Chapter 2

La Légende de la Marmite d'Or

À 11 ans, la curiosité de Prisca grandit. Elle entend parler d'une légendaire marmite d'or qui rendrait belle quiconque la regarde. Sans hésiter, cette idée devient son unique espoir. Elle décide de partir à sa recherche, déterminée à changer.

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Les jours se fondaient les uns dans les autres, tissant une toile grise sur le petit monde de Prisca. À onze ans, l'été s'étirait paresseusement, et avec lui, cette sensation lancinante qu'elle n'était pas tout à fait… à sa place. Les autres enfants riaient, couraient, leurs voix légères s'élevant dans l'air chaud comme des bulles de savon. Prisca, elle, restait souvent à l'écart, observant leurs jeux avec une mélancolie étrange. Elle se sentait différente, comme si une fine couche de brouillard l'isolait du reste du monde, une barrière invisible faite de doutes et d'une profonde insatisfaction. Chaque matin, le rituel du miroir était une épreuve. Elle y cherchait un reflet qui la rassure, une étincelle de beauté qui lui dirait qu'elle était, elle aussi, digne d'être vue, digne d'être aimée. Mais le miroir lui renvoyait toujours la même image, celle d'une fille qu'elle ne parvenait pas à aimer.

C'est un après-midi particulièrement calme, alors que le soleil commençait à décliner, projetant de longues ombres sur le jardin, que le murmure parvint à ses oreilles. Une histoire, racontée à voix basse par une vieille dame assise sur un banc, une histoire de légendes et de merveilles oubliées. Prisca, assise à l'ombre d'un grand chêne, écoutait, le cœur battant d'une curiosité nouvelle. La vieille dame parlait d'une marmite, pas n'importe laquelle, mais une marmite d'or, cachée au cœur de la forêt, une marmite qui aurait le pouvoir de révéler la beauté, de faire rayonner celui ou celle qui oserait y jeter un regard.

Une marmite d'or… Le nom résonna en Prisca comme un appel. L'idée s'insinua en elle, s'y installant avec une force surprenante, chassant peu à peu les ombres de son insécurité. Elle imaginait ce pouvoir, cette transformation. Si seulement… Si seulement cette légende disait vrai. L'espoir, fragile comme une aile de papillon, commença à prendre son envol dans son cœur. Elle se leva, le regard perdu dans le lointain, une détermination nouvelle s'allumant dans ses yeux. L'image de cette marmite d'or devint son unique horizon, son unique but. Elle devait la trouver. Elle devait savoir.

Le lendemain, à l'aube, alors que le monde était encore endormi sous un ciel teinté de rose et d'orange, Prisca quitta sa maison. Un petit sac à dos sur le dos, contenant une gourde d'eau et quelques morceaux de pain, elle se dirigea vers la lisière de la forêt. La peur était là, une petite boule serrée dans son estomac, mais la curiosité et le désir ardent de changer étaient plus forts. La forêt s'ouvrit devant elle comme une porte vers un autre monde, un monde de mystères et de promesses. Les arbres se dressaient, immenses et silencieux, leurs branches s'entremêlant pour former une voûte sombre. La lumière du soleil filtrait à travers le feuillage en taches mouvantes, créant des jeux d'ombres et de lumières qui dansaient sur le sentier.

Prisca avançait avec prudence, ses pas feutrés sur la mousse et les feuilles mortes. Chaque craquement de branche, chaque bruissement inattendu la faisait sursauter. Elle entendait le chant des oiseaux, le bourdonnement des insectes, les murmures du vent dans les arbres. C'était un concert étrange, à la fois apaisant et un peu inquiétant. Elle se sentait petite, insignifiante, face à cette nature sauvage et majestueuse. Mais elle continuait, guidée par une intuition, une force intérieure qui la poussait en avant. Elle traversa des clairières baignées de soleil où des fleurs sauvages aux couleurs vives éclataient de beauté, et des recoins sombres où l'air était plus frais et chargé d'une odeur de terre humide.

