Chapter 3
Sur les Traces de la Grande Guerre
La deuxième énigme les conduit au site de la Première Guerre mondiale. Une croix marque l'endroit où, après avoir creusé, ils découvriront une boîte remplie de pièces d'argent.
Le soleil filtrait à travers les nuages, projetant des taches d'or sur le pont du *Vent du Large*. Orley, le regard perdu vers l'horizon, tenait la carte dans ses mains, ses doigts traçant les lignes énigmatiques qui semblaient murmurer des promesses d'aventure. À ses côtés, Sandy, le front plissé par la concentration, comparait les symboles de la carte aux indices qu'ils avaient patiemment déchiffrés. Myreille, elle, trépignait d'impatience, son énergie débordante semblant vouloir faire accélérer le cours du temps. Trimps, comme à son habitude, restait en retrait, ses yeux attentifs scrutant l'océan, prêt à bondir au moindre signe. Hanzt, le frère d'Orley, affairé à ajuster une voile, jetait des regards complices à son aîné.
« La deuxième énigme… la Première Guerre mondiale », murmura Sandy, sa voix empreinte d'une solennité nouvelle. « ‘La patrie est le premier endroit de la guerre mondiale, la lumière vous montrera la direction.’ Qu'est-ce que ça peut bien vouloir dire, ‘la patrie’ ? »
Orley réfléchit un instant, le vent frais caressant son visage. « La patrie… le sol natal, le pays. Mais pour nous, ici, sur ce bateau, qu'est-ce qui représente notre patrie ? Notre navire, non ? »
Myreille hocha la tête avec enthousiasme. « Oui ! C’est notre maison ! Mais la lumière, comment va-t-elle nous montrer la direction ? On n’a pas de phare au milieu de nulle part. »
Hanzt, depuis son poste, intervint d'une voix enjouée. « Et si la lumière, ce n’était pas un phare, mais autre chose ? Quelque chose qu’on peut créer nous-mêmes ? »
Sandy ouvrit la bouche pour répliquer, mais un éclair d’intuition traversa son regard. « La bougie ! La première énigme ! On a mis la bougie derrière la carte pour voir les symboles apparaître. Peut-être que la lumière, c’est encore une bougie, mais utilisée différemment. »
Orley sentit une montée d'excitation. « Et si on utilisait le soleil ? Le soleil, c'est la lumière la plus puissante. Si on positionnait la carte d’une certaine façon, peut-être que le soleil, en traversant un point précis, indiquerait quelque chose. »
Ils se mirent au travail avec une ardeur renouvelée. La carte fut déployée sur le pont, et chacun apporta sa contribution. Trimps, d’une main sûre, cala la carte sur une planche. Hanzt, avec sa dextérité, trouva un vieux réverbère à huile qu’ils purent ajuster pour projeter une lumière plus concentrée. Sandy, calculatrice, observa la trajectoire du soleil, anticipant son passage au zénith. Myreille, quant à elle, gardait un œil sur les détails, prête à signaler le moindre changement.
Alors que le soleil atteignait son point le plus haut, une ombre fugitive se dessina sur la carte. Ce n’était pas un rayon, ni une tache de lumière, mais une absence de lumière, une ombre particulièrement nette qui semblait se fixer sur un point précis de la carte, un point marqué d'un petit x discret, presque invisible.
« Là ! » s’exclama Orley, pointant du doigt. « Regardez ! L’ombre du pied du mât ! Elle tombe pile sur ce x. »
Sandy se pencha, ses yeux brillant d’une compréhension soudaine. « La Première Guerre mondiale… le champ de bataille. Ce x doit marquer un endroit précis. Mais où ? La carte ne donne pas de nom de lieu, juste cette indication. »
Hanzt, toujours aussi débrouillard, sortit un vieux carnet de bord du capitaine, rempli de notes sur leurs précédentes explorations. « Attendez, j’ai peut-être quelque chose. On a visité une île il y a quelques mois, une île où il y avait des vestiges d’une ancienne fortification. Le capitaine avait noté que certains historiens pensaient que cette île avait pu servir de position stratégique durant la Grande Guerre, avant même qu’elle ne soit officiellement reconnue comme un lieu de conflit majeur. »
Orley sentit son cœur battre la chamade. « Une fortification… un champ de bataille. Ça colle ! Il faut qu’on y retourne. »
Le *Vent du Large* changea de cap, hissant ses voiles pour fendre les vagues en direction de l’île oubliée. Le voyage fut empreint d’une tension palpable. L’idée de se retrouver sur un ancien champ de bataille, un lieu chargé d’histoire et potentiellement de dangers, excitait autant qu’elle inquiétait.
Arrivés à destination, ils jetèrent l’ancre dans une crique abritée. L’île, autrefois verdoyante, portait encore les cicatrices du temps et des conflits passés. Des arbres tordus par le vent s’accrochaient à des pentes rocailleuses, et des vestiges de murs en pierre s’effritaient sous l’assaut des éléments. Ils débarquèrent, équipés de pelles, de pioches et de leurs esprits aventureux.
