Chapter 2

La Nuit de la Kitsune

En trouvant la kitsune, Kaelen découvre qu'elle est en pleine période de rut. La créature, manquant de partenaire, le séduit. La nuit est passionnée, scellant leur destin de manière inattendue.

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Le vent mordait le visage de Kaelen, un vent sec et chargé de poussière qui s’accrochait à sa barbe négligée et faisait claquer sa cape élimée. Il avait passé des jours à traquer la bête, suivant les traces éphémères laissées sur la terre craquelée, les murmures des villageois effrayés, les carcasses étrangement vidées d’animaux qui n’avaient pas eu la chance de croiser son chemin. Une kitsune, disaient-ils. Une renarde aux neuf queues, aux yeux brillants de malice et à la magie insaisissable, qui semait la terreur dans les environs. Sa prime était généreuse, suffisamment pour lui permettre de remplir sa cave de bière et d’oublier, pour un temps, le poids de sa solitude.

Il la trouva finalement dans une clairière isolée, baignée par la lumière pâle de la lune. Elle était d’une beauté saisissante, sa fourrure d’un blanc immaculé scintillant sous les rayons lunaires, ses neuf queues ondulant paresseusement derrière elle comme autant de plumes aériennes. Ses yeux, d’un ambre profond, le fixèrent avec une intensité qui le désarma avant même qu’il n’ait pu lever son arc. Ce n’était pas la férocité qu’il attendait, mais une sorte de mélancolie, une soif indicible qui transparaissait dans son regard.

Ce n’est qu’en s’approchant, l’arc déjà tendu, qu’il sentit l’air vibrer d’une énergie inhabituelle. Une chaleur moite, une fragrance sucrée et entêtante qui lui vrilla les sens. La kitsune, loin de se montrer agressive, semblait… vulnérable. Et puis, la réalisation le frappa, aussi brutalement qu’un coup de hache : c’était la période de rut. Le grand moment où les créatures de magie, privées de leurs congénères, se tournaient vers toute autre forme de chaleur.

Avant qu’il n’ait pu comprendre, avant qu’il n’ait pu réagir, elle était sur lui. Pas avec des griffes et des crocs, mais avec une grâce féline et une urgence désespérée. Ses mains fines et agiles s’accrochèrent à sa tunique, ses lèvres douces et chaudes trouvèrent les siennes dans un baiser fiévreux. Il fut emporté par un tourbillon de sensations qu’il n’avait jamais connues, une force primitive qui le submergea. La raison s’évanouit, les armes tombèrent, et il ne fut plus qu’un homme face à une créature de légende, pris dans le tourbillon impérieux de la nature.

La nuit fut un brasier. Un déluge de caresses sauvages et de murmures rauques, un abandon total où les frontières entre chasseur et proie s’effacèrent dans la nuit étoilée. Kaelen, l’homme pragmatique, le cynique endurci, se retrouva submergé par une passion dévorante, une connexion qui dépassait l’entendement. Il avait toujours cru que la mort était son seul outil, que la distance était sa seule armure. Mais cette nuit-là, il découvrit une autre forme de vulnérabilité, une chaleur qui ne venait pas du feu de sa forge, mais de la peau d’une créature qu’il était censé détruire.

Le lendemain matin, le soleil filtra à travers les feuilles, dessinant des ombres mouvantes sur le sol. Kaelen ouvrit les yeux, le corps endolori mais étrangement léger. À ses côtés, la kitsune dormait, sa beauté toujours aussi stupéfiante dans la quiétude du sommeil. Sa peau pâle brillait, ses neuf queues étaient enroulées autour d’elle comme une couverture protectrice. Elle était nue, paisible, et Kaelen ressentit un pincement au cœur.

C’était sa chance. L’opportunité qu’il attendait. Il avait pris sa virginité, cette précieuse innocence qu’il avait lui-même gardée si longtemps, et maintenant, il devait achever sa tâche. La frustration monta, un sentiment amer de trahison envers lui-même. Il avait été faible, il avait succombé, et maintenant il devait en payer le prix. Il se redressa lentement, attrapant la dague qu’il avait posée sur une pierre à proximité. La lame froide glissa dans sa main.

À cet instant précis, les yeux ambre de la kitsune s’ouvrirent. Elle le vit, la dague levée, le regard chargé d’une résolution qu’il ne possédait plus. Mais au lieu de la peur, un sourire lent et seducteur étira ses lèvres. Elle ne se débattit pas, ne cria pas. Avec une agilité déconcertante, elle attrapa son poignet, détournant le mouvement de la lame d’un geste d’une fluidité incroyable. Sa prise était ferme, mais étrangement douce, presque une caresse.

