Chapter 2
Le Passage Inattendu
La sœur d'Arthur et son grand frère, d'abord réticents et effrayés, se joignent au groupe. Ils franchissent le portail, laissant derrière eux le monde connu pour s'aventurer dans l'inconnu.
Le silence de la cave, d'ordinaire pesant et empreint d'une odeur de terre humide et de poussière ancienne, fut brisé par un murmure collectivement retenu. Les regards, d'abord écarquillés de stupeur, se posèrent sur la paroi de pierre apparemment ordinaire, désormais vibrante d'une lumière éthérée, pulsante, comme le cœur d'un monde invisible. Arthur, un sourire aussi triomphant que soulagé aux lèvres, observait la réaction de chacun. Ses amis, les jumeaux orcs, leurs peaux vertes tendues par l'excitation, Maxence, l'air à la fois intrigué et légèrement inquiet pour sa compagne, et elle, la mi-fée mi-humaine, dont les yeux, d'un vert profond, semblaient déjà scruter les arcanes de cette nouvelle réalité.
Mais le vrai défi, celui qui avait fait douter Arthur pendant des semaines, se trouvait là, au pied de l'escalier, immobile. Sa sœur, sa précieuse petite sœur, dont le visage pâle reflétait une peur palpable, et leur grand frère, dont le regard noir balayait la scène avec une défiance mêlée d'une inquiétude grandissante. Arthur avait beau avoir démontré la véracité de ses dires, l'évidence même, le passage du scepticisme à l'acceptation était une étape difficile à franchir, surtout quand l'inconnu portait une telle aura de mystère et de puissance.
« Je vous l'avais dit, » murmura Arthur, sa voix empreinte d'une douceur nouvelle, une assurance qui dépassait son jeune âge. « C'est réel. »
Sa sœur, dont le nom était à l'image de sa fragilité apparente, Léa, serra les bras autour d'elle. « Mais… qu'est-ce que c'est ? » Sa voix tremblait, un fil ténu dans l'atmosphère chargée d'énergie.
Leur grand frère, un colosse aux épaