Chapter 2
Témoins et Fuite
Klaus et Adrian assistent impuissants au meurtre de Max. Effrayés, ils s'enfuient du train, se retrouvant par hasard sur la route d'une mafia planifiant un braquage.
Le vacarme assourdissant du train, jadis une mélodie familière de voyage, se mua en un écho funeste résonnant dans les tympans de Klaus. À ses côtés, Adrian, le visage blême, semblait figé, ses yeux écarquillés fixés sur l'horreur qui se déroulait devant eux. La scène, d'une brutalité inattendue, avait volé toute l'air des poumons, les laissant pantelants dans un silence chargé de terreur. Max, le voyageur paisible qui avait murmuré un bonjour timide en montant, gisait maintenant sur le sol froid du wagon, son regard vide fixant le plafond comme s'il y cherchait des réponses que le monde ne pouvait lui offrir. Le cercle de sang qui s'étendait lentement, une tache sombre sur le tissu gris du wagon, était le témoignage silencieux du geste impitoyable. Les deux hommes, leurs visages dissimulés par des capuches sombres, avaient agi avec une rapidité glaçante, leurs mains gantées de cuir agrippant le maigre butin avec une indifférence déconcertante. Un diamètre de neuf centimètres, avait murmuré l'un d'eux, une précision macabre qui glaça le sang de Klaus. Ce n'était pas seulement un vol, c'était une exécution.
« Viens, Adrian, on doit bouger, maintenant ! » La voix de Klaus, tendue comme une corde de violon, rompit le silence pesant. La peur, une bête sauvage tapie dans son estanc, s'était soudainement réveillée, le poussant à l'action. Il n'y avait pas de place pour la contemplation, pas de temps pour la compassion. Seulement la survie. Adrian, comme sorti d'une transe, hocha la tête, ses membres raides se redressant avec une lenteur mécanique. Ils se glissèrent hors du wagon, leurs pas résonnant sourdement sur le quai désert de la gare. L'air frais de la nuit leur caressa le visage, mais il n'apportait aucun soulagement, seulement une nouvelle angoisse. Le train s'éloigna dans la nuit, emportant avec lui les restes de Max et le poids écrasant de ce qu'ils avaient vu.
Le hasard, ou peut-être une force plus obscure, les guida dans les ruelles sombres de la ville. Ils cherchaient l'oubli, un endroit où ils pourraient respirer sans sentir l'odeur du sang, où le silence ne serait pas hanté par des cris étouffés. C'est alors qu'ils tombèrent sur eux. Un groupe d'hommes se tenait rassemblé autour d'une fourgonnette sombre, leurs silhouettes découpées par la faible lumière des réverbères. L'atmosphère qui émanait d'eux était électrique, chargée d'une énergie nerveuse et d'une détermination froide. Il y avait quelque chose dans leurs regards, dans la façon dont ils se tenaient, qui transpirait la dangerosité. Klaus, toujours le plus prudent des deux, sentit un frisson lui parcourir l'échine. Adrian, lui, semblait fasciné, une lueur d'opportunisme naissant dans ses yeux.
« C'est eux, les gars », murmura l'un des hommes, sa voix rocailleuse comme du gravier. « Le plan est le même. L'argent facile, la fuite rapide. »
Klaus échangea un regard avec Adrian. Ils avaient entendu des bribes de conversation, des mots comme « braquage », « banque », « ce soir ». L'idée avait germé, insidieuse, séduisante. La peur du lendemain, le souvenir du meurtre, tout cela se mêlait à l'attrait du danger, à la promesse d'une solution rapide à leurs propres malheurs.
« On peut peut-être… » commença Adrian, sa voix hésitante, mais pleine d'une ambition naissante.
Un homme plus grand, imposant, se tourna vers eux. Son visage était marqué par des cicatrices et ses yeux brillaient d'une intelligence rusée. C'était Dominik. « Qui êtes-vous ? » demanda-t-il, sa voix dépourvue de chaleur.
Klaus s'avança, un sourire forcé aux lèvres. « Nous… nous sommes juste de passage. Nous avons vu quelque chose, dans le train. Quelque chose de terrible. » Il laissa échapper quelques détails, suffisamment pour attirer leur attention, suffisamment pour se vendre.
Dominik les scruta un instant, puis un sourire énigmatique éclaira son visage. « Vous avez de la chance, vous êtes tombés au bon endroit. Nous avons besoin de gens pour une mission. Une mission qui pourrait bien vous sortir de vos ennuis. »
La proposition était audacieuse, dangereuse, mais dans leur état de détresse, elle ressemblait à une bouée de sauvetage. Klaus et Adrian se regardèrent, une décision silencieuse scellée entre eux. Ils savaient que le chemin qu'ils empruntaient était semé d'embûches, mais l'alternative était bien plus sombre.
La nuit était tombée, drapant la ville d'un voile d'encre. Les néons des enseignes tremblaient dans la pénombre, projetant des reflets fantomatiques sur le bitume humide. La fourgonnette, moteur ronronnant doucement, attendait dans une ruelle sombre, à quelques pas de la banque visée. À l'intérieur, l'atmosphère était électrique. Le Chef de la Mafia, un homme massif dont le regard acéré semblait percer les ombres, donnait les dernières instructions. Dominik, penché sur un ordinateur portable, pianotait avec une agilité déconcertante, ses doigts dansant sur le clavier.
