Chapter 3
Chapitre 3 : Regards dans l'Éclat
Alors que Léa tente maladroitement de nettoyer la tache, leurs regards se croisent. L'intensité de la connexion la trouble, et Alexandre, bien que froid, la retient brièvement d'un geste ferme.
Le murmure des conversations mondaines flottait dans l’air, mêlé aux notes cristallines d’un orchestre discret. Léa, perdue dans la grandeur dorée de la salle de bal, se sentait comme une petite barque échouée sur un océan de soie et de diamants. Sa robe bleu nuit, si simple à ses yeux, semblait maintenant presque terne au milieu des créations haute couture qui scintillaient autour d’elle. Elle tenait sa coupe de champagne, les bulles dansantes reflétant la lumière des lustres, et un sourire timide effleurait ses lèvres. Ce soir, elle n’était pas Léa Dubois, l’illustratrice qui passait ses journées plongée dans ses croquis, mais une invitée d’honneur, une gagnante, même si elle ne comprenait pas encore tout à fait comment elle en était arrivée là.
« Léa ! T’as gagné le concours de la maison Valmont ! Profite ! Y’a que des gens riches là-bas ! » La voix enjouée de Chloé résonnait dans son oreille, un fil conducteur vers la normalité dans cet univers de rêve. Léa porta le téléphone à son oreille, un sourire épanoui illuminant son visage. « Je… j’essaie, Chloé. C’est… incroyable. » Elle balaya du regard l’assistance, cherchant à identifier les visages célèbres, les titans de l’industrie dont elle avait tant entendu parler. C’est dans cet état de rêverie, le cœur battant la chamade, qu’elle fit un pas en arrière pour mieux admirer un tableau d’une valeur inestimable.
C’est alors qu’un mouvement brusque, une collision inattendue, la tira brutalement de sa contemplation. Un serveur, affairé, le plateau chargé de coupes de champagne, avait mal calculé sa trajectoire. Le choc fut bref, mais suffisant. La coupe dans la main de Léa bascula, et une cascade liquide, dorée et pétillante, s’envola dans les airs.
« SPLASH ! »
Le son sec de la liquide frappant un tissu résonna plus fort que le brouhaha ambiant. Léa figée, les yeux écarquillés, vit la catastrophe se dérouler sous ses yeux. La précieuse boisson s’était déversée, non pas sur le sol immaculé, mais sur une chemise blanche d’une impeccabilité suspecte, sur un costume noir d’une coupe parfaite. Une tache sombre et humide s’étalait, maculant l’élégance de la victime.
Un silence de mort sembla s’abattre sur les quelques personnes présentes dans le périmètre immédiat. Léa leva lentement les yeux, le sang se glaçant dans ses veines. Face à elle se tenait un homme. Grand, d’une prestance imposante, il la dévisageait d’un regard d’acier, un regard qui aurait pu éteindre les étoiles. Ses cheveux noirs étaient coiffés à la perfection, son costume sur mesure, d’un noir profond, était rehaussé de boutons dorés qui brillaient d’une froide élégance. C’était lui. Le visage de la marque, le PDG de l’empire Valmont. Alexandre Valmont.
Son visage était un masque impénétrable, mais ses lèvres fines se déformèrent légèrement pour prononcer des mots d’une froideur glaciale. « … Vous avez trois secondes pour disparaître. »
La panique submergea Léa. Trois secondes ? Disparaître ? Comment pouvait-elle disparaître ? Elle bafouilla, cherchant les mots justes, mais seuls des sons indistincts parvinrent à ses lèvres. « Oh mon Dieu ! Je suis désolée ! Je… je vais nettoyer ! »
Elle se jeta sur une table voisine, saisit une serviette en papier, espérant pouvoir effacer l’affront. Ses mains tremblaient, maladroites. Elle s’approcha d’Alexandre Valmont, le cœur cognant dans sa poitrine comme un tambour fou. Elle tenta d’éponger la tache, ses doigts effleurant le tissu fin, puis la peau chaude de son torse. Le contact fut bref, mais électrique. Leurs visages se rapprochèrent, l’un empli de panique et de honte, l’autre d’une froideur calculée.
Alexandre la regardait fixement. Ses yeux sombres, d’une intensité rare, semblaient sonder son âme. Léa sentit une chaleur monter à ses joues, un rougissement profond qu’elle ne pouvait contrôler. Pourquoi était-il aussi beau ? Et pourquoi dégageait-il une aura si terrifiante ? Elle se sentait minuscule, insignifiante, sous son regard perçant.
Soudain, sa main se referma sur son poignet. Le contact était doux, mais ferme, une emprise qui ne laissait aucune place à la discussion. Léa retint son souffle, figée par la surprise et une curieuse sensation qui la parcourait de la tête aux pieds. Le geste d’Alexandre n’était pas brutal, mais empreint d’une autorité silencieuse.
