Chapter 2
Disparition Mystérieuse sur le Bitume
Alors qu'ils filment leurs prouesses avec le nouveau roller, Leon le pose un instant. Quand il se retourne, le roller a disparu ! La panique s'installe. Dominik et Leon se regardent, incrédules. Où a bien pu passer ce cadeau tant attendu ?
Le soleil de juillet tapait fort sur le bitume de la cour de récréation, faisant scintiller le nouveau roller de Léon comme un trésor tout juste déterré. Dix ans ! Dix ans, et le plus beau des cadeaux : un engin rutilant, aux roues aussi vives que son imagination. Dominik, son fidèle acolyte, tenait le téléphone, prêt à immortaliser chaque figure, chaque virage audacieux. "Alors, Léon, prêt à devenir la star des réseaux sociaux de l'école ?" lançait Dominik, un sourire aux lèvres, les yeux pétillants de malice.
Léon, lui, transpirait d'excitation. Il avait enfilé son casque, ses coudières, et se sentait pousser des ailes. "Attends, attends, il faut que je fasse la pose parfaite," répondit-il, ajustant une dernière fois sa casquette. Ils étaient près du manège, cette structure métallique colorée qui, même immobile, semblait danser sous le soleil. Autour d'eux, les rires des autres enfants résonnaient, mais pour Léon et Dominik, le centre du monde, c'était ce roller et l'écran du téléphone.
"Allez, lance-toi ! J'ai mis le mode ralenti pour la spéciale 'vol du faucon'," s'impatientait Dominik, la voix un peu étouffée par le Powerade qu'il venait de terminer. Juste avant, ils étaient passés à la petite échoppe de la cantine, un endroit que Léon appelait affectueusement "l'Alldrink", où Dominik avait déniché une limonade "Paulberger" qui, selon lui, avait le goût des vacances.
Léon s'élança. Il fit un petit saut, une pirouette maladroite mais pleine d'enthousiasme. Le téléphone filmait, capturant le mouvement, le rire de Léon, le bruit des roues sur le sol. "Ouais ! C'est génial !" cria-t-il, plein de fierté. Il décida de poser le roller un instant pour se recoiffer, pour bien s'assurer que sa casquette était parfaitement alignée sur son front. Il se retourna, le sourire aux lèvres, prêt à reprendre la course. Mais le sourire se figea. Le roller n'était plus là.
Un silence, plus lourd que toutes les bulles de la limonade de Dominik, tomba sur eux. "Hein ? Où... où est-il passé ?" murmura Léon, les yeux écarquillés, balayant la cour du regard. Il n'y avait personne. Juste des enfants qui jouaient, des professeurs qui discutaient, le manège immobile. Le roller, ce miracle de métal et de plastique, avait disparu comme par enchantement.
Dominik laissa tomber le téléphone sur l'herbe. "Mais... ce n'est pas possible ! Je l'ai vu juste là !" Il pointa le doigt vers l'endroit où Léon l'avait posé. Ils se regardèrent, un mélange de panique et d'incrédulité dans le regard. Léon sentit une boule se former dans sa gorge. Ce n'était pas juste un roller, c'était son anniversaire, c'était la promesse de mille aventures.
"Il faut le retrouver !" s'écria Léon, la voix tremblante. Il se précipita vers le manège, espérant le voir coincé quelque part, ou peut-être qu'un autre enfant l'avait pris pour jouer. Mais rien. Les bancs, d'ordinaire si accueillants, semblaient maintenant observer leur détresse en silence. La cour de récréation, si grande et si familière, se transforma soudain en un labyrinthe inquiétant. "C'est comme si... comme si la terre l'avait avalé," dit Léon, désespéré.
Dominik, plus pragmatique, commença à réfléchir. "Qui aurait pu le prendre ? Et pourquoi ?" Il se gratta le menton, son geste habituel quand il cherchait une solution. "Personne n'était assez près pour le voler sans qu'on le voie." Il se souvenait vaguement avoir vu Monsieur Dubois, le directeur, rôder un peu plus loin, près du petit bosquet d'arbres qui marquait la limite de la cour. Mais Monsieur Dubois, avec son air sévère et son costume impeccable, n'aurait jamais volé un roller, n'est-ce pas ?
"On va demander à tout le monde," décida Léon, essayant de reprendre un peu de courage. Ils interrogèrent quelques camarades, un groupe de filles qui jouaient à la marelle, un garçon qui se cachait derrière un arbre. Personne n'avait rien vu. Personne n'avait rien entendu. Le roller semblait s'être évaporé dans les airs chauds de juillet.