Suivant les indications de la carte, ils s’enfoncèrent dans un dédale de broussailles et de rochers. L’air était lourd, empreint d’une quiétude mélancolique. Sandy, malgré sa prudence habituelle, était fascinée par les quelques objets rouillés qu’ils découvraient çà et là : un fragment de casque, une douille d’obus érodée par le temps.
« Regardez, là-bas ! » s’écria Myreille, sa voix résonnant dans le silence.
À flanc de colline, à l’endroit précis indiqué par le x sur la carte, une croix sommaire, taillée dans la pierre, émergeait à peine de la terre. Elle semblait ancienne, oubliée, comme si elle marquait une tombe anonyme.
« C’est ça », dit Orley, sa voix empreinte d’une émotion mêlée de respect et d’excitation. « C’est ici que le trésor nous attend. »
Sans un mot, ils commencèrent à creuser. La terre était dure, rocailleuse, et le travail fut ardu. La sueur perlait sur leurs fronts, mais l’espoir les animait. Trimps, d’une force tranquille, déplaçait les grosses pierres avec aisance, tandis que Hanzt, agile, dégageait la terre meuble. Orley et Sandy se relayaient à la pelle, leurs mouvements synchronisés par l’adrénaline. Myreille, elle, s’assurait que personne ne se blesse et encourageait chacun.
Après ce qui leur parut une éternité, la pelle d’Orley heurta quelque chose de dur. Un son sourd et métallique résonna.
« On a trouvé quelque chose ! » cria-t-il, le souffle court.
Ils redoublèrent d’efforts, dégageant la terre autour de l’objet. Bientôt, une forme rectangulaire apparut : une boîte métallique, rouillée par les années, mais solide. Elle était fermée par un gros cadenas, lui aussi rongé par la corrosion.
« Le cadenas… » murmura Sandy. « On n’a pas de clé. »
Hanzt, toujours plein de ressources, sortit une paire de pinces robustes de son sac. « Laissez-moi faire. »
Avec un effort concentré, il s’attaqua au cadenas. Le métal grinçait, menaçant de céder. Les minutes s’étirèrent, remplies du bruit strident des pinces mordant le métal ancien. Soudain, avec un claquement sec, le cadenas céda.
Un silence collectif s’installa. Tous les regards étaient fixés sur la boîte. Orley, le cœur battant la chamade, posa ses mains sur le couvercle. Il hésita un instant, puis, prenant une profonde inspiration, il la souleva.
Un éclat d’or illumina leurs visages. La boîte était remplie à ras bord de pièces d’argent, brillantes malgré leur âge. Elles ne ressemblaient pas aux pièces d’or que l’on trouve dans les légendes, mais à une monnaie plus ancienne, plus substantielle, d’une valeur inestimable.
« Incroyable… » souffla Myreille, les yeux écarquillés. « C’est… c’est tellement d’argent ! »
Sandy, d’une voix toujours aussi mesurée mais chargée d’émotion, fit le calcul. « Avec ça… on pourrait se nourrir pendant des années. Plus de deux ans, c’est sûr. Peut-être même plus. »
Orley se laissa tomber sur ses genoux, regardant les pièces avec un mélange de stupéfaction et de gratitude. Ils avaient réussi. La deuxième énigme, la plus terre-à-terre jusqu’alors, les avait menés à un trésor tangible, un trésor qui assurait leur subsistance. Il pensa aux moments de doute, aux nuits d’incertitude, et à la foi inébranlable qu’ils avaient placée dans cette carte.
Trimps, pour la première fois de la journée, esquissa un sourire discret. Hanzt, lui, attrapa une poignée de pièces, les faisant tinter dans sa main avec un bruit cristallin.
« Alors, les gars », dit Orley, le regard pétillant, « on a trouvé notre premier gros trésor. Mais la carte n’est pas finie. Qu’est-ce qui nous attend ensuite ? »
Sandy avait déjà déplié la carte, ses doigts effleurant le parchemin jauni. « Il y a encore d’autres symboles, d’autres énigmes. Et celle-ci… celle-ci semble être la plus complexe de toutes. Elle parle d’un ‘gardien silencieux’ et d’une ‘chanson de la mer’. »
Un frisson parcourut le groupe. La découverte de l’argent était une victoire, un soulagement immense, mais elle ne faisait qu’ouvrir la porte à de nouvelles aventures, plus mystérieuses encore. Le soleil commençait à décliner, projetant de longues ombres sur le champ de bataille endormi. Les Kakounata, unis par leur succès et leur soif d’exploration, se sentaient plus forts que jamais, prêts à affronter tout ce que l’univers leur réservait. La nature, dans sa splendeur sauvage et ses secrets enfouis, les appelait, et ils étaient prêts à répondre.
Alors qu’ils rangeaient leurs outils, Orley jeta un dernier coup d’œil à la croix taillée dans la pierre, s’imprégnant de la solennité du lieu. Il se demanda qui avait laissé ce trésor, et pourquoi. Mais pour l’instant, la seule chose qui comptait était le chemin à parcourir, les énigmes à résoudre, et l’amitié qui les liait, plus précieuse que toutes les pièces d’argent du monde. Le *Vent du Large* attendait, prêt à les emporter vers de nouveaux horizons, vers le prochain chapitre de leur extraordinaire aventure.