« Tu ne peux pas me faire de mal, Kaelen », murmura-t-elle, sa voix un souffle chaud sur sa peau. « Je t’aime. »

Ces mots, prononcés avec une telle conviction, le laissèrent sans voix. L’amour ? D’une kitsune ? Pour lui, le chasseur de monstres ? C’était absurde. Il secoua la tête, son esprit incapable d’accepter cette folie. Le désarroi le submergea. Désarmé, confus, il se dégagea de son étreinte et s’enfuit. Il courut sans regarder en arrière, le cœur battant la chamade, l’image de ses yeux ambre gravée dans sa rétine.

De retour au village, il inventa une histoire. Une bataille acharnée, un coup de chance, et la preuve – quelques mèches de fourrure blanche qu’il avait arrachées lors de la lutte. Les villageois le célébrèrent, le remercièrent, le considérèrent comme leur sauveur. Des années passèrent. Kaelen se construisit une nouvelle vie, une vie ordonnée, prévisible. Il avait une fiancée, Elara, une jeune femme douce et dévouée, et il avait presque réussi à enterrer la nuit de la clairière sous des couches de mensonges et de routines.

Puis, un jour, alors que le soleil déclinait et que l’odeur du pain frais emplissait sa maison, on frappa à sa porte. Deux coups nets, résonnant dans le silence. Intrigué, Kaelen ouvrit. Deux femmes, enveloppées dans de lourds manteaux sombres qui dissimulaient leurs traits, se tinrent sur le seuil. Elles entrèrent sans invitation, leurs pas silencieux sur le plancher de bois.

Dans l’intimité de son salon, à l’abri des regards indiscrets, elles retirèrent leurs capuches. Kaelen en resta bouche bée. Devant lui se tenaient deux créatures d’une beauté surnaturelle, deux kitsunes, mais différentes de celle qu'il avait rencontrée autrefois. L’une avait une chevelure d’un blanc éclatant, ses yeux d’un bleu limpide dégageant une aura de pureté et de lumière. L’autre, une cascade de cheveux d’ébène, ses yeux d’un violet profond scintillant d’une sagesse obscure et d’une puissance latente.

« Papa », dit la première, sa voix douce et mélodieuse, une note de joie dans son ton.

« Nous sommes venues te rencontrer », ajouta la seconde, son regard perçant, une pointe de sarcasme dans sa voix.

Kaelen balbutia : « Papa ? Vous vous trompez de maison. Je ne suis pas… »

« Oh, mais si, tu l’es », interrompit la kitsune blanche, un sourire tendre aux lèvres. Elle leva une main et, dans la paume de sa main, une douce lumière se mit à danser, illuminant la pièce d’une clarté réconfortante.

La kitsune noire, quant à elle, fit un geste discret, et une ombre dansante se forma à ses pieds, se mouvant avec une grâce inquiétante. « Regarde nos yeux, père. Ils sont les tiens. Et regarde ceci. »

Elles s’approchèrent, et Kaelen sentit sa gorge se serrer. Dans le creux de leur cou, dissimulée par leurs vêtements, il vit la même marque de naissance inhabituelle qu’il portait lui-même, une petite étoile floue, unique à sa lignée. La preuve irréfutable.

Malgré tout, Kaelen refusa d’accepter. « C’est impossible », dit-il, sa voix tremblante. « Je ne suis pas votre père. »

Mais les deux kitsunes ne s’en soucièrent guère. Elles s’installèrent chez lui comme si de droit, explorant les pièces avec une curiosité insatiable, s’appropriant la maison avec une assurance déconcertante. Elles ne partirent pas. Elles déclarèrent qu’elles allaient vivre avec lui, leur père, et toutes les tentatives de Kaelen pour les renvoyer furent vaines.

La première, Lyra, était une kitsune d’une pureté céleste. Ses pouvoirs se manifestaient par la lumière. Elle pouvait illuminer les recoins les plus sombres, guérir les blessures par son toucher, et ses prières semblaient avoir un écho divin. Elle était comme une prêtresse, mais avec une force et une puissance qui dépassaient de loin celles des simples mortels.

La seconde, Anya, était l’ombre incarnée. Sa magie des ténèbres était profonde et mystérieuse. Elle pouvait manipuler les ombres, murmurer aux âmes perdues, et faire naître la peur dans le cœur de ses ennemis. Elle ressemblait à une nécromancienne, mais sa maîtrise des arts sombres était d’une ampleur terrifiante.

Et ainsi, le chasseur de monstres, l’homme qui avait cru pouvoir fuir son passé, se retrouva piégé dans une réalité qu’il avait lui-même créée. Sa vie, autrefois si soigneusement construite sur des mensonges, était désormais peuplée par deux filles aux pouvoirs divins et infernaux, deux kitsunes qui le regardaient avec un amour inconditionnel, et qu’il tentait désespérément de cacher au monde, tout en essayant, en vain, de se débarrasser d’elles. La chasse était terminée, mais la vraie bataille venait de commencer.

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