"Et si on allait voir près de la cantine ?" suggéra Dominik, se souvenant de leur passage à l'Alldrink. "Peut-être qu'il y a une trace, quelque chose qui pourrait nous aider." Ils s'éloignèrent des jeux, traversant la cour immense, cette "XXXL école" comme Léon aimait l'appeler, parce qu'elle était tellement grande qu'on aurait dit qu'elle avait été construite pour des géants.
Près du mur de la cantine, là où les poubelles étaient rangées, Dominik remarqua quelque chose. "Regarde, Léon !" Il pointa du doigt une légère empreinte sur le bitume, une trace de pneu fine et oblique. "Ça ne ressemble pas à une roue de vélo," dit-il, le regard concentré. La trace s'éloignait vers un coin moins fréquenté de la cour, près des poubelles et des haies un peu sauvages.
Ils suivirent la piste, le cœur battant la chamade. L'espoir renaissait, mêlé d'une pointe d'appréhension. Et là, cachés derrière un gros buisson de lauriers, ils le virent. Le roller. Il était là, intact, comme s'il avait été posé avec soin. Mais ce n'était pas tout. Assis sur le sol, le dos contre le mur, se trouvait Monsieur Dubois, le directeur. Il avait retiré ses lunettes et les frottait nerveusement avec un mouchoir. Et sur son visage, ce n'était pas la sévérité habituelle, mais une expression de... regret ?
Léon et Dominik se regardèrent, bouche bée. Le directeur ? Pourquoi était-il là, avec le roller ? Monsieur Dubois les aperçut et sursauta, comme pris en flagrant délit. Il se releva précipitamment, essayant de cacher le roller derrière son dos, mais c'était trop tard.
"Monsieur Dubois ?" demanda Léon, la voix encore pleine d'incrédulité.
Le directeur rougit. Il déglutit difficilement. "Euh... bonjour les enfants. Je... je passais par là."
Dominik, toujours le plus observateur, remarqua que Monsieur Dubois regardait le roller avec une sorte de fascination attendrie. "Vous... vous avez pris le roller de Léon, Monsieur ?"
Monsieur Dubois soupira. Il s'assit de nouveau, l'air abattu. "Oui," avoua-t-il d'une petite voix. "Je... je suis désolé. C'est juste que... il est tellement beau. J'ai toujours rêvé d'avoir un roller comme ça quand j'étais petit. J'ai vu que vous l'aviez laissé là un instant, et... j'ai eu une envie irrésistible de l'essayer, juste un petit tour. Je voulais le remettre tout de suite, mais... je ne voulais pas que vous me voyiez." Il baissa la tête. "Je suis vraiment désolé, Léon. C'était une très mauvaise idée."
Léon resta un instant silencieux, puis un sourire commença à poindre sur ses lèvres. Dominik éclata de rire, un rire franc et contagieux. Le directeur, le grand et sévère Monsieur Dubois, qui rêvait de roller et avait "volé" le cadeau d'anniversaire de Léon ? L'idée était tellement absurde, tellement drôle, que la tension retomba d'un coup.
Léon s'approcha et récupéra son roller. "C'est... c'est bon, Monsieur Dubois," dit-il, un sourire s'étirant sur tout son visage. "Mais la prochaine fois, demandez. Je vous aurais peut-être laissé faire un tour."
Monsieur Dubois releva la tête, un soulagement immense illuminant ses traits. "Vraiment ? Oh, merci, Léon ! Et pour me faire pardonner, voici," dit-il en sortant une petite boîte de sa poche. À l'intérieur, il y avait un petit pendentif en forme de clé. "C'est pour ouvrir la nouvelle armoire que nous allons installer dans votre classe, pour ranger votre matériel."
Léon et Dominik échangèrent un regard, hilares. L'aventure du roller disparu se terminait de la manière la plus inattendue. Ils prirent le roller, saluèrent Monsieur Dubois, qui leur promit de ne plus tenter de "rouler en douce", et retournèrent vers le centre de la cour.
"Alors, on reprend le film ?" demanda Dominik, récupération le téléphone.
Léon, son roller de nouveau entre les mains, hocha la tête avec enthousiasme. "Oui ! Et cette fois, on va filmer la spéciale 'Directeur Roller' !"
Ils passèrent le reste de l'après-midi à s'amuser, à filmer leurs exploits, riant de leur mésaventure. La cour de récréation retrouva sa joie, le soleil continuait de briller, et le roller, bien qu'ayant vécu une petite escapade secrète, était de retour, prêt pour de nouvelles aventures. La journée touchait à sa fin, et il était temps de rentrer chez Léon, la promesse de nouvelles histoires à raconter, et surtout, une amitié encore plus solide, forgée dans le mystère et le rire.