Chapter 2
La Rencontre Improbable
Benjamin, cherchant à se cacher, heurte une jeune femme, Lucie. Elle est surprise par sa taille mais intriguée. Leur première interaction est un mélange de gêne et de curiosité mutuelle.
Le ciel, d’un bleu un peu trop vif ce matin-là, semblait se moquer de Benjamin. Il se sentait comme un géant échappé d’une boîte trop petite, ses membres s’étirant maladroitement dans un monde qui ne semblait pas conçu pour lui. Chaque mouvement était une négociation avec l’espace, chaque pas une potentielle catastrophe. Il avait tenté de se faire le plus discret possible, se faufilant dans des ruelles moins fréquentées, espérant que le soleil, en montant, l’aiderait à se fondre dans la masse. Peine perdue. Sa tête semblait toujours chercher les nuages, ses épaules frôler les façades des immeubles. Il soupira, un son qui ressemblait à un coup de vent dans une cheminée.
C’est en tentant de se faufiler derrière un étal de fruits et légumes, dans l’espoir de trouver un recoin d’ombre où reprendre son souffle, que le désastre frappa. Sa main, cherchant un appui, heurta quelque chose de mou, puis de ferme, avant que le son caractéristique de la porcelaine brisée ne résonne dans la rue. Benjamin se figea, son cœur battant la chamade contre ses côtes comme un tambour affolé. Il se retourna lentement, ses yeux cherchant la source du bruit.
Là, au milieu d’une explosion de fruits colorés et de tessons de poterie, se tenait une jeune femme. Elle était d’une taille tout à fait respectable, mais pour Benjamin, elle ressemblait à une minuscule poupée, gracieuse et fragile. Ses cheveux, d’un châtain flamboyant, étaient retenus en un chignon désordonné, et ses yeux, d’un vert émeraude perçant, le fixaient avec une expression qui oscillait entre la stupeur et une pointe d’amusement. Elle portait une blouse blanche légèrement tachée, comme si elle sortait tout juste d’un laboratoire.
« Oh, pardon ! » s’exclama Benjamin, sa voix grave résonnant comme un tonnerre lointain. Il avait l’impression d’être un éléphant dans un magasin de porcelaine, ce qui, techniquement, était le cas. « Je… je ne vous avais pas vue. Je suis désolé pour votre… votre étal. »
La jeune femme cligna des yeux, comme pour s’assurer qu’elle ne rêvait pas. Elle balaya du regard la scène chaotique : une montagne de pommes écrasées, des poires roulant sur le trottoir, et au milieu de tout cela, ce géant immense, visiblement penaud. Un sourire naquit sur ses lèvres, d’abord timide, puis s’épanouissant en un éclat de rire léger, cristallin.
« Ne vous inquiétez pas, » dit-elle, sa voix étonnamment claire malgré le désordre. « Ce n’est pas grave. Les fruits peuvent être remplacés. Et puis, je dois avouer que c’est la première fois que je vois quelqu’un réussir à faire tomber une pyramide de pommes avec une telle… précision. »
Benjamin rougit jusqu’à la racine de ses cheveux. Il n’était pas habitué à être complimenté pour sa maladresse, même de manière ironique. « Je… je suis Benjamin. Et je crois que je viens de ruiner votre matinée. Et probablement votre journée. »
« Lucie, » répondit-elle en tendant une main qu’il lui sembla minuscule. Il hésita un instant, conscient de la différence de taille qui rendait ce geste presque comique. Finalement, il tendit son index, et leurs doigts se frôlèrent. Sa main était étonnamment chaude. « Et non, vous n’avez pas ruiné ma journée. Vous l’avez rendue… intéressante. Je ne m’attendais pas à rencontrer un géant ce matin. Surtout pas un aussi… impressionnant. Vous devez faire au moins deux mètres dix, non ? »
Benjamin hocha la tête, un peu gêné par son regard scrutateur. « Plus, je crois. Et ça ne s’arrête pas. »
Lucie haussa un sourcil. « Ça ne s’arrête pas ? Qu’est-ce que vous voulez dire ? »
Il soupira de nouveau, le bruit s’estompant dans le brouhaha de la ville. « Je grandis. Sans cesse. Chaque jour, un peu plus. C’est… compliqué. » Il regarda ses mains, immenses et puissantes, mais qui lui semblaient si peu maniables. « J’ai peur de devenir si grand que je ne pourrai plus jamais interagir normalement avec le monde. Ou avec les gens. »
Lucie l’écoutait attentivement, son regard vert ne le quittant pas.