Chapter 1
Mon Cœur en Secret
Armel, 15 ans, est timide et rêve d'un amoureux. En classe de quatrième, elle restait dans son coin. Un garçon, Godwin, a commencé à lui plaire, mais les choses se sont terminées trop vite. Maintenant, ils sont dans la même classe, et Armel l'aime en secret.
Mon cœur en secret
Je m’appelle Armel, et si vous vous attendez à une histoire de princesse avec des paillettes et des carrosses, vous allez être un peu déçus. Moi, j’ai quinze ans, et ma vie, disons, elle est plutôt du genre “fille dans son coin” avec une pincée de “rêveuse invétérée”. Dans ma classe, c’est un festival. Il y a les filles qui papotent de leurs petits copains comme si c’était la dernière mode, et moi, je suis là, à observer, avec un petit pincement au cœur. Un amoureux ? Ah, ça, pour moi, c’est comme un trésor caché, une licorne, un truc qui n’existe que dans les romans… et encore, dans ceux que j’achète en cachette à la librairie du coin.
L’année dernière, en classe de quatrième, j’étais la championne du monde de la discrétion. Mon pupitre était ma forteresse, mon cahier mon bouclier. Je ne faisais pas de bruit, je ne faisais pas de vagues. J’étais invisible, ou presque. Et puis, un jour, le destin, ce farceur, a décidé de mettre un coup de pied dans ma routine tranquille. Il s’appelle Godwin. Oui, oui, Godwin. Rien que le nom, ça sonne déjà comme une mélodie, non ? Au début, il était juste… là. Un garçon parmi d’autres. Mais voilà, il a commencé à faire des siennes. Des petites phrases lancées à la volée, des regards qui semblaient s’attarder un peu trop longtemps. Et puis, le coup de grâce : il a commencé à dire aux gens, à droite à gauche, qu’il m’aimait.
Moi, à ce moment-là, j’étais aussi surprise qu’une poule qui voit un chat courir après sa queue. M’aimer ? Lui ? Godwin ? Mais qu’est-ce qu’il avait fumé ? Au début, franchement, ça m’agaçait. C’était trop bizarre, trop soudain. Je me demandais s’il ne se moquait pas de moi. Je le regardais d’un air soupçonneux, prête à dégainer une réplique cinglante si jamais il s’approchait trop. Mais le temps, ce vieux sage, a fait son œuvre. Petit à petit, ses paroles ont commencé à résonner différemment. Ses regards ne me faisaient plus peur, ils me faisaient… rougir. Et puis, j’ai commencé à le trouver… pas si mal. En fait, je commençais à l’apprécier. Vraiment.
Mais voilà, le temps, ce fourbe, avait d’autres plans. Il a décidé de nous séparer trop vite. Une nouvelle année scolaire, et hop, plus de Godwin dans ma classe. J’ai eu l’impression de perdre une étoile filante juste au moment où je faisais un vœu. J’étais déçue, bien sûr, mais je me disais que c’était la vie, que c’était le destin. Et puis, comme un clin d’œil du destin, une sorte de joke cosmique, il s’est avéré que nous nous retrouvions… dans la même classe cette année. La même classe ! Mon cœur a fait un triple salto arrière, puis une pirouette, et a fini par se poser dans mon estomac, là où il fait maintenant des cabrioles toute la journée.
Et là, je peux vous le dire, je l’ai aimé. Oh que oui, je l’ai aimé ! Mais en cachette. Totalement en cachette. C’est bien plus simple quand personne ne sait, vous comprenez. Moins de risques de se ridiculiser. Mais avouons-le, c’est aussi beaucoup plus compliqué. Il y a eu des moments de jalousie, oh là là, des moments où j’avais envie de hurler et de repeindre le monde en rose fluo juste pour qu’on me voie. Des moments où je voyais une autre fille lui sourire, et mon estomac se transformait en champ de bataille. Heureusement, j’ai une amie. Une vraie de vraie. Elle s’appelle Fortune. Oui, Fortune. Et croyez-moi, elle porte bien son nom.
