Chapter 3
Les Terres Glacées d'Ice-Silver
Leur périple les mène à travers les royaumes. Ils découvrent les étendues glacées d'Ice-Silver, où chaque pas est un défi, et commencent à entrevoir les légendes des dieux oubliés.
Le vent s'engouffrait avec la férocité d'une bête affamée à travers les plaines infinies d'Ice-Silver. Des tourbillons de neige fine dansaient autour de Renji et Akira, aveuglant leurs yeux et mordant leurs joues nues. Chaque pas dans cette étendue immaculée était un combat, le sol craquant sous leurs bottes usées comme de la glace trop fine. Kosei marchait devant, sa silhouette imposante une silhouette noire se détachant sur le blanc aveuglant, ses pattes puissantes fendues dans la neige avec une assurance qui semblait défier les éléments. Ses yeux dorés scrutaient l'horizon, une lueur de vigilance perpétuelle dans leur profondeur.
« On y est presque, » grogna Kosei, sa voix grave résonnant dans le hurlement du vent, un murmure de puissance contenue. « Le village d'Eir se trouve au-delà de cette crête. »
Renji serra les dents, l'air glacial lui brûlant les poumons à chaque inspiration. La forêt de leur enfance, avec ses arbres protecteurs et son tapis de feuilles douces, semblait un rêve lointain et irréel. L'attaque, le bruit assourdissant, la peur qui avait transpercé leur cœur comme une lame de glace… tout cela les avait chassés de leur foyer, les jetant dans ce monde inconnu et hostile. La fuite était devenue leur seule compagne, le froid leur couverture constante.
« Presque, » répéta Akira, sa voix plus faible, teintée d'épuisement. Il resserra le châle de fourrure autour de son cou, ses doigts engourdis par le froid. Ses yeux, habituellement vifs et curieux, étaient voilés par la fatigue et une inquiétude sourde. Il avait vu des éclairs de sa mémoire, des images fugaces de visages anciens et de symboles étranges, des murmures de récits qu'il ne parvenait pas à assembler.
« Ne faiblis pas, Akira, » dit Renji, sa voix teintée d'une impatience protectrice. Il posa une main sur l'épaule de son frère, un geste familier qui avait toujours apporté un semblant de réconfort. « Nous avons traversé pire. »
Akira hocha la tête, mais son regard se perdit un instant dans la blancheur infinie. Le froid ne semblait pas seulement mordre leur peau, il s'infiltrait dans leur âme, apportant avec lui un sentiment de désolation.
Ils atteignirent enfin le sommet de la crête. En contrebas, blotti dans un creux de la vallée, se trouvait Eir. Des toits de chaume recouverts de neige s'étendaient comme des taches sombres sur le blanc, et une fumée grise s'élevait paresseusement des cheminées, s'enroulant dans le ciel glacial. Des silhouettes se déplaçaient, petites et fragiles, comme des fourmis dans l'immensité. C'était un spectacle de survie, une preuve que la vie, même dans un endroit aussi inhospitalier, trouvait toujours un moyen de persister.
« Un village, » murmura Renji, un regain d'espoir dans sa voix. « Peut-être qu'ils pourront nous aider. »
Kosei renifla, ses narines frémissant. « L'aide a un prix, petit. Et dans ces terres, le prix est souvent la méfiance. »
Alors qu'ils descendaient la pente, le vent se fit moins violent, mais le froid restait une présence oppressante. Les habitants d'Eir, vêtus de peaux épaisses et portant des visages burinés par le froid et le labeur, les observaient approcher avec une curiosité mêlée de prudence. Leurs yeux, d'un bleu pâle comme la glace, scrutaient les nouveaux venus, évaluant leur provenance, leur intention.
