Chapter 2

L'Ombre de Kaoren

Kaoren, un ancien du clan rongé par la culpabilité, prend Maël sous son aile. Il commence à lui enseigner les rudiments de ses pouvoirs latents, liés à l'énergie vitale.

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La poussière dansait dans les rares rayons de soleil qui perçaient la voûte de feuilles denses, dessinant des arabesques lumineuses sur le sol forestier. J'étais assis sur une souche moussue, le dos légèrement courbé, essayant d'imiter les gestes lents et précis de Kaoren. Il se tenait devant moi, silhouette voûtée mais digne, ses yeux d'un bleu délavé fixés sur un point invisible au loin. L'air était chargé d'une quiétude presque palpable, un contraste saisissant avec le tumulte qui régnait en moi depuis cette nuit d'anniversaire qui avait fait basculer mon existence.

« L'énergie vitale, Maël, » sa voix était un murmure grave, comme le froissement des feuilles mortes sous le vent. « Ce n'est pas une force à commander, mais à comprendre. Elle est en toi, autour de toi, et en toute chose. Tu dois apprendre à l'écouter. »

Il ferma les yeux, ses mains jointes devant lui. Lentement, une douce lueur ambrée commença à émaner de ses paumes. Elle pulsait doucement, comme un cœur invisible, réchauffant l'air ambiant. J'essayais de reproduire le phénomène, concentrant toute mon attention sur mes mains, sur le vide entre mes doigts. Rien. Juste une sensation de chaleur familière, celle de mon propre corps, mais aucune lumière, aucun souffle distinct.

« Ne force pas, » conseilla Kaoren sans ouvrir les yeux. « La précipitation est l'ennemie de la connexion. Ressens le flux. Imagine-le comme une rivière qui coule en toi, qui te nourrit et te relie au monde. »

Je fermai les yeux à mon tour, tentant de faire abstraction de ma frustration grandissante. Je me concentrais sur la sensation de mon propre souffle, sur le rythme de mon cœur qui battait la chamade dans ma poitrine. J'imaginais cette rivière, d'abord timide, puis plus audacieuse, serpentant à travers mes veines, irriguant chaque parcelle de mon être. Une légère chaleur commença à se répandre dans mes membres, une sensation étrange, à la fois familière et nouvelle. C'était comme si le monde autour de moi s'était estompé, ne laissant que cette conscience accrue de ma propre existence.

« C'est ça, » souffla Kaoren, une pointe de satisfaction dans sa voix. « Tu commences à percevoir. Maintenant, essaie de la diriger. Vers cette feuille. »

Il désigna du menton une feuille tombée à quelques mètres de nous, d'un vert fané, posée sur la mousse. Je tendis ma main, l'esprit concentré sur cette tâche. Je visualisais l'énergie, cette rivière intérieure, s'écoulant vers la feuille. Je sentis une légère tension, comme si quelque chose répondait à mon appel. La feuille frémit légèrement. Un frisson parcourut mon échine.

« Encore, » murmura Kaoren.

Je redoublai d'efforts, sentant une goutte de sueur perler à ma tempe. La feuille se souleva, flottant à quelques centimètres du sol, dansant au gré de mes pensées. Un sourire involontaire étira mes lèvres. J'avais réussi. Pas une grande prouesse, juste une feuille qui flottait, mais pour moi, c'était un miracle.

Soudain, un craquement de branche résonna dans le silence. Un sanglier, massif et portant des défenses impressionnantes, surgit d'un fourré, le regard injecté de fureur. Mon cœur fit un bond dans ma poitrine. L'énergie que j'avais réussi à canaliser s'évanouit instantanément, me laissant aussi vulnérable qu'avant.

« Reste calme, Maël, » lança Kaoren, sa voix toujours posée, mais avec une nouvelle urgence. « Ne panique pas. Utilise ce que tu as appris. »

Le sanglier chargea. Je me baissai instinctivement, sentant le souffle chaud et puissant de l'animal passer juste au-dessus de ma tête. La peur me glaçait, mais quelque chose d'autre, une sorte d'instinct primal, commençait à s'éveiller en moi. Je me redressai, tendant les mains devant moi. Je ne pensais plus à la rivière, ni aux leçons de Kaoren. Je pensais juste à me protéger, à repousser cette menace.

Une vague de chaleur intense monta en moi, plus forte que tout ce que j'avais ressenti auparavant. Elle explosa vers l'extérieur, une onde invisible mais puissante. Le sanglier fut projeté en arrière, retombant lourdement au sol, grognant de surprise et de douleur. Il se releva péniblement, hésita un instant, puis s'enfuit dans la direction d'où il était venu, disparaissant dans le sous-bois.

Le silence retomba, lourd et épais. Mes jambes tremblaient. Je regardai mes mains, légèrement rougies par l'effort, puis Kaoren. Il me regardait avec une expression indéchiffrable, un mélange de surprise et… de tristesse ?

« Tu vois, Maël, » dit-il enfin, sa voix toujours aussi basse. « L'énergie vitale est une force double. Elle peut construire, et elle peut détruire. Elle est liée à tes émotions les plus profondes. Ta peur t'a donné la force de te défendre. »

Il s'approcha de moi, posant une main ridée sur mon épaule. Sa peau était rugueuse, mais son contact était étrangement apaisant. « Je t'ai dit que tu avais un grand potentiel. Aujourd'hui, tu en as eu un aperçu. Mais ce n'est qu'un début. Et le chemin sera plus périlleux que tu ne l'imagines. »

Il s'interrompit, son regard perdu dans les profondeurs de la forêt. « La culpabilité qui me ronge, Maël, est liée à la naissance. À des choix faits dans l'ombre. Des choix qui t'ont éloigné de ta lignée. Des choix que je regrette chaque jour. »

Ses mots résonnaient en moi, lourds de mystère. La naissance. Ma lignée. Écarté. Ces mots tourbillonnaient dans ma tête, se mêlant aux images de la nuit de mon anniversaire, aux révélations fracassantes. Je le regardais, cherchant une réponse, une explication à cette douleur qui semblait émaner de lui.

« Pourquoi moi ? » murmurai-je, la question m'échappant malgré moi. « Pourquoi mon père m'a-t-il… écarté ? »

Kaoren soupira, un son rauque et profond. « Les raisons sont complexes, Maël. Liées aux traditions, aux peurs, et à des calculs que je ne peux pas encore te dévoiler entièrement. Mais sache ceci : ton frère, Raël, a été préparé. Conditionné. Tu, tu es… différent. Ton éveil est tardif, mais peut-être plus authentique. »

Il me regarda droit dans les yeux, son regard bleu perçant le mien. « Tu as deux ans, Maël. Deux ans pour comprendre qui tu es, d'où tu viens, et ce que tu veux faire de ce pouvoir. La place qui t'attend est dangereuse. Pleine de trahisons et de jeux de pouvoir. Mais c'est aussi ta place. La question est : la revendiqueras-tu ? »

Le poids de ses mots m'écrasa. Deux ans. Une vie entière à décider en deux ans. Une vie qui n'était pas la mienne, mais celle d'un Zankora, d'un être aux pouvoirs insoupçonnés. La forêt autour de nous semblait soudain plus sombre, plus menaçante. L'ombre de Kaoren s'étirait, longue et inquiétante, comme si elle recelait des secrets bien plus sombres encore que ceux qu'il avait bien voulu me dévoiler. Le chemin devant moi venait de s'ouvrir, pavé d'incertitudes et de dangers, et je ne savais pas si j'étais prêt à le parcourir.

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