Chapter 3

L'Ombre du Sixième Dieu

Un dieu inconnu, jaloux ou malveillant, prépare un plan secret. Il voit la prophétie comme un outil pour ses propres desseins, semant le doute sur la véritable nature de la menace à venir.

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Le silence qui régnait dans la salle du conseil des dieux était plus assourdissant que n'importe quel cri de guerre. Les échos des paroles prononcées, les promesses faites, les destins scellés, résonnaient encore dans l'éther, porteurs d'une solennité qui pesait sur les épaules de chacun. Vermig, le dieu démoniaque, aux cornes torsadées comme des éclairs pétrifiés, frappa du poing sur la table de cristal.

« C'est une folie ! Une prophétie ? Pour tester la valeur de notre monde ? Nous gouvernons ces espèces depuis des éons, nous connaissons leurs forces, leurs faiblesses ! » Sa voix rocailleuse portait la fureur des profondeurs infernales.

Herig, le dieu des monstres, dont le visage changeait constamment, passant d'une mâchoire de loup à des yeux de serpent, renifla avec dédain. « La sagesse n'est pas toujours le fruit de l'expérience, Vermig. Parfois, il faut une étincelle, un catalyseur, pour révéler la véritable nature des choses. Et cette prophétie, aussi étrange soit-elle, pourrait bien être cette étincelle. »

Lerig, le roi des dragons, dont la majesté émanait de chaque écaille incandescente, hocha lentement la tête. « Les dieux ont toujours eu une vision au-delà de notre entendement. Cette prophétie, même si elle nous échappe en partie, est l'œuvre de leurs mains. Nous devons leur faire confiance, et préparer le terrain comme ils l'ont ordonné. »

Nelerig, la déesse elfe, dont la grâce semblait tissée de lumière lunaire et de murmures de forêts, parla d'une voix douce mais ferme. « L'école est la clé. Un lieu où les jeunes de toutes les espèces pourront apprendre à se connaître, à dépasser les anciennes rancœurs. C'est là que naîtront les héros, et peut-être, les méchants qui nous serviront à démasquer la menace. »

Merig, le dieu nain, trapu et barbu, dont la voix résonnait comme le choc du marteau sur l'enclume, grogna : « Et si cette menace ne vient pas de l'extérieur, mais de l'intérieur ? Et si la prophétie elle-même était le piège ? »

Yerig, le dieu humain, dont le regard était empreint d'une sagesse bienveillante, sourit. « C'est précisément pourquoi nous devons former des héros. Des cœurs purs, des esprits vifs, capables de discerner le vrai du faux. Et pour cela, il faut des adversaires, des ombres pour mettre en lumière la lumière. »

Ils débattirent encore, leurs voix s'entrechoquant comme des astres en collision, avant de finalement tomber d'accord. Les rois furent nommés, les lignées royales furent inscrites à l'école, et les dieux disparurent, laissant derrière eux un monde en suspens, un avenir incertain, et une prophétie dont les contours restaient flous.

Mais dans les profondeurs insondables du néant, là où les étoiles elles-mêmes craignaient de s'aventurer, une autre entité observait. Pas un dieu de la lumière, ni un architecte du cosmos, mais une ombre rampante, une conscience ancienne dont la seule existence était une insulte à l'ordre établi. Son nom était oublié, son apparence incompréhensible, mais sa présence était palpable, une vibration dissonante dans la symphonie de la création.

Il avait observé la naissance de la prophétie, les délibérations des dieux, la création de l'école. Et un sourire imperceptible, une courbure d'obscurité pure, s'était formé sur son visage inexistant. Les dieux avaient créé un jeu, et il comptait bien en être le joueur le plus rusé. La prophétie n'était pas un test pour le monde, mais une opportunité pour lui. Une opportunité de défaire ce que les autres avaient construit, de semer le chaos, de se nourrir de la peur et de la division.

Il regarda l'école, ce creuset d'espèces diverses, et ses pensées se portèrent sur Zarthus, le démon au charisme trompeur. Un outil parfait. Un instrument de destruction déguisé en ambition. Et sur Lucina, l'humaine à la curiosité insatiable, l'étincelle d'espoir qui pourrait, sans le savoir, allumer l'incendie.

« L'ombre grandit, » murmura l'entité, sa voix un murmure glacial qui fit frissonner les âmes perdues. « Et la prophétie ne sera que le prélude à ma propre création. »

***

Le premier jour à l'Académie des Champions fut un tourbillon de couleurs, de sons et d'odeurs étranges. Lucina, les joues rouges d'excitation et de légère appréhension, se faufilait dans les couloirs immenses, ses yeux parcourant les fresques murales dépeignant des batailles épiques et des créatures mythiques. À ses côtés, Léa, sa meilleure amie, rayonnait, son sourire lumineux attirant les regards admiratifs.

« C'est incroyable, n'est-ce pas, Lucina ? » s'exclama Léa, sa voix pétillante. « Je n'arrive pas à croire que nous sommes vraiment ici. »

Lucina hocha la tête, sa main serrant inconsciemment le pendentif qu'elle portait autour du cou, un simple disque d'argent hérité de sa grand-mère. « C'est… beaucoup. Toutes ces espèces… Je n'ai jamais vu autant de diversité. »

Elle s'arrêta devant une classe où des nains robustes, des elfes graciles et des humains aux allures diverses se côtoyaient déjà, certains échangeant des regards méfiants, d'autres des sourires timides. Un elfe à la peau d'écorce et aux cheveux comme des feuilles d'automne, Elara, se tenait à l'écart, observant la scène avec une sérénité presque mélancolique. À ses côtés, un nain au visage buriné et à la barbe tressée de fils d'or, Borin, riait bruyamment à une plaisanterie d'un autre nain.

« Tu penses qu'on va s'en sortir ? » demanda Lucina, un brin d'inquiétude dans la voix. La description de l'école comme un lieu de formation pour héros ET méchants lui donnait le vertige.

Léa lui donna une petite tape sur le bras. « Bien sûr que oui ! On est là pour apprendre, pour devenir fortes. Et puis, on se soutiendra toujours. »

Leur conversation fut interrompue par un groupe d'élèves démoniaques, leurs cornes étincelantes et leurs yeux flamboyants attirant l'attention. Parmi eux, un jeune démon au sourire carnassier et aux yeux d'un rouge profond, Zarthus, les observait avec un intérêt appuyé. Lucina sentit un frisson lui parcourir l'échine, une sensation étrange, à la fois repoussante et fascinante.

« Regarde-les, Léa, » murmura Lucina. « Ils sont si… intenses. »

Léa haussa les épaules. « Ils sont différents, c'est tout. Mais tout le monde est là pour la même raison, non ? Pour s'entraîner. »

Alors qu'elles s'apprêtaient à entrer

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