Chapter 3

Fortune, mon Ange Gardien

Armel ressent de la jalousie quand elle pense à Godwin. Heureusement, son amie Fortune est là pour la soutenir. Elle est toujours prête à écouter les soupirs d'Armel et à lui donner de bons conseils pour naviguer dans ses sentiments compliqués.

7 min read

Fortune, mon Ange Gardien

Les journées passaient, lisses comme des galets polis par la mer, mais mon cœur, lui, était une petite pierre rugueuse, pleine d'aspérités. Surtout quand je voyais Godwin. Ah, Godwin ! Juste le penser me donnait des papillons dans le ventre, des papillons qui faisaient des loopings et des tonneaux, comme s'ils s'entraînaient pour un cirque aérien. Mais ces mêmes papillons se transformaient en guêpes furieuses dès que je le voyais parler à d'autres filles. Ce n'était pas juste ! Pourquoi lui pouvait papillonner avec qui il voulait, et moi, je devais garder mon cœur en cage, bien enfermé, sans même oser le laisser battre trop fort ?

J'avais beau me dire que c'était stupide, que je n'étais pas sa petite amie, que nous n'avions rien, rien du tout, mon cœur refusait de comprendre la logique. Il préférait s'imaginer des scénarios improbables où Godwin me regardait avec des yeux d'amour, où il me prenait la main, où il me chuchotait des mots doux. Et puis, la réalité me frappait comme une gifle : il riait avec Chloé, il discutait avec Manon, et moi, j'étais là, dans mon coin, à essayer de ne pas faire de bruit.

Un après-midi, assise sur un banc dans la cour, le menton posé sur mes genoux, je sentais les larmes me monter aux yeux. Le soleil brillait, les autres élèves riaient, mais pour moi, tout était gris. Godwin était là-bas, près du préau, entouré d'un petit groupe. Je ne pouvais pas entendre ce qu'il disait, mais je le voyais sourire. Et ce sourire, ce sourire qui me faisait fondre comme un glaçon sous le soleil d'été, il le donnait à d'autres. J'avais l'impression qu'une énorme boule de tristesse s'était logée dans ma gorge, m'empêchant de respirer.

« Hey ! Qu'est-ce que tu fais, là ? On dirait une statue de chagrin. »

La voix de Fortune me sortit de ma torpeur. Elle s'assit à côté de moi, posant son sac à dos par terre avec un soupir léger. Fortune, c'était mon roc. Ma confidente. Ma meilleure amie depuis… depuis toujours, ou presque. Elle avait ce don de savoir quand j'allais mal, même quand j'essayais de le cacher.

Je levai la tête, essayant de faire disparaître les traces de larmes avec le dos de ma main. « Rien, je… je réfléchissais. »

Fortune plissa les yeux, me regardant avec cette douceur qu'elle réservait aux moments où elle savait que je ne disais pas toute la vérité. « Tu réfléchissais à quoi ? À la couleur du ciel ? À la dernière fois que tu as vu un pigeon avec une cravate ? » Elle me taquinait toujours un peu, pour me faire sourire.

Je laissai échapper un petit rire étouffé. « Non, pas vraiment. C’est juste… Godwin. » Le nom sortit de ma bouche comme un soupir, un murmure à peine audible.

Fortune ne fut pas surprise. Elle savait pour Godwin. Elle savait tout. Elle connaissait mon amour secret, ma jalousie sournoise, mes espoirs fous. Elle était la seule à qui j'avais osé en parler, les mots sortant à flot un soir où j'avais cru que mon cœur allait éclater.

« Ah, Godwin, » dit-elle, sa voix empreinte d'une compréhension infinie. « Qu'est-ce qu'il t'a fait cette fois ? Il t'a regardé avec ses beaux yeux bleus et tu as eu le vertige ? Ou bien il a parlé à une autre fille et ton cœur s'est mis à faire la danse de Saint-Guy ? »

Je me serrai un peu plus contre le banc. « C’est… c’est toujours pareil. Je le vois, et je me dis que c’est impossible. Il est tellement… lui. Et moi, je suis juste… moi. Et puis, il est là-bas, avec les autres, et je me sens tellement… transparente. » Les mots étaient hésitants, comme s'ils avaient peur de sortir.

