autre. Pour l'instant, je me contenterai de ses regards furtifs, de ses sourires discrets, et de la force que me donne mon amie Fortune. C'est déjà beaucoup. C'est tout.

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