Chapter 2

La Carte Oubliée

Une carte ancienne, cachée par la cour, tombe entre les mains de Lyanna. Elle révèle des secrets enfouis et promet un chemin vers les terres interdites, là où la vérité se terre.

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La poussière s’élevait en volutes paresseuses sous la lumière blafarde filtrant à travers les vitraux noircis de la bibliothèque royale. Chaque pas de Lyanna résonnait dans le silence oppressant, un écho dans cette tanière de savoir oublié. La cour avait beau se draper dans son faste trompeur, ses murs cachaient une pourriture profonde, et c’est dans les entrailles de cette décadence qu’elle cherchait des réponses. Le vol d’une carte ancienne, dissimulée avec soin dans les archives les plus secrètes, avait été audacieux, presque insensé. Mais la curiosité de Lyanna, cette flamme insatiable qui la consumait depuis l’enfance, avait eu raison de sa prudence.

Ses doigts fins effleurèrent les reliures craquelées, leur odeur de papier jauni et de cire à cacheter emplissant ses narines. Les murmures des disparitions, ces ombres silencieuses qui s’étaient mises à hanter les rues d’Eldraven, la poussaient en avant. On racontait des histoires de silhouettes fantomatiques, de murmures dans le vent, de disparitions aussi soudaines qu’inexplicables. Le roi et ses conseillers se contentaient de hausser les épaules, invoquant des accidents ou des fuites, mais Lyanna savait que la vérité était plus sombre, plus insidieuse.

Elle s’arrêta devant un recoin poussiéreux, où des parchemins roulés semblaient attendre d’être découverts. L’un d’eux, d’une teinte plus foncée que les autres, se distinguait. Ses doigts frémirent d’anticipation alors qu’elle le déroulait avec précaution. Ce n’était pas une simple carte. Des symboles étranges, des lignes sinueuses qui ne correspondaient à aucune géographie connue, y étaient tracés. Une langue ancienne, qu’elle avait appris à déchiffrer grâce aux leçons secrètes de son père, ornait les marges. Et au centre, une marque, un sceau royal effacé mais reconnaissable, celui de la fondation d’Eldraven.

« Les Terres Interdites… » murmura-t-elle, ses yeux bleu glacier parcourant les tracés. La carte indiquait un chemin, un passage dissimulé au-delà des frontières du royaume, là où la nuit semblait régner en maître absolu. C’était un lieu dont on parlait à voix basse, un mythe, une légende dangereuse que même les plus braves évitaient.

Un craquement soudain la fit sursauter. Elle roula la carte à la hâte, son cœur battant la chamade contre ses côtes. Une ombre se faufila dans l’allée. Était-ce un garde ? Ou pire, quelqu’un qui savait qu’elle était là ? Elle se cacha derrière une haute étagère, retenant sa respiration. Le bruit des pas s’éloigna. Un soupir de soulagement s’échappa de ses lèvres. La bibliothèque était un lieu de secrets, et il semblait que ce soir, elle en était devenue l’un d’eux.

De retour dans sa modeste chambre, la carte déroulée sur sa table, Lyanna sentit une excitation mêlée d’appréhension la gagner. La carte n’était pas seulement une indication géographique ; c’était une clé. Une clé vers les origines des disparitions, vers les secrets que la cour s’acharnait à enterrer. Les symboles semblaient murmurer des histoires oubliées, des légendes anciennes qui resurgissaient des profondeurs du temps. Une des inscriptions, traduite avec difficulté, parlait d’un « Nexus Sombre », un lieu d’une puissance incommensurable, caché aux yeux du monde.

Elle savait ce qu’elle devait faire. Les avertissements de son père, les mises en garde contre les dangers des Terres Interdites, résonnaient dans son esprit. Mais la peur ne pouvait plus la paralyser. Son passé, cette ombre persistante qui la suivait partout, lui avait appris une chose : fuir ne servait à rien. Il fallait affronter.

Le lendemain, sous le voile gris de l’aube, Lyanna quitta la ville. Ses pas étaient déterminés, son sac à dos léger mais bien garni : provisions, outils de cartographie, et la précieuse carte, soigneusement roulée et dissimulée. La route était déjà empreinte de cette atmosphère lourde qui pesait sur Eldraven. Les arbres semblaient plus sombres, leurs branches noueuses tordues comme des doigts accusateurs. Le silence était presque assourdissant, ponctué seulement par le cri lointain d’un oiseau de mauvais augure.

Elle marcha pendant des heures, guidée par les indications de la carte, qui semblait étrangement vivante sous ses doigts. Les repères naturels, la courbure d’une rivière, la forme d’une roche, correspondaient aux dessins anciens avec une précision troublante. Plus elle s’enfonçait dans les terres, plus l’air devenait froid, plus la lumière semblait s’étioler. Les frontières du royaume, marquées par d’anciennes pierres gravées, étaient franchies sans encombre. Personne ne semblait se soucier de ceux qui s’aventuraient dans ces zones désolées. Ou peut-être que personne ne revenait jamais pour en parler.