Un homme massif, le visage ridé comme une vieille carte, s'avança à leur rencontre. Il tenait une hache d'un air décontracté, mais ses muscles tendus trahissaient sa vigilance. « Qui êtes-vous, étrangers ? Et que cherchez-vous à Eir ? »
« Nous sommes des voyageurs, » répondit Renji, s'efforçant de maintenir sa voix ferme malgré le froid qui lui glaçait les cordes vocales. « Nous cherchons un abri pour la nuit et peut-être des provisions. Nous ne cherchons pas d'ennuis. »
L'homme les dévisagea longuement, son regard s'attardant sur Kosei, dont la taille et la présence imposante ne pouvaient être ignorées. « Un loup de cette taille… C'est rare. »
« Il est notre protecteur, » intervint Akira, sa voix plus douce mais claire. « Nous sommes orphelins et nous avons fui notre foyer. »
La mention d'orphelins et de fuite sembla détendre légèrement l'atmosphère. La dureté de la vie à Ice-Silver créait une sorte de solidarité tacite entre ceux qui la subissaient.
« Entrez, » dit finalement l'homme, baissant légèrement sa hache. « La tempête ne faiblit pas. Vous ne tiendrez pas la nuit dehors. Je suis Bjorn, le chef de ce village. »
Ils furent conduits dans une grande hutte commune, où le feu crépitait joyeusement au centre, projetant des ombres dansantes sur les visages des villageois rassemblés. L'odeur de fumée, de bois brûlé et d'un ragoût qui mijotait remplissait l'air, un baume réconfortant après le froid mordant de l'extérieur. On leur servit de la soupe chaude et du pain noir, des mets simples mais d'une saveur exquise pour des estomacs affamés.
Alors qu'ils mangeaient, Renji ne put s'empêcher d'observer les gens autour de lui. Leur peau était pâle, leurs cheveux clairs, leurs yeux d'un bleu intense. Ils semblaient avoir une connexion profonde avec cette terre hostile, une résilience forgée par des générations de lutte. Il remarqua les symboles gravés sur leurs amulettes, des motifs géométriques complexes qui lui rappelaient vaguement les visions fugaces d'Akira.
« Ces symboles… » commença Renji, pointant discrètement une amulette autour du cou d'une femme. « Que signifient-ils ? »
La femme sourit, un sourire doux et fatigué. « Ce sont les marques des anciens. Elles nous protègent du froid, des bêtes, et des esprits qui errent dans la nuit. Elles nous rappellent que nous ne sommes jamais vraiment seuls. »
« Les anciens ? » demanda Akira, captivé. « Parlez-vous des dieux ? »
Un silence s'installa. Les regards se tournèrent vers eux, empreints d'une gêne soudaine. Bjorn soupira.
« Nous ne parlons pas beaucoup de ces choses, jeunes gens. Les dieux… ils ont disparu depuis longtemps. Leurs échos sont faibles dans ces terres. Mais leurs marques restent. »
« Mais pourquoi ont-ils disparu ? » insista Renji, son esprit curieux titillé. « Et qu'est-ce que cela a à voir avec nous ? »
Bjorn les regarda, son expression redevenant plus sérieuse. « Les anciennes légendes parlent d'une guerre. Une guerre terrible qui a déchiré le ciel et la terre. Les dieux se sont battus entre eux, et leur colère a consumé le monde. Certains disent qu'ils sont morts. D'autres qu'ils se sont retirés, fatigués de la folie des mortels. » Il fit une pause, son regard se perdant dans les flammes du foyer. « Et il est dit que lorsque les dieux disparaissent, leurs héritiers sont laissés à eux-mêmes pour écrire la suite de la légende. »
Les mots résonnèrent en Renji. « Héritiers… » Il sentit un frisson lui parcourir l'échine, un frisson qui n'avait rien à voir avec le froid. Il jeta un regard à Akira, dont les yeux étaient grands ouverts, fixés sur Bjorn comme s'il cherchait une réponse à une question qu'il ne pouvait formuler.
« Les dieux ont-ils laissé des marques sur les hommes ? » demanda doucement Akira.
