Chapter 2
L'Énigme de Napoléon à Boston
La première énigme les mène à Boston, plus précisément à l'église. Ils doivent y assembler cinq fragments d'une statue de Napoléon, guidés par un indice sur la lumière du soleil.
Le petit bateau des Kakounata, baptisé « L’Écume Joyeuse », tanguait doucement sur les vagues clapotantes de l’océan. Le soleil, encore haut dans le ciel, peignait des éclats dorés sur la surface bleue, une scène de sérénité qui contrastait étrangement avec l’excitation qui grondait dans le cœur des cinq amis. Orley, le regard vif et l’esprit toujours en quête d’aventure, tenait la carte découverte dans la bouteille comme si elle était faite d’or pur. Sandy, sa compagne de toujours, analysait chaque pli du parchemin avec une concentration studieuse, tandis que Myreille, pétillante d’une énergie débordante, sautillait sur le pont, impatiente de décrypter la première énigme. Trimps, le géant silencieux, surveillait l’horizon d’un œil vigilant, prêt à intervenir si le moindre danger menaçait, et Hanzt, le frère malicieux d’Orley, grignotait une pomme, l’air de celui qui savait toujours ce qui allait se passer.
« Alors, cette première énigme, qu’est-ce qu’elle nous dit ? » lança Myreille, sa voix pleine d’impatience.
Orley déplia délicatement le papier jauni. L’encre, d’un noir profond, formait des volutes étranges autour des symboles cryptiques. « Ça dit… qu’il faut trouver cinq parties d’une statue. Une statue… appelée Napoléon. » Il fronça les sourcils. « Et puis, il y a cette phrase : ‘La lumière du soleil se cache derrière les nuages.’ Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire ? »
Sandy s’approcha, son regard balayant la carte. « La lumière du soleil… qui se cache derrière les nuages… C’est une métaphore, Orley. Ça ne peut pas être littéral. » Elle réfléchit un instant, tapotant doucement son menton. « Et si on devait utiliser la lumière pour révéler quelque chose ? Comme… une bougie. »
Hanzt, sans quitter sa pomme, intervint : « Une bougie derrière la carte ? Pour voir quoi ? »
« Peut-être que ça nous montrera un autre endroit, ou un indice caché sur la carte elle-même, » suggéra Orley, l’idée illuminant son visage.
Ils se réfugièrent dans leur cabane, un petit abri de bois sur l’île où ils aimaient se retrouver, loin des regards indiscrets. L’odeur de bois sec et de sel flottait dans l’air confiné. Orley alluma une bougie, sa flamme dansant et projetant des ombres mouvantes sur les murs. Avec précaution, il plaça le parchemin derrière la lumière vacillante. Au début, rien ne se passa. Les figures et les lignes restaient les mêmes. Mais alors que la flamme se stabilisait, une nouvelle forme commença à apparaître, subtile, presque invisible.
« Regardez ! » s’exclama Sandy, pointant du doigt. « Là, juste au-dessus de ce symbole bizarre… On dirait… une église ! »
Les cinq amis se penchèrent, leurs yeux rivés sur la carte transfigurée par la lumière. Une silhouette d’église, stylisée et ancienne, se dessinait clairement. Et sous elle, une inscription, cette fois plus lisible : « Boston ».
« Boston ! » répéta Trimps, sa voix grave résonnant dans la petite cabane.
« Mais pourquoi une église à Boston ? Et cette statue de Napoléon ? » s’interrogea Myreille, déjà en train de sauter sur ses pieds, prête à partir.
« Il doit y avoir un lien, » dit Orley, le regard plein de détermination. « L’énigme dit qu’il faut trouver les cinq parties de la statue. Peut-être qu’elles sont cachées dans cette église. »
Sandy sortit une vieille carte de la région qu’ils avaient trouvée dans un livre de bord oublié. Elle la déplia et chercha Boston. « Il y a plusieurs églises ici. Laquelle pourrait être celle qu’il nous faut ? »
Hanzt s’approcha, son regard balayant la carte de Sandy. « Regardez ce dessin sur notre carte au trésor, » dit-il, désignant le symbole de l’église. « Il a une flèche sur son clocher. Et il y a un autre symbole à côté, on dirait une sorte de couronne… ou un soleil stylisé. »
Ils comparèrent avec les églises représentées sur la carte de Sandy. L’une d’elles, une église ancienne au centre de la ville, correspondait étrangement. Son clocher était orné d’une flèche, et une petite gravure à proximité ressemblait à un soleil ou une couronne.
« C’est celle-là ! » s’écria Orley. « L’église Saint-Michel ! »
L’excitation monta d’un cran. Ils étaient sur la piste. La ville de Boston, avec son histoire et ses mystères, les appelait. Il leur fallait maintenant trouver un moyen de s’y rendre sans attirer l’attention.
« On peut prendre le petit voilier de pêche de mon oncle, » suggéra Trimps. « Il est assez rapide, et on peut le dissimuler dans une petite crique près du port. »
« Excellente idée, Trimps ! » approuva Orley. « On part dès que possible. Et cette fois, on doit être discrets. »
Le trajet en mer jusqu’à Boston fut rapide, l’air salin fouettant leurs visages. L’Écume Joyeuse fut amarrée discrètement dans une anse rocailleuse, dissimulée par les arbres touffus qui bordaient la côte. Ils pénétrèrent dans la ville à pas feutrés, leurs yeux émerveillés par l’architecture ancienne et le tumulte de la vie urbaine. L’église Saint-Michel se dressait majestueusement, ses pierres grises baignées par la lumière du soleil de l’après-midi.