C’est au crépuscule, alors que le ciel prenait des teintes sanglantes, qu’elle le vit. Une silhouette massive, se tenant immobile au bord d’un ravin escarpé. Elle était enveloppée dans une cape sombre qui semblait se fondre dans les ombres grandissantes. Ses cheveux noirs, comme une nuit sans étoiles, tombaient sur ses épaules. Une aura de danger émanait de lui, une présence qui glacait le sang. Les légendes parlaient de Kael, le guerrier dont le nom était synonyme de massacres, de batailles sanglantes, d’une violence indomptable.

Lyanna hésita. Son instinct lui criait de fuir, de se cacher. Mais la carte, qu’elle tenait serrée dans sa main, semblait vibrer, attirée par cette présence. Elle s’avança prudemment.

« Qui va là ? » sa voix était plus ferme qu’elle ne l’aurait cru, bien que légèrement tremblante.

L’homme se tourna lentement. Ses yeux, d’un doré surnaturel, se posèrent sur elle. Il y avait une intensité sauvage en eux, une profondeur qui semblait cacher des secrets millénaires. Son visage était marqué, ses lèvres fines et dures. Des tatouages complexes, d’une encre sombre, parcouraient ses bras musclés, semblant bouger sous la peau.

« Que fait une jeune femme comme toi si loin des sentiers battus ? » sa voix était grave, rauque, comme le froissement d’une vieille armure.

« Je cherche mon chemin, » répondit Lyanna, essayant de masquer son appréhension. « J’ai… perdu ma route. »

Un sourire imperceptible étira ses lèvres. « Perdu ta route, dis-tu ? Ou cherches-tu quelque chose que tu n’aurais pas dû trouver ? »

Ses yeux balayèrent sa tenue de cartographe, puis sa main où la carte dépassait légèrement de sa poche. Il y avait une lueur de reconnaissance dans son regard doré, une lueur qui la fit frissonner.

« Cette carte… » commença-t-il, sa voix se faisant plus basse, plus menaçante. « D’où l’as-tu obtenue ? »

Lyanna serra la carte plus fort. Elle sentait une tension palpable entre eux, une attraction étrange et dangereuse qui la déstabilisait. « Elle m’appartient. »

Il fit un pas vers elle, sa stature imposante emplissant son champ de vision. « Elle appartient à ceux qui savent la lire. Et ceux qui la possèdent souvent ne vivent pas longtemps pour en profiter. »

« Je ne suis pas comme les autres, » rétorqua Lyanna, son regard se fixant sur le sien. « Je sais ce que je cherche. »

Kael la dévisagea longuement, une expression indéchiffrable sur son visage. Il semblait peser ses mots, évaluer le danger qu’elle représentait, ou peut-être la menace qu’elle incarnait pour lui.

« Les Terres Interdites ne sont pas un endroit pour les cartographes naïfs, » dit-il enfin, un soupçon de quelque chose qui ressemblait à de l’inquiétude dans sa voix. « Ce qui y rôde… ne pardonne pas les erreurs. »

« Je sais. »

Un silence s’installa entre eux, chargé d’une tension électrique. Le vent se levait, faisant tourbillonner les feuilles mortes autour de leurs pieds. Les ombres s’allongeaient, déformant les contours du paysage.

« Si tu es si déterminée, » dit Kael, sa voix toujours aussi grave, mais avec une nuance nouvelle, presque une acceptation réticente. « Je peux te montrer le chemin. Mais tu devras me faire confiance. Complètement. »

Lyanna le regarda, ses yeux bleu glacier sondant les siens. Elle voyait le danger en lui, la violence latente. Mais elle voyait aussi quelque chose d’autre, une solitude profonde, une blessure cachée. Son cœur lui disait de se méfier, mais son esprit savait qu’elle ne pouvait pas faire demi-tour. Sa curiosité, son besoin de comprendre, étaient plus forts que sa peur.

« Et vous, guerrier, » dit-elle, une pointe de défi dans la voix. « Qu’y a-t-il derrière votre propre façade ? Pourquoi m’offrez-vous votre aide ? »

Il détourna le regard, fixant l’horizon sombre. « Disons que nous avons des intérêts communs, jeune cartographe. Et que les ombres qui s’étendent sur Eldraven… me dérangent autant que toi. »

Il se tourna pour lui faire face à nouveau, un étrange mélange de froideur et d’une protection involontaire dans ses yeux dorés. « Prépare-toi. La nuit ici n’est pas une simple absence de lumière. Elle a un appétit. Et elle est affamée. »

Lyanna hocha la tête, un frisson parcourant son échine. Elle savait que ce voyage serait plus périlleux qu’elle ne l’avait imaginé. Elle avait trouvé sa carte, mais elle avait aussi trouvé un guide dont le passé était aussi sombre que les terres qu’ils allaient traverser. Et au plus profond d’elle-même, une petite voix lui murmurait que cette rencontre, aussi dangereuse soit-elle, était le début de quelque chose de bien plus grand, et peut-être, de bien plus destructeur. La nuit tombait sur Eldraven, et avec elle, une nouvelle page de son destin se tournait.

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