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Chapter 2

La Carte et le Prédateur

Nikolai Volkov découvre la carte d'identité de Kaïa près de la scène du crime. Intrigué par la jeune femme innocente qui a vu son acte, il ordonne à Dima de la retrouver, voyant en elle une proie inattendue.

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L'air salin du port de San Pedro s'accrochait encore à la peau de Kaïa, un manteau invisible qui ne parvenait pas à dissiper le froid qui l'avait saisie. L'odeur âcre des poubelles qu'elle venait de pousser vers le conteneur métallique semblait se mêler à l'effroi qui lui glaçait les entrailles. Le cliquetis lointain des chaînes sur le quai, le cri plaintif des mouettes dans la nuit californienne, tout avait pris une résonance sinistre, comme si le monde entier retenait son souffle. Derrière elle, la lumière chaleureuse du restaurant "Le Pélican" s'éteignait, Marta, la propriétaire au cœur tendre et aux mains habiles, ayant refermé sa porte pour la nuit. C'était son cinquième service, et malgré la fatigue qui courbait ses épaules, malgré la douleur sourde dans ses bras, une force nouvelle l'animait : celle de l'indépendance, de la vie qu'elle s'était choisie loin des ombres familières de Florence.

Elle tira sur la poignée du lourd conteneur, un bruit sourd et métallique déchirant le silence feutré de la nuit. Elle s'apprêtait à rentrer, la tête déjà pleine des tâches du lendemain, quand un son étrange, discordant, attira son attention. Un bruit de pas, rapides et étouffés, comme des pas de velours sur le ciment humide, suivi d'une voix gutturale, profonde, puis d'un rire mauvais, un son qui ressemblait à une lame qu'on aiguise.

Au lieu de se précipiter à l'intérieur, un mauvais pressentiment, aussi vif qu'une piqûre d'insecte venimeux, la figea sur place. Elle se plaqua contre le mur de briques rugueuses, se faisant la plus petite possible, hors de vue. Prudemment, le cœur battant la chamade contre ses côtes, elle jeta un coup d'œil par le coin, ses yeux cherchant à percer l'obscurité.

Une camionnette noire, d'un modèle imposant et discret, était garée à quelques mètres, ses feux de détresse clignotant en un rythme hypnotique, illuminant deux silhouettes humaines. L'une, massive, chauve, sa nuque épaisse saillante sous la lumière blafarde, tenait un autre homme à genoux. La victime, un homme d'âge mûr, vêtu d'un costume aux teintes sombres, visiblement taché par quelque chose de sombre, tremblait de peur, sa tête baissée, son corps recroquevillé. Le deuxième homme, celui qui parlait, avait une silhouette plus élancée, plus fine, drapé dans un blouson en cuir de luxe qui semblait absorber la lumière plutôt que de la refléter. Il ne se retournait pas, son dos droit, impénétrable, mais sa voix, grave et teintée d'un léger accent slave, un accent qui rappelait les histoires de son père sur les régions froides et lointaines, glaça Kaïa jusqu'à la moelle.

« Tu as cru que tu pouvais voler Viktor et t'en sortir indemne, petit poisson ? » dit-il, un rictus qui n'atteignait pas ses yeux, un sourire dont Kaïa ne pouvait que deviner la cruauté, un sourire carnassier et dénué de toute humanité. « Tu es une leçon. Une leçon qu'il va falloir graver dans la chair. »

Les mots résonnèrent dans la nuit comme une sentence de mort. Puis, le son des coups. Sourd, brutal, assourdissant. Le bruit de la lutte, des gémissements étouffés, le bruit lourd et définitif du corps s'effondrant sur le sol humide. Kaïa porta ses mains à sa bouche pour étouffer un cri qui menaçait de s'échapper, un cri de terreur pure, de dégoût, d'horreur. Sa tête se mit à tourner, le monde vacillant autour d'elle. Elle venait d'assister à un meurtre. Un meurtre froid, calculé, sauvage.

Il fallait qu'elle parte. Maintenant. Avant qu'ils ne la voient, avant qu'ils ne comprennent qu'elle était là, témoin silencieuse de leur barbarie.

Le souffle court, ses poumons en feu, elle lâcha la poignée du conteneur, le bruit presque inaudible dans la violence de la scène qu'elle venait de contempler. Elle recula à pas de loup, ses baskets en toile crissant légèrement sur le ciment, un son qui lui parut un coup de tonnerre. Elle jeta un dernier regard vers les deux hommes, qui étaient maintenant penchés sur le corps inerte de leur victime, leurs silhouettes sombres se découpant sur le fond clair des feux de détresse.

