Chapter 1

Trois Ans de Douceur

Maya et Lívia vivent une idylle à Juiz de Fora. Leur amour, forgé il y a trois ans, semble solide comme roc, rempli de projets d'avenir et de moments partagés dans leurs lieux favoris.

7 min read

Trois années s'étaient écoulées depuis cette première étincelle, cette rencontre fortuite qui avait allumé en moi une flamme jamais éteinte. Trois années de douceur, de complicité, trois années où Juiz de Fora avait été le témoin silencieux de notre amour naissant. J'aimais cette ville, ses rues familières, ses cafés où nous avions échangé nos premiers regards, ses parcs où nos mains s'étaient croisées pour la première fois. Mais ce que j'aimais par-dessus tout, c'était Lívia, mon Lívia, mon ancre, mon horizon.

Elle était mon soleil, celle qui illuminait mes journées d'une joie simple et profonde. Nous avions bâti notre petit monde à deux, un univers où chaque détail était empreint de notre amour. Nos conversations s'étiraient parfois jusqu'à l'aube, nos rêves se confondaient dans un même souffle, nos projets se dessinaient avec une évidence désarmante. La plus belle de nos utopies était cette petite maison avec un jardin, un havre de paix où je pourrais me perdre dans mes toiles, mes crayons, mes couleurs, tandis qu'elle, Lívia, donnerait vie à un parterre de fleurs, un arc-en-ciel de pétales et de parfums. C'était notre rêve, notre promesse, le fil d'or qui tissait la trame de notre avenir.

Nous avions nos rituels, nos lieux secrets où l'on aimait se retrouver, comme pour raviver la flamme des débuts. Le petit bistrot de la rue Halfeld, dont les banquettes de velours rouge avaient accueilli nos premiers baisers maladroits. Le parc Lage, avec sa verdure luxuriante et ses cascades murmuraient des secrets d'éternité. Les soirées, nous aimions flâner sur l'Avenida Rio Branco, main dans la main, le bruit de nos pas se mêlant à la douce mélodie de la ville endormie. Chaque recoin de Juiz de Fora portait l'empreinte de notre histoire, une histoire que je croyais gravée dans le marbre, inaltérable.

Lívia était mon roc. Sa présence me rassurait, son sourire dissipait mes doutes, sa voix était une berceuse qui apaisait mes tourments. Elle était d'une sociabilité naturelle, une facilité à créer des liens qui m'avait toujours fascinée. Elle connaissait tout le monde, parlait à tous, et je me sentais si fière de marcher à ses côtés, de partager sa vie. Je lui faisais confiance, entièrement. C'était la base de notre relation, le socle sur lequel nous avions construit notre bonheur. Je ne voyais aucun nuage à l'horizon, seulement la promesse d'un avenir radieux, peint des couleurs vives de notre amour.

Mais la vie, cette force imprévisible, a cette façon de nous surprendre, de nous tester, de nous faire douter de nos certitudes. La routine, ce lent poison qui s'insinue insidieusement dans les vies les plus épanouies, avait commencé à s'installer. Des petits détails, d'abord. Lívia passait plus de temps dehors. Au début, je ne m'en inquiétais pas. "Le travail, ma chérie," me disait-elle avec un sourire, "beaucoup de nouvelles choses en ce moment." Ou bien, "Je retrouve des amis, ça me fait du bien." Je la croyais. Pourquoi n'aurais-je pas dû la croire ? J'étais si confiante, si aveuglément confiante.

Puis, les signes sont devenus plus insistants, comme des murmures qui s'amplifiaient, impossibles à ignorer. Des messages effacés sur son téléphone, des silences trop longs quand je lui demandais ce qu'elle avait fait de sa journée, des retours tardifs, des excuses un peu trop élaborées. Une distance s'installait, subtile mais palpable. Nos conversations, autrefois si fluides, devenaient saccadées, empreintes d'une retenue nouvelle. Le rire de Lívia, jadis si présent, se faisait plus rare. Je sentais un voile se poser sur notre relation, une ombre qui menaçait de tout engloutir.

J'essayais de me rassurer. C'était peut-être moi, qui devenais paranoïaque, qui voyais des fantômes là où il n'y en avait pas. J'avais tendance à me perdre dans mes pensées, à analyser chaque mot, chaque geste. Je me disais que l'amour, ce n'était pas toujours les feux d'artifice, qu'il y avait aussi des moments plus calmes, des phases de transition. Mais au fond de moi, une petite voix me disait que quelque chose n'allait pas. Une intuition sourde, un pressentiment qui me serrait le cœur.

