Chapter 2

Chapitre 2 : Le Champagne et le Courroux

Un appel de sa meilleure amie Chloé la distrait. Bousculée par un serveur, Léa renverse son champagne sur Alexandre Valmont, le PDG. Sa réaction glaciale la paralyse de honte et de peur.

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Ce soir-là, dans l'écrin doré de la salle de bal parisienne, Léa se sentait comme une mouche posée sur un gâteau de mariage : présente, mais tellement hors de propos. Les lustres en cristal déversaient une lumière chaude et généreuse, caressant les robes de soie et les costumes impeccables. Elle, avec sa robe bleu nuit, simple mais qui lui allait si bien, tenait une coupe de champagne comme si c'était un trésor fragile. Autour d'elle, un murmure d'élégance, le tintement des verres, des rires cristallins. Elle était là parce qu'elle avait gagné. Gagner, pour une illustratrice comme elle, c'était déjà un rêve. Mais ce rêve, teinté de doré et de mondanités, lui semblait presque irréel.

« Léa ! Tu n’as pas idée ! » La voix de Chloé, sa meilleure amie, crépitait dans son oreille, un contraste vibrant avec la douceur ambiante. « T’as gagné le concours de la maison Valmont ! Profite ! Y’a que des gens riches là-bas ! Des gens importants ! »

Léa esquissa un sourire timide, ses yeux parcourant la foule, cherchant peut-être un visage familier, ou peut-être juste une échappatoire. Elle sentait le poids des regards, même s'ils ne s'adressaient pas directement à elle. L’air était chargé d’une tension subtile, celle des ambitions discrètes et des alliances silencieuses.

« Oui, Chloé, c’est… c’est incroyable, » murmura-t-elle, sa voix presque noyée par le brouhaha. « Mais je ne sais pas trop où me mettre. »

« Mais enfin, ma belle, c’est ta soirée ! T’es l’étoile ! » s’exclama Chloé, son enthousiasme débordant, une bouée de sauvetage dans l’océan d’étrangers.

C’est à ce moment précis, alors qu’elle tentait de rassembler ses esprits, que le destin, sous la forme d’un serveur pressé, décida de jouer son tour. Un geste brusque, une trajectoire imprévue, et le plateau chargé de coupes de champagne heurta son bras.

*SPLASH !*

Le son fut sec, brutal, un cri dans le silence soudain qui sembla s’abattre sur elle. Le liquide doré, le champagne qu’elle tenait, s’envola dans une courbe macabre, dessinant une trajectoire parfaite vers la chemise blanche immaculée d’un homme. Un homme grand, aux cheveux noirs d’encre, dont le costume sur mesure semblait avoir été taillé dans la nuit elle-même, orné de boutons dorés qui brillaient d’un éclat froid.

Léa sentit son cœur s’arrêter, puis s’emballer dans une course folle. Le temps se distendit, chaque goutte de champagne semblant tomber au ralenti, maculant la soie parfaite. L’homme se tourna lentement, et le regard qu’il lui adressa était d’une intensité glaciale, un glacier qui aurait pris vie.

« … Vous avez trois secondes pour disparaître. » Sa voix était un murmure bas, chargé d’une autorité qui glaçait le sang.

La panique submergea Léa. Les mots de Chloé sur la richesse et l’importance s’effacèrent, remplacés par la seule urgence de réparer son erreur monumentale. « Oh mon Dieu ! Je suis désolée ! Je… je vais nettoyer ! » balbutia-t-elle, sa voix tremblante d’une terreur sincère.

Elle attrapa une serviette sur un plateau voisin, ses mains tremblant si fort que le tissu semblait vouloir lui échapper. Elle s’approcha de lui, le cœur battant à tout rompre, prête à effacer la tache, à annuler l’incident, à redevenir invisible. Mais plus elle essayait de tamponner délicatement la soie humide, plus elle avait l’impression d’étaler la catastrophe, d’enfoncer le clou de sa maladresse. Leurs visages se rapprochèrent dans cette tentative désespérée d’effacer la faute. Il ne bougeait pas, la laissant faire, ses yeux sombres fixés sur elle avec une intensité déconcertante.

Léa sentit la chaleur monter à ses joues, un rougissement violent qui trahissait sa gêne et une autre émotion, plus confuse, plus déroutante. « Pourquoi il est aussi beau… et aussi terrifiant ?! » pensa-t-elle, une bulle de perplexité dans le tourbillon de sa honte. La proximité était électrisante, le parfum subtil de son eau de Cologne, un mélange de bois et de fraîcheur, l’enveloppait.

Soudain, sa main se referma sur son poignet. Ce n’était pas une prise agressive, mais ferme, un geste qui la cloua sur place. La douceur du contact contrastait avec la rudesse de ses paroles précédentes.

« Laissez tomber. Vous avez déjà assez fait de dégâts. »

Il la relâcha aussi délicatement qu’il l’avait saisie, mais le contact avait laissé une empreinte sur sa peau, une chaleur résiduelle qui persistait. Léa resta figée, la serviette froissée dans sa main, l’écho de sa voix résonnant encore dans la salle.

Un instant plus tard, une annonce retentit, une voix grave et solennelle invitant « Monsieur Alexandre Valmont » à prendre la parole. Le glacier devant elle se redressa, sa posture retrouvant une élégance impeccable malgré la tache de champagne qui, sous la lumière crue, semblait s’être déjà estompée, comme par magie. Il était le PDG. L’empire Valmont. L’homme le plus important de cette soirée, sans aucun doute. Léa, elle, se sentait plus petite que jamais, mortifiée, une tache vivante sur le tableau parfait de cet univers.

Elle se réfugia dans un coin, essayant de se fondre dans le décor, le regard fuyant. Pour calmer les battements sauvages de son cœur, elle se servit une autre coupe de champagne, puis une autre. Le liquide pétillant descendait, apportant une chaleur douce qui atténuait la morsure de sa honte. Elle se surprit à engager des conversations anodines, à rire de bon cœur à des plaisanteries qu’elle ne comprenait qu’à moitié. Mais sous la façade de cette animation forcée, une inquiétude sourde persistait. Elle n’était pas à sa place. Ce monde, si étincelant, était aussi intimidant qu’un abîme.

Cherchant un peu d’air, une échappatoire à cette agitation feinte, elle se dirigea vers les portes vitrées qui menaient à la terrasse. Paris s’offrait à elle, un tapis scintillant de lumières, une promesse de beauté et de mystère. Elle inspira profondément, essayant de dissiper le vertige.

C’est alors que son téléphone vibra dans la poche de sa robe. Un numéro familier. Sa mère. Une inquiétude plus profonde, plus personnelle, la saisit.

« Maman ? »

La voix à l’autre bout était faible, essoufflée. « Léa… je… je suis tombée. Je crois que je me suis cassé quelque chose. Les pompiers m’ont conduite à l’hôpital. »

Le champagne sur la terrasse sembla soudain bien loin. L’image de sa mère, seule et souffrante, la frappa de plein fouet. « Lequel, maman ? Quel hôpital ? »

La réponse lui parvint, une adresse précise qu’elle connaissait. Sans réfléchir, sans un mot de plus, elle se précipita vers l’intérieur, le cœur serré. Elle devait y aller. Immédiatement. La soirée, la fête, tout cela n’avait plus aucune importance. Elle repéra un ascenseur de service, priant pour qu’il soit libre. Elle monta, tapotant nerveusement du pied, son esprit déjà loin, auprès de sa mère.

Dans sa hâte, son empressement à partir, elle ne fit pas attention aux indications, aux étages. Elle appuyait sur le bouton, ses pensées tourbillonnant. Elle sortit de l’ascenseur, ses talons claquant sur le marbre d’un long couloir feutré. Elle cherchait une sortie, une porte, n’importe quoi qui la mènerait dehors. Elle aperçut une porte massive, entroubaissa, et sans même jeter un regard, s’effondra sur un lit immense, d’un blanc immaculé, d’un confort divin. L’épuisement, le stress, l’alcool de la soirée la submergèrent. En quelques secondes, elle sombra dans un sommeil profond.

Quelques instants plus tard, le bruit discret d’une porte de salle de bain s’ouvrant la tira légèrement de sa torpeur. Une silhouette masculine apparut dans l’embrasure, les cheveux encore humides, drapée dans un peignoir de soie. Il s’arrêta net, le regard écarquillé, sa silhouette se figeant dans la lumière tamisée de la chambre.

« … Qui êtes-vous ? » murmura Alexandre Valmont, sa voix empreinte d’une stupeur glaciale, découvrant une inconnue endormie dans son lit.

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