« On ne peut pas se permettre la moindre erreur », grogna le Chef, sa voix rauque résonnant dans l'habitacle confiné. « Ce soir, on prend tout. Et personne ne nous arrêtera. »
Adrian, assis à côté de Klaus, sentait son cœur battre la chamade. Le plan était ambitieux : neutraliser les caméras de surveillance, s'introduire par les conduits de ventilation, s'emparer de l'argent et disparaître avant que le jour ne se lève. Mais une ombre d'incertitude planait.
« Et si… et si il y a plus de caméras que prévu ? » demanda Sven, un homme trapu au visage bourru, sa voix empreinte d'une inquiétude palpable. « On a vu le plan, il y en a une bonne trentaine. »
Dominik leva les yeux de son écran, un sourire confiant aux lèvres. « Ne vous inquiétez pas. J'ai déjà pensé à ça. On peut passer par le réseau interne. Je peux les désactiver toutes une par une, à distance. On a fait ça à la gare, non ? C'était aussi complexe, et on a réussi. »
Un murmure d'approbation parcourut l'assemblée. Le talent de Dominik était indéniable, et son assurance contagieuse. Le Chef hocha la tête, visiblement rassuré.
« Parfait. Simon et toi, vous passez par la ventilation. Klaus et Adrian, vous couvrez l'entrée. Daniel, tu prépares la sortie. Et moi, je veille au grain. »
L'excitation montait. Le risque était immense, mais la récompense l'était tout autant. L'idée de l'argent, de la liberté qu'il apporterait, flottait dans l'air comme un parfum enivrant.
Ils descendirent de la fourgonnette, se faufilant dans l'ombre. Le silence était leur allié, leurs pas amortis par les semelles épaisses de leurs chaussures. L'air était chargé d'une tension palpable, chaque ombre semblait dissimuler un danger potentiel.
Daniel, impatient, s'approcha de la porte blindée de la banque. Ses mains étaient déjà en action, ses outils brillants à la faible lumière. Il y avait une urgence dans ses gestes, une impatience qui contrastait avec la prudence des autres.
« Doucement, Daniel », murmura Klaus, une pointe d'inquiétude dans la voix. « Fais attention. »
Mais Daniel n'écoutait pas. Il était dans sa zone, concentré sur sa tâche. Les minutes s'étiraient, chaque seconde semblant une éternité. Puis, un déclic. La porte s'ouvrit avec un grincement sourd.
C'est à ce moment précis que tout bascula.
Un hurlement strident déchira le silence de la nuit. L'alarme. L'alarme de la banque.
« Idiot ! » hurla le Chef de la Mafia, son visage se décomposant dans une fureur incontrôlable. « Tu as tout fait foirer ! »
La panique s'empara du groupe. Le plan, si méticuleusement élaboré, s'effondrait sous leurs yeux. Le Chef se tourna vers Dominik, ses yeux emplis d'une rage froide.
« Tu es viré », cracha-t-il, sa voix chargée de venin. « Tu n'es plus dans mon équipe. »
Avant que Dominik n'ait pu réagir, avant qu'il n'ait pu esquisser un geste de défense, le Chef dégaina son arme. Deux détonations sèches résonnèrent dans la ruelle. Un bruit sourd, puis un silence encore plus assourdissant. Dominik s'effondra, son corps inerte s'affaissant sur le sol maculé.
« Il est mort », murmura Luke, le visage blême, sa voix étranglée par le choc.
Simon, le premier à retrouver ses esprits, se rua vers l'intérieur de la banque. « On a l'argent ! Venez, vite ! »
Le chaos régnait désormais. La peur, la trahison, la mort, tout se mélangeait dans un tourbillon infernal. Klaus et Adrian, pris dans la tourmente, se laissèrent entraîner par le mouvement, leurs corps agissant d'eux-mêmes, poussés par l'instinct de survie. Ils laissèrent le corps de Dominik gisant dans la ruelle, un sacrifice inutile au pied d'un crime qui avait mal tourné.
La police arriva rapidement, leurs gyrophares balayant la nuit de leurs faisceaux bleus et rouges. Les sirènes hurlantes mirent fin à la fuite éperdue des mafieux. L'arrestation fut rapide, brutale. Les hommes, pris au dépourvu, n'eurent aucune chance. Le Chef, Daniel, Simon, Klaus et Adrian, tous furent menottés et emmenés au poste. Les charges étaient lourdes : deux homicides, un braquage de banque raté.
Dans la cellule froide et impersonnelle, le désespoir commençait à s'installer. Les mafieux se regardaient, les visages marqués par la défaite et la colère.
« Si seulement Dominik n'avait pas été là », grogna Daniel, sa voix emplie de ressentiment. « On n'en serait pas là. »
Le Chef de la Mafia, malgré sa situation, gardait une lueur de défi dans les yeux. « Ce n'est pas fini », murmura-t-il, sa voix à peine audible. « On va sortir d'ici. Et on va récupérer notre argent. »
Mais l'idée de l'évasion, d'abord porteuse d'espoir, se heurta rapidement à la réalité. Les murs de la prison étaient épais, les systèmes de sécurité impénétrables.
« On ne peut pas sortir d'ici », réalisa soudain le Chef, sa voix vidée de toute conviction. « C'est une forteresse. On ne sortira jamais. »
Un silence lourd s'abattit sur eux. La perspective d'une vie derrière les barreaux, le poids de leurs crimes, tout cela les écrasait.
Simon, le plus impulsif des trois, frappa violemment le mur de sa cellule. « Merde ! » cria-t-il, sa voix résonnant dans le vide. « Vous ne pouvez pas me garder ici ! Je ne resterai pas ici ! »
Mais les barreaux restaient immobiles, témoins silencieux de leur désespoir. La nuit était tombée sur leur liberté, et l'aube semblait si loin.