Elle marcha pendant des heures, le temps s'étirant et se déformant à mesure qu'elle s'enfonçait plus profondément dans le bois. Parfois, elle pensait entendre des voix, des rires lointains, mais c'était sans doute son imagination, le reflet de son désir de compagnie. La légende disait que la marmite se trouvait au bout d'un chemin, un chemin semé d'embûches. Et elle en rencontra une, une ouverture sombre dans le flanc d'une colline, l'entrée d'une grotte. L'obscurité qui émanait de cette ouverture était presque palpable, une invitation à l'inconnu. L'air qui en sortait était froid, humide, portant une odeur minérale étrange. Une partie d'elle voulait rebrousser chemin, retourner à la lumière du jour, à la sécurité de ce qu'elle connaissait. Mais une autre partie, plus forte, plus tenace, était attirée par ce mystère. La curiosité, cette flamme qui s'était allumée en elle, la poussait à explorer.

Elle pénétra dans la grotte, le cœur battant à tout rompre. L'obscurité était presque totale, seulement percée par quelques rares rayons de lumière qui s'infiltraient par l'entrée. L'humidité collait à sa peau, et le silence était oppressant, seulement brisé par le goutte-à-goutte régulier de l'eau quelque part dans les profondeurs. Elle avança à tâtons, ses mains effleurant les parois froides et rugueuses de la roche. Le chemin s'inclinait vers le bas, se rétrécissant par endroits, puis s'élargissant à nouveau. Chaque pas était une aventure, chaque inspiration un défi. Elle imaginait des créatures tapies dans l'ombre, des trésors oubliés, et surtout, la marmite d'or. Elle ne savait pas pourquoi, mais elle sentait qu'elle était sur la bonne voie. La grotte semblait se tordre et se tordre, un labyrinthe naturel creusé par le temps et l'eau.

Après ce qui lui sembla une éternité, une lumière douce commença à poindre au loin. Une lumière dorée, chaleureuse, qui contrastait vivement avec l'obscurité ambiante. Ses pas s'accélérèrent, sa fatigue s'évaporant comme par enchantement. Elle déboucha enfin dans une petite cavité, baignée d'une clarté surnaturelle. Et là, au centre, posée sur un socle de roche lisse, elle la vit. La marmite d'or. Elle était plus belle encore que dans ses rêves. Sa surface brillait d'un éclat intense, comme si elle avait capturé le soleil lui-même. Les motifs gravés sur ses flancs semblaient bouger, subtilement, comme des ondes dans l'eau. Elle était à la fois imposante et délicate, ancienne et vibrante de vie.

Prisca s'approcha, le souffle coupé. Elle tendit une main tremblante et effleura la surface lisse et chaude de la marmite. Une sensation étrange la parcourut, un frisson léger, une sorte de chaleur bienveillante qui semblait l'envelopper. Elle se pencha, le cœur battant la chamade, et regarda à l'intérieur. Le fond de la marmite reflétait la lumière de manière si intense qu'elle dut plisser les yeux. Elle ne vit pas son reflet tel qu'elle le connaissait, celui qu'elle jugeait si imparfait. Non, ce qu'elle vit, c'était une image différente, une image où ses yeux brillaient d'une lumière nouvelle, où un sourire timide esquissait ses lèvres, où une aura de douceur semblait l'entourer. Ce n'était pas une transformation physique, pas une métamorphose visible. C'était autre chose. Une impression, une sensation. Une conviction qui naissait en elle.

Elle resta là un long moment, absorbant cette vision, cette impression nouvelle. Puis, lentement, elle se releva. Elle ne se sentait pas différente physiquement, mais quelque chose avait changé. Une légèreté inhabituelle s'était installée en elle, une paix profonde. Elle jeta un dernier regard à la marmite d'or, un regard empreint de gratitude, puis se retourna pour reprendre le chemin du retour. Le trajet de retour lui parut plus court, la forêt moins menaçante. Elle marchait d'un pas plus assuré, le soleil couchant la guidant. Lorsqu'elle sortit des bois, les premières étoiles commençaient à scintiller dans le ciel indigo. Elle rentra chez elle, un sourire aux lèvres, un secret précieux caché au plus profond de son cœur. L'épreuve du miroir, elle savait, serait différente cette fois.

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