Ils atteignirent l’entrée principale, un portail imposant sculpté de motifs religieux. L’intérieur était vaste et silencieux, empli d’une atmosphère solennelle. Les rayons du soleil filtraient à travers les vitraux colorés, projetant des taches de lumière chatoyantes sur le sol de pierre.
« Bon, on cherche une statue de Napoléon, » murmura Orley, son regard balayant les recoins de l’église.
Ils se séparèrent, explorant prudemment chaque chapelle, chaque autel, chaque recoin sombre. Myreille, toujours la plus rapide, s’aventura dans une petite sacristie. Elle y découvrit, dissimulée derrière un rideau de velours poussiéreux, la première partie d’une statue : un bras, finement ciselé, tenant un petit bicorne.
« J’ai trouvé quelque chose ! » chuchota-t-elle, son excitation trahissant son désir de discrétion.
Les autres la rejoignirent. Ils examinèrent le fragment avec admiration. La qualité de la sculpture était remarquable. Orley posa doucement la pièce dans son sac.
« Il nous en faut encore quatre, » dit Sandy, son regard scrutant les ombres. « Pensez à l’indice : ‘La lumière du soleil se cache derrière les nuages’. »
Ils continuèrent leur exploration. Dans une chapelle latérale, éclairée par un vitrail représentant un saint auréolé, Trimps remarqua une petite alcôve dissimulée derrière un banc. À l’intérieur, gisait la tête de Napoléon, son profil impérial reconnaissable entre tous.
« Ça doit être ça, » dit-il, sa voix basse.
Ils étaient maintenant deux fragments. L’un d’eux, une jambe, fut découverte par Hanzt près d’un confessionnal, comme si le célèbre empereur avait été réduit à l’état de confesseur. La quatrième partie, le torse, se trouvait sur un petit autel dédié à un saint guerrier, presque visible à travers un voile de brume légère.
Il ne restait plus qu’une pièce. Le temps filait, et ils sentaient que leur présence dans l’église ne passerait pas inaperçue indéfiniment. Ils retournèrent près de l’autel principal, où la lumière du soleil, traversant le vitrail le plus grand, formait un arc-en-ciel sur le sol.
« La lumière du soleil… » répéta Orley, son regard fixé sur l’arc-en-ciel. « Elle se cache derrière les nuages… C’est le vitrail qui nous montre le chemin ! »
Il suivit le trajet de la lumière colorée. Elle se dirigeait vers un petit autel latéral, presque oublié, dissimulé dans une alcôve sombre. Là, reposait la dernière partie de la statue : un pied, posé sur un piédestal miniature.
Avec soin, ils assemblèrent les cinq fragments dans la pénombre de l’alcôve. Le Napoléon reconstitué était petit, mais sa présence semblait imposante. Sa pose, un bras croisé sur la poitrine, était celle d’un homme résolu.
« On a réussi ! » souffla Myreille, un sourire radieux illuminant son visage.
Sandy examina à nouveau la carte, le visage pensif. « C’est étrange. Pourquoi cacher ces pièces dans une église ? Et pourquoi Napoléon ? »
Orley sortit l’écrit de la carte. « Il y a la deuxième énigme juste en dessous. » Il la lut à voix haute : « ‘La patc est le premier endroit de la guerre mondial la lumière vous montrera la direction.’ »
« La patc ? Qu’est-ce que ça veut dire ? » demanda Hanzt, intrigué.
Sandy réfléchit. « ‘La patc’… Ça sonne comme ‘la patrie’, non ? Le premier endroit de la guerre mondiale… Ça doit faire référence à la Première Guerre mondiale. Mais quel endroit ? »
Orley retourna la carte à la lumière de la bougie. Le symbole de l’église avait disparu, remplacé par une croix stylisée et un cercle. Au centre du cercle, une petite inscription apparut : « Verdun ».
« Verdun ! » s’écria Orley. « C’est en France ! Le premier endroit de la Première Guerre mondiale… Le champ de bataille ! »
Une nouvelle vague d’excitation, teintée d’une pointe d’appréhension, parcourut le groupe. Verdun. Un nom qui évoquait des images de tranchées, de courage et de sacrifice. L’aventure prenait une tournure plus sérieuse, plus historique.
« La lumière nous montrera la direction… » murmura Sandy. « Si on est à Verdun, et qu’on cherche un endroit précis… il faudra peut-être faire comme à l’église, utiliser la lumière pour trouver un indice. »
« Et cette croix sur la carte… » ajouta Trimps. « Ça doit être là qu’on doit chercher. »
Ils quittèrent l’église Saint-Michel, le cœur battant d’anticipation. Boston avait révélé son premier secret, mais la route était encore longue. La prochaine étape les mènerait de l’autre côté de l’océan, vers les terres chargées d’histoire de la France. L’aventure des Kakounata ne faisait que commencer, et le mystère de la carte aux trésors se dévoilait, fragment par fragment, promesse d’un voyage inoubliable à travers le temps et l’espace. La nuit tombait sur Boston, mais dans l’esprit des jeunes aventuriers, une nouvelle lumière brillait, celle de la découverte et de l’épopée à venir.