Bjorn hésita, puis hocha lentement la tête. « Il y a des familles, des lignées, qui portent des dons particuliers. Des dons qui rappellent la puissance des anciens. Mais ces dons sont souvent une bénédiction et une malédiction. Ils attirent l'attention. Et l'attention, dans ces terres, n'est pas toujours la bienvenue. »
La nuit tomba sur Eir, apportant avec elle un silence différent, un silence lourd de mystères. Renji et Akira dormirent près du feu, enveloppés dans des couvertures rugueuses. Mais le sommeil ne leur apporta pas le repos. Renji rêva de flammes dansantes, d'une chaleur intense qui lui brûlait la peau, et d'une voix ancienne murmurant des promesses de pouvoir. Akira, lui, revoyait des éclairs de batailles titanesques, des visages divins en proie à la fureur, et sentait une présence froide et ancienne qui le fixait depuis les profondeurs de l'obscurité.
Au petit matin, le village était silencieux. Le vent avait cessé, laissant place à une clarté glaciale. Ils trouvèrent Bjorn debout devant la hutte, son regard fixé sur l'horizon.
« Il y a du mouvement, au nord, » dit-il, sa voix tendue. « Des cavaliers. Ils ne sont pas d'ici. Et ils se dirigent vers Eir. »
L'ombre qui les avait pourchassés dans leur forêt était de retour, plus proche que jamais.
« Ils nous cherchent, » murmura Renji, la peur se mêlant à une flamme nouvelle de détermination. Il sentit une chaleur monter en lui, une chaleur inconnue mais étrangement familière.
« Nous devons partir, » dit Akira, sa voix plus ferme qu'il ne l'aurait cru. Ses visions s'intensifiaient, lui montrant des chemins à éviter, des dangers imminents.
Bjorn les regarda, son visage marqué par une profonde lassitude. « Vous ne pouvez pas rester ici. Leur venue ne présage rien de bon pour mon peuple. » Il se tourna vers Kosei. « Votre protecteur est puissant. J'espère qu'il pourra vous mener loin de ce mal. »
Alors qu'ils se préparaient à quitter Eir, Renji remarqua un vieil homme assis à l'écart, ses yeux d'un bleu pâle fixés sur lui avec une intensité inhabituelle. L'homme tenait dans sa main une petite pierre sculptée, portant le même symbole que celui gravé sur l'amulette de la femme.
« Prends ceci, jeune homme, » dit le vieil homme, sa voix rauque comme le froissement des feuilles sèches. « C'est un fragment de l'ancienne magie. Il te rappellera qui tu es, lorsque le doute s'installera. »
Il tendit la pierre à Renji. Elle était froide au toucher, mais Renji sentait une vibration subtile émaner d'elle, une promesse de chaleur et de lumière au milieu de l'obscurité glaciale. Il la serra dans sa main, un nouveau lien se tissant entre lui et ce monde mystérieux.
« Merci, » dit Renji, sa voix sincère.
Ils quittèrent Eir rapidement, Kosei les guidant à travers les étendues enneigées, loin des cavaliers approchant. Le soleil commençait à poindre à l'horizon, projetant de longues ombres bleues sur la neige. Renji regarda en arrière une dernière fois. Eir était une petite tache de vie dans l'immensité blanche, un refuge éphémère.
« Les légendes sont vraies, » dit Akira, le souffle court. « Il y a plus que ce que nous pouvions imaginer. Les dieux ont laissé des cicatrices. Et peut-être… peut-être que nous en sommes aussi les héritiers. »
Renji sentit la pierre dans sa poche. La chaleur qu'elle dégageait était subtile, mais bien réelle. Il ne comprenait pas encore tout, mais une chose était certaine : leur voyage ne faisait que commencer, et le chemin serait pavé de découvertes terrifiantes et de révélations bouleversantes. Les murmures des dieux oubliés commençaient à résonner dans leur cœur, les appelant vers un destin encore inconnu.