Une soirée d'automne, le vent soufflait avec une violence inhabituelle, faisant claquer les volets de notre appartement. J'avais préparé son plat préféré, une moqueca de peixe qui sentait bon le soleil et la mer. J'avais mis la table, allumé quelques bougies, espérant raviver la flamme, créer une atmosphère propice à la discussion, à la réconciliation, si tant est qu'il y ait eu quoi que ce soit à réconcilier. Les heures s'égrenaient, et Lívia n'arrivait pas. Chaque bruit dans le couloir me faisait sursauter, chaque silence me glaçait le sang.

Quand elle a enfin franchi le seuil de la porte, il était tard. La nuit était tombée depuis longtemps, et le dîner avait refroidi. Son visage était pâle, ses yeux fuyants, et une tension inhabituelle pliait ses lèvres. Elle avait l'air d'une accusée, d'une coupable. Je l'ai regardée, mon cœur battant la chamade, une peur sourde m'envahissant.

Elle s'est approchée de moi, hésitante, sa main tremblante effleurant mon bras. Son regard ne rencontrait pas le mien. "Maya," a-t-elle murmuré, sa voix voilée par une émotion que je ne parvenais pas à déchiffrer. "Je… je dois te dire quelque chose."

Mon souffle s'est coupé. J'attendais. J'attendais le pire.

"Je… j'ai rencontré quelqu'un d'autre," a-t-elle continué, les mots sortant avec une lenteur douloureuse, comme s'ils lui brûlaient la langue. "Ça fait quelques mois, et je… je n'ai pas eu le courage de te le dire."

Le silence qui a suivi a été assourdissant. Un silence de mort, un vide béant qui s'est ouvert sous mes pieds. J'ai senti le sol se dérober, mon monde s'effondrer. Les images de nos trois années de bonheur ont défilé dans ma tête, se brisant en mille éclats. La petite maison avec le jardin, les fleurs, mes dessins… tout cela s'est dissous dans l'air froid de cette soirée d'automne.

Ma voix, quand elle est enfin sortie, était à peine un murmure, chargée d'une douleur si profonde qu'elle en était physique. "Comment as-tu pu ?" ai-je demandé, les larmes brouillant ma vision. "Après tout ce que nous avons construit… Pourquoi ne m'as-tu rien dit, au lieu de me tromper ?"

Lívia a pleuré. Ses larmes coulaient, mais elles ne pouvaient effacer la blessure. Il n'y avait pas d'excuse, pas de justification possible. "Je… je me sentais confuse," a-t-elle dit entre deux sanglots. "Je pensais que je pouvais gérer ça, mais ça n'a pas marché. Je ne voulais pas te faire de mal, Maya, je te jure. Mais j'ai tellement mal agi."

Les jours qui ont suivi ont été un long tunnel noir. La maison, autrefois pleine de rires et de complicité, était devenue un lieu désert, hanté par les fantômes de notre passé. Lívia a fait ses affaires, a emporté ses affaires, laissant derrière elle une boîte contenant quelques dessins que j'avais faits pour elle. Des dessins remplis d'amour, de tendresse. Je n'ai pas voulu les garder. Comment aurais-je pu vivre avec ces rappels constants de ce qui avait été brisé ? La trahison n'était pas seulement une erreur, c'était une fracture, une cassure irréparable dans la confiance que nous avions bâti avec tant de patience et d'amour.

Chacune a suivi son chemin, emportant avec elle le poids de nos souvenirs. Lívia portait la culpabilité, le regret d'avoir perdu quelqu'un qui l'aimait sincèrement. Moi, j'ai mis du temps à me relever. J'ai rangé les dessins, mais la joie qui les accompagnait avait disparu. J'avais appris, à mes dépens, que l'amour ne pouvait exister sans vérité, sans respect. Et quand l'un de ces piliers venait à manquer, même la plus belle des histoires pouvait se briser, laissant derrière elle un silence assourdissant et le goût amer de la déception. Juiz de Fora, notre ville, notre témoin, portait désormais les cicatrices de notre amour perdu.

✦ ✦ ✦