Chapter 3

Chasse aux Indices dans la Jungle Scolaire

Leon et Dominik deviennent de véritables détectives. Ils interrogent les camarades, scrutent le manège, les bancs, la cantine où Dominik a acheté sa Powerade et sa limonade Paulaner. Mais aucun témoin, aucun indice concret.

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Leon et Dominik, les sourcils froncés dans une imitation parfaite de détectives de films, s'étaient lancés dans une mission d'une importance capitale : retrouver le roller de Leon. Le terrain de jeu, d'ordinaire un havre de paix où les rires fusaient comme des ballons, s'était transformé en une scène de crime potentielle. Le manège, avec ses chevaux de bois figés dans une éternelle galopade silencieuse, semblait observer leur quête avec une impassibilité déconcertante. Les bancs, autrefois parfaits pour partager des secrets et des bonbons, étaient maintenant de potentiels abris de témoins discrets ou, pire encore, de cachettes pour le voleur.

« Alors, tu es sûr que tu l'as laissé là ? » demanda Dominik, sa voix teintée d'une gravité surjouée. Il tapotait distraitement une de ses poches, où il sentait encore le léger résidu collant de sa Paulaner.

Leon, qui avait les yeux rivés sur le bitume, le sol rocailleux de leur univers, hocha la tête avec une conviction vacillante. « Oui, oui ! Juste là, près du grand arbre. J'ai filmé ma dernière figure, et quand j'ai regardé… pouf ! Disparu ! Comme par magie. » Il s'arrêta net, le mot « magie » résonnant soudainement avec une nouvelle signification. « Attends… et si c'était un peu magique, en fait ? »

Dominik leva un sourcil, son regard vif balayant les alentours. « Magique ? Leon, on n'est pas dans un conte de fées. C'est juste un roller. Un très beau roller, certes, mais un roller quand même. Quelqu'un l'a pris. »

« Mais qui ? Et pourquoi ? » Leon se tourna vers les autres enfants qui s'agitaient sur la cour, certains courant après un ballon, d'autres discutant en petits groupes. Il s'approcha d'un garçon qui semblait particulièrement animé, le visage rougi par l'effort. « Hé, Thomas ! Tu n'aurais pas vu un roller bleu électrique, avec des lumières qui clignotent ? »

Thomas s'arrêta, le souffle court. « Un roller ? Non, désolé. J'étais trop occupé à essayer de marquer un but. Et puis, tu sais, le directeur, Monsieur Dubois, il n'aime pas trop quand on court avec des trucs qui peuvent déraper. » Il fit un clin d'œil entendu avant de replonger dans sa partie.

Leon et Dominik échangèrent un regard. Monsieur Dubois. Le directeur. Toujours là, à surveiller, la règle de l'école gravée dans son front. Leon sentit une petite boule d'appréhension se former dans son estomac. Il n'osait pas l'avouer à Dominik, mais Monsieur Dubois, avec son air sévère, le mettait toujours un peu mal à l'aise.

Ils décidèrent de se diriger vers la cantine, le lieu de la dernière halte stratégique de Dominik. L'odeur de pain grillé flottait encore faiblement dans l'air, un vestige du déjeuner. « Ici, j'ai vraiment acheté la Powerade et la limonade, » dit Dominik, pointant du doigt le distributeur automatique qui trônait, imperturbable, à côté de la porte d'entrée. « Et je me souviens avoir vu le roller juste là, à côté. »

Ils scrutèrent le sol autour de la cantine. Rien. Pas la moindre trace de pneu, pas un reflet bleu électrique, pas un signe de vie du roller disparu. Le découragement commençait à s'installer. Leon se laissa tomber sur un banc, la tête entre les mains. « C'est fini. Mon roller est parti pour toujours. Je vais devoir attendre mon prochain anniversaire pour en avoir un autre. Et ce sera dans… une éternité ! »

Dominik, fidèle à lui-même, ne se laissa pas abattre. Il était plus observateur, plus méthodique. Il contourna le banc, ses yeux balayant chaque recoin, chaque fissure dans le bitume. Soudain, il s'arrêta. « Hé, attends une minute… »

Leon releva la tête, l'espoir renaissant dans ses yeux. « Quoi ? Tu as trouvé quelque chose ? »

« Regarde ça, » dit Dominik en pointant du doigt une trace étrange sur le sol, à peine visible, mais distincte. Ce n'était pas une trace de chaussure, ni une marque de ballon. C'était… une trace de roue. Fine, précise, comme celle d'un roller. Et elle ne menait pas vers le centre de la cour, mais vers le coin le moins fréquenté, près de la clôture qui séparait l'école du petit bois derrière.