Fortune, c’est ma boussole, ma confidente, mon ange gardien. Quand je me sens perdue dans mes pensées compliquées, c’est elle qui me remet les pieds sur terre. Quand j’ai envie de me cacher sous ma couette pour le restant de mes jours, c’est elle qui me tire dehors avec un sourire et une blague. Et si aujourd’hui, je peux dire que Godwin et moi, on arrive à s’entendre, à échanger des regards qui valent mille mots, à partager des moments qui me font sentir vivante, c’est grâce à elle. C’est elle qui a su décoder mes soupirs, mes silences, mes regards furtifs. C’est elle qui a compris que derrière ma timidité se cachait un cœur qui battait la chamade pour un garçon qui, je l’espère, un jour, le remarquera.
Un matin, en classe, le soleil filtrait à travers les grandes fenêtres, dessinant des rectangles lumineux sur le sol. J’étais assise à mon pupitre, comme d’habitude, essayant de me fondre dans le décor. Godwin était au tableau, expliquant quelque chose de mathématique avec une aisance déconcertante. Ses cheveux châtains tombaient légèrement sur son front quand il se penchait, et je ne pouvais m’empêcher de le regarder. C’est bête, hein ? Je savais que je ne devais pas, que c’était dangereux pour mon cœur, mais je ne pouvais pas m’en empêcher. Il se retourna soudain, comme s’il avait senti mon regard, et nos yeux se croisèrent. Mon cœur fit un bond. Il me sourit. Un vrai sourire, celui qui illumine tout. Et là, mon cerveau a fait court-circuit. J’ai senti mes joues s’empourprer, et j’ai vite baissé les yeux sur mon cahier, où je dessinais des cœurs minuscules dans les marges.
« Tu as vu ça ? » murmura Fortune à mon oreille, me sortant de ma rêverie. Elle avait un petit sourire malicieux. Je hochai la tête, incapable de parler. « C’était pour toi, ce sourire, tu ne crois pas ? » ajouta-t-elle doucement. Je secouai la tête avec plus d’énergie, me sentant complètement ridicule. « Non, non, il sourit à tout le monde. Il est gentil, c’est tout. » Fortune haussa un sourcil. « Gentil, oui. Mais il y avait quelque chose de différent dans son regard, Armel. J’ai vu. »
Plus tard, pendant la pause déjeuner, nous étions assises sur un banc, à grignoter nos sandwichs. Godwin était assis un peu plus loin, avec ses amis. Il riait, il gesticulait. Je le regardais de loin, un peu nostalgique de cette époque où il disait qu’il m’aimait. C’était simple, même si ça m’énervait un peu. Maintenant, c’était compliqué. C’était secret. Et le secret, c’est lourd à porter. « Tu ne peux pas rester comme ça éternellement, tu sais », me dit Fortune, me ramenant à la réalité. « À l’aimer en silence, à te ronger les sangs. » « Mais… mais je ne sais pas comment faire », murmurai-je, la voix tremblante. « Et s’il ne ressent rien pour moi ? Et s’il se moque de moi ? Et s’il… » « Et s’il t’aime aussi ? » me coupa Fortune, son regard doux et encourageant. « Tu n’y as jamais pensé ? »
J’ai soupiré. C’était la question qui me hantait, qui me donnait des nuits blanches. Et si… Et si tout ce que je ressentais était réciproque ? L’idée était à la fois merveilleuse et terrifiante. « Je… je ne sais pas », avouai-je. « Laisse-moi faire un truc », dit Fortune, un sourire prometteur sur les lèvres. « J’ai une idée. Une petite idée qui pourrait peut-être… ouvrir une porte. » Je la regardai, pleine d’espoir et d’appréhension. Fortune, ma bonne étoile. Je savais qu’avec elle, je pouvais oser. Qu’elle serait là, quoi qu’il arrive. Et ça, c’était déjà un trésor. Un trésor bien plus précieux que toutes les déclarations d’amour du monde. Pour l’instant, au moins.