Fortune me prit la main. Sa peau était chaude et rassurante. « Armel, tu n’es pas transparente. Tu es comme une fleur rare qu’il faut savoir observer. Les gens ne voient pas ta beauté tout de suite, mais elle est là, sous la surface. Et puis, tu es bien trop dure avec toi-même. »

« Mais tu le vois, Fortune ! Il est populaire, il est gentil avec tout le monde… et il ne me voit même pas. Ou s’il me voit, il ne me voit pas comme… comme je voudrais qu’il me voie. » La jalousie montait en moi, amère. Je pensais à toutes ces filles qui semblaient si facilement pouvoir lui parler, rire avec lui, sans avoir cette boule au ventre que j’avais.

« Et comment voudrais-tu qu’il te voie ? » demanda Fortune doucement. « Dis-le-moi. »

Je secouai la tête, me sentant soudain toute petite. « Je… je ne sais pas. Je voudrais juste qu’il me remarque. Qu’il voie que je suis là. Qu’il sache… que je… » Je m’interrompis, incapable de prononcer les mots.

Fortune serra ma main un peu plus fort. « Qu’il sache que tu l’aimes ? »

Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. J’acquiesçai timidement, les joues en feu.

« Armel, » dit-elle, son regard intense. « Je sais que c’est difficile. Je sais que tu as peur. Mais tu ne peux pas rester enfermée dans cette peur pour toujours. Tu as déjà fait un pas énorme en m’en parlant. Et tu sais, Godwin n’est pas aussi inaccessible que tu le crois. »

« Comment tu peux savoir ça ? »

« Je l’observe aussi, tu sais, » dit-elle avec un petit sourire. « Et je vois comment il te regarde parfois. Quand tu ne le vois pas. »

Mes yeux s’écarquillèrent. « Vraiment ? Tu es sûre ? »

« Sûre comme un poisson dans l’eau, » répondit-elle. « Il y a des regards qui ne trompent pas. Peut-être qu’il est timide aussi, à sa manière. Ou peut-être qu’il ne sait pas comment s’y prendre. Vous êtes deux âmes un peu perdues qui se cherchent, je crois. »

Ses mots étaient comme une douce caresse sur mes blessures. « Mais… mais s’il ne fait rien, si rien ne change ? »

« Alors, on trouvera un autre moyen, » dit Fortune, sa voix pleine de détermination. « Tu sais, Armel, l’amour, ce n’est pas toujours un coup de foudre spectaculaire. Parfois, c’est une petite graine qu’il faut arroser patiemment. Et je suis là pour t’aider à arroser cette graine. »

Elle me sourit, et ce sourire était si lumineux qu’il chassa une partie de mes nuages. Elle me rappela que même si mon cœur était parfois une bête sauvage et jalouse, j’avais aussi une force incroyable en moi, une force que je ne voyais pas toujours, mais qu’elle, elle voyait.

« Merci, Fortune, » murmurai-je, ma voix encore un peu rauque. « Vraiment. Je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »

« Tu ferais comme tout le monde, tu râlerais toute seule, » dit-elle en me donnant un petit coup de coude amical. « Mais tu es plus forte que ça. Et je suis là pour te le rappeler quand tu l’oublies. Allez, maintenant, relève la tête. Le soleil brille, et il y a encore plein de choses à faire avant la fin de la journée. Et qui sait, peut-être que Godwin te croisera en allant chercher son sac… »

Je relevai la tête, et je le vis. Il était en train de ramasser quelque chose qu’il avait fait tomber. Nos regards se croisèrent une fraction de seconde. Ce n’était pas un regard d’amour éperdu, loin de là. Mais ce n’était pas non plus un regard vide. Il y avait… quelque chose. Un bref instant d’hésitation, une lueur fugace.

Mon cœur se remit à battre, cette fois non pas de jalousie, mais d’un espoir fragile, comme une petite flamme vacillante dans le vent. Et je savais que, grâce à Fortune, cette flamme aurait une chance de grandir. Elle était vraiment mon ange gardien, celle qui voyait le soleil derrière mes nuages, celle qui me rappelait que même dans le secret de mon cœur, il y avait une histoire qui ne demandait qu’à éclore.

✦ ✦ ✦