Un frisson parcourut Leon. « Une trace de roller ? Mais… il n'y a personne d'autre qui fait du roller ici, à part moi. Et puis, ce n'est pas ma trace. Elle est… »

« Plus fine, » compléta Dominik. « Et elle va par là. »

Sans un mot, ils suivirent la piste invisible, leurs pas les menant vers une zone plus sauvage, où l'herbe commençait à pousser un peu plus haut et où les jeux étaient rares. C'était un endroit où les enfants venaient parfois pour s'isoler, pour observer les oiseaux, ou pour échapper à la surveillance des adultes.

Au bout de quelques mètres, la trace menait droit vers un buisson touffu, presque une petite haie sauvage. Leon s'approcha avec précaution, le cœur battant à tout rompre. Il écarta les branches… et là, à moitié caché par le feuillage, il le vit. Son roller. Bleu électrique, rutilant, avec ses lumières clignotantes.

Mais ce n'était pas tout. À côté du roller, un homme était accroupi, le dos tourné, en train de le regarder avec une fascination évidente. Il portait un costume sombre, une cravate… et il avait l'air incroyablement penaud.

Leon et Dominik restèrent figés. Ils n'en croyaient pas leurs yeux.

« Monsieur… Monsieur Dubois ? » bégaya Leon, sa voix tremblant légèrement.

L'homme sursauta, se retourna d'un coup, et son visage prit une teinte cramoisie. Il se releva maladroitement, essayant de dissimuler le roller derrière son dos, mais c'était peine perdue. Il ressemblait à un enfant pris en flagrant délit de vol de bonbons.

« Oh… euh… bonjour les garçons, » dit-il, sa voix étrangement douce, loin de son ton habituel de commande. « Je… je voulais juste jeter un œil. »

Dominik, qui avait retrouvé sa voix, s'avança, un sourire malicieux aux lèvres. « Jeter un œil ? Monsieur, vous avez pris le roller de Leon. Et vous l'avez caché dans les buissons. »

Monsieur Dubois soupira, vaincu. Il sortit le roller de derrière son dos et le tendit à Leon, ses yeux baissés. « Oui. Je… je dois avouer. J'ai toujours rêvé d'avoir un roller comme ça. Ils ont l'air tellement… rapides. Et ces lumières… C'est tellement moderne. J'ai vu que vous filmiez vos figures, et je me suis dit… juste une petite seconde, pour voir comment ça allait. Et puis, je me suis senti… bête. Et j'ai eu peur que quelqu'un me voie. » Il se gratta la tête, l'air aussi perdu qu'un élève qui n'a pas fait ses devoirs. « Je suis désolé, Leon. Vraiment désolé. J'aurais dû vous demander. »

Leon regarda son roller, puis le directeur, puis Dominik. Un éclat de rire lui monta à la gorge. C'était tellement inattendu, tellement absurde. Monsieur Dubois, le directeur si strict, qui rêvait secrètement de roller.

Dominik ne put s'empêcher de glousser. « Donc, c'est vous qui avez laissé la trace de pneu, Monsieur ? »

Monsieur Dubois hocha la tête, l'air encore plus gêné. « Oui. J'ai essayé de faire une petite pirouette… mais je crois que je ne suis pas fait pour ça. »

Leon, le rire maintenant incontrôlable, s'approcha de son roller. Il le prit, le sentant familier et rassurant entre ses mains. « C'est… c'est bon, Monsieur Dubois. Ça arrive. » Il regarda le directeur, un sourire franc sur le visage. « Mais la prochaine fois, demandez ! On pourra filmer ensemble vos figures, si vous voulez. »

Le visage de Monsieur Dubois s'éclaira d'un sourire timide. « Vraiment ? Ce serait… ce serait formidable, Leon. »

Dominik secoua la tête, amusé. « Je n'aurais jamais cru ça. Le directeur qui veut faire du roller. »

Alors qu'ils se préparaient à repartir, Monsieur Dubois s'arrêta. « Attendez. Pour me faire pardonner, Leon… » Il fouilla dans la poche de sa veste et en sortit une petite boîte. « J'ai vu que vous aimiez filmer. J'ai pensé que ça pourrait vous être utile. »

Leon ouvrit la boîte. À l'intérieur, il y avait un petit objectif pour son téléphone, qui permettait de filmer en grand angle. Ses yeux s'écarquillèrent de joie. « Wow ! Merci, Monsieur Dubois ! C'est génial ! »

Le directeur sourit, visiblement soulagé. « De rien, Leon. Et maintenant, allez vous amuser. Mais attention, pas trop près des buissons, hein ? » Il leur fit un clin d'œil complice.

Leon et Dominik repartirent, le roller bien en sécurité sous le bras de Leon, le nouvel objectif précieusement gardé dans sa poche. La jungle scolaire avait révélé son secret, et ce secret était plus drôle et plus inattendu qu'ils n'auraient jamais pu l'imaginer. Le soleil commençait à décliner, peignant le ciel de couleurs chaudes, annonçant la fin d'une journée pleine d'aventures et de découvertes. La prochaine fois qu'ils filmeraient leurs exploits, ce serait avec un nouvel accessoire, et une histoire rocambolesque à raconter.

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