À ce moment précis, alors que sa concentration était entièrement tournée vers la fuite, son pied heurta quelque chose de dur, de métallique. Un tuyau rouillé, sans doute oublié là depuis des lustres. Le bruit, bien que minime, fut pour elle un signal d'alarme, un coup de feu dans le silence tendu de la nuit. Un des hommes se retourna brusquement, son regard balayant l'obscurité. Kaïa n'hésita pas. Elle plongea dans l'ombre la plus profonde, son cœur tambourinant contre ses côtes comme un oiseau pris au piège, une peur animale rampant dans ses veines, lui paralysant les membres, puis la propulsant en avant. Elle se mit à courir. Courir, courir, sans regarder en arrière, sans penser, jusqu'à ce que ses poumons la brûlent de douleur et que le vent froid de la nuit s'engouffre dans ses vêtements, lui arrachant le peu de souffle qu'il lui restait.

Elle s'arrêta enfin, le dos plaqué contre un conteneur rouillé, bien plus loin, dans un recoin plus sombre du port. Ses jambes étaient en coton, unable to support her weight. Son esprit était en ébullition, une tempête de pensées incohérentes. Il fallait appeler la police. Il fallait... Elle devaient raconter ce qu'elle avait vu. Mais avant tout, il fallait trouver son téléphone.

Dans la panique de ses gestes, ses mains tremblantes tâtaient ses poches, cherchant désespérément le rectangle familier de son téléphone. Rien. Elle sentit alors le vide dans sa poche arrière, là où elle gardait toujours sa carte d'étudiante, ce petit rectangle de plastique blanc qui était la preuve de son identité, de son statut, de son rêve américain. Elle n'était plus là. La terreur la submergea, une vague glacée qui la submergea complètement. Elle avait dû la faire tomber. Près des poubelles. Près de la scène du crime.

***

Nikolai Volkov se releva lentement, essuyant ses mains gantées sur son pantalon noir, un geste d'une propreté presque chirurgicale. Il n'avait pas eu à se salir, Dima, son bras droit, s'était chargé du sale boulot, comme toujours. Son regard, d'un bleu-gris glacial, impénétrable, balaya l'endroit, ses pupilles dilatées dans la pénombre. Il était sur le qui-vive. Quelque chose clochait. Une présence, fugace, un frôlement d'air, une odeur nouvelle dans l'air saturé de sel et de diesel.

Il fit quelques pas, son allure souple et prédatrice, son regard de chasseur balayant les ténèbres. Puis, il le vit. Un petit rectangle de plastique blanc, à demi caché sous une flaque d'eau sale, l'eau reflétant faiblement la lumière des réverbères lointains. Il se baissa, le ramassa avec une lenteur délibérée, chaque mouvement calculé, précis. Il retourna la carte entre ses doigts gantés, la faisant briller sous les faibles lumières du port, comme un trésor inattendu.

Kaïa Bellini. Université de Californie. Biochimie.

Un sourire froid, dangereux, étira ses lèvres fines, un sourire qui ne laissait aucune place à la chaleur, à la joie. Un rictus qui n'était pas humain, mais celui d'un loup qui a flairé une proie, d'un prédateur qui a décelé une faiblesse, une opportunité. Un tressaillement de désir brutal et sombre s'empara de lui, une sensation familière, mais teintée d'une nouveauté excitante. Une étudiante. Une innocente. Mais elle avait vu. Et elle avait fui.

Dima le rejoignit, sa silhouette imposante se découpant dans l'obscurité. Son visage impassible, marqué par une cicatrice qui lui barrait la joue comme une rivière de sang séché, ne laissait transparaître aucune émotion. « On a un problème, patron ? » Sa voix était un grondement sourd, habituée aux ordres et à l'exécution.

Nikolai leva la carte, ses yeux ne la quittant pas, fixés sur la photo de la jeune femme, sur son sourire solaire, sur ses yeux pleins de vie, si loin de la noirceur qui les entourait. « Vérifie les caméras de surveillance du secteur. » Sa voix était basse, un murmure saturé de menace et d'une excitation malsaine, comme un serpent qui siffle avant de frapper.

Il caressa la photo de la jeune femme du bout du pouce, son sourire se faisant plus large, plus carnassier, son regard s'illuminant d'une lueur prédatrice qui n'augurait rien de bon.

« Il semble, Dima, » dit-il, savourant chaque mot comme un vin rare et interdit, « que nous ayons un témoin. » Il fit une pause, le temps de laisser peser le poids de ses paroles. « Un témoin... très, très sexy. »

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