« Laissez tomber », dit-il, sa voix toujours aussi basse, mais avec une nuance qui la fit frissonner. « Vous avez déjà assez fait de dégâts. »
Il relâcha son poignet, la laissant seule, désemparée, au milieu de la salle de bal qui reprenait doucement son souffle. Léa resta plantée là, mortifiée, les joues en feu. Elle sentit le poids des regards sur elle, même si personne n’osait vraiment la fixer. L’incident avait été trop rapide, trop… embarrassant.
Au même moment, une annonce retentit, brisant la tension. Le nom d’Alexandre Valmont fut prononcé, invitant le PDG à prendre la parole. Il se détourna d’elle, son profil parfait disparaissant dans la foule, laissant Léa seule avec son humiliation. Elle avait renversé du champagne sur le puissant Alexandre Valmont. Comment allait-elle se remettre de ça ?
La soirée continua, mais pour Léa, l’éclat s’était terni. Pour tenter de noyer son malaise, elle vida sa coupe, puis une autre. Les conversations autour d’elle devinrent un murmure indistinct, les visages des invités se brouillèrent légèrement. Elle se força à sourire, à hocher la tête, à participer à des échanges qui lui semblaient totalement irréels. Elle se sentait étrangère dans ce monde, une intruse qui avait commis une faute impardonnable.
Cherchant un répit, elle s’échappa discrètement vers la terrasse. L’air frais de la nuit parisienne la frappa, une bouffée bienvenue après la chaleur étouffante de la salle de bal. La ville s’étendait à ses pieds, un tapis scintillant de lumières. Elle respira profondément, essayant de calmer les battements erratiques de son cœur. Ce n’était que du champagne, après tout. Et Alexandre Valmont ne semblait pas avoir été blessé physiquement. Juste son ego, peut-être. Et son costume.
C’est à cet instant, alors qu’elle tentait de retrouver un semblant de calme, que son téléphone vibra dans sa poche. Un numéro inconnu. Elle hésita, puis décrocha.
« Allô ? »
« Léa ? C’est ta sœur. Maman… maman a fait une chute. Elle est à l’hôpital. »
Les mots de sa sœur résonnèrent comme un coup de tonnerre. Sa mère. Hospitalisée. Le monde de Léa bascula, bien plus violemment que le champagne renversé quelques instants plus tôt. La soirée, le concours, Alexandre Valmont, tout s’effaça. Sa seule préoccupation était sa mère.
« Je… je rentre tout de suite », réussit-elle à articuler, la voix tremblante. Elle raccrocha, le cœur serré, et se précipita vers l’intérieur de l’hôtel. Oubliant tout protocole, oubliant l’heure tardive, elle chercha l’ascenseur. Elle avait besoin de partir, maintenant. Elle monta dans la première cabine disponible, pressant le bouton de l’étage de sa chambre, impatiente de rentrer chez elle et de prendre des nouvelles de sa mère.
« Ding ! »
L’ascenseur s’arrêta. La porte s’ouvrit sur un décor somptueux, bien plus opulent que ce qu’elle avait vu jusqu’à présent. Des tapis épais, des meubles d’une qualité irréprochable, une atmosphère de luxe absolu. Elle était manifestement montée trop haut. Mais la fatigue, le choc émotionnel, la détresse pour sa mère, tout cela la submergeait. Elle n’avait plus la force de réfléchir.
Elle pénétra dans la suite, traversant un salon spacieux pour atteindre la chambre. Un lit king size, d’une blancheur immaculée, l’invitait au repos. Sans même retirer ses talons, elle s’effondra sur le matelas moelleux. Les pensées tourbillonnaient dans sa tête, mais le poids de la journée, le stress, l’épuisement, eurent raison d’elle. Ses paupières se firent lourdes, et Léa s’endormit d’un sommeil profond, inconsciente de l’endroit où elle avait atterri.
Quelques instants plus tard, la porte de la salle de bain s’ouvrit avec un léger clic. Une silhouette apparut, drapée dans un peignoir épais. Des cheveux noirs, encore humides, tombaient sur ses épaules. Il s’arrêta net, les yeux parcourant la pièce, puis se posant sur le lit. Son regard s’écarquilla légèrement en découvrant une inconnue endormie sur son oreiller.
Alexandre Valmont, le PDG de l’empire Valmont, se tenait là, en peignoir, face à une jeune femme qu’il n’avait jamais vue auparavant, endormie dans son lit.
« … Qui êtes-vous ? » murmura-t-il, sa voix empreinte d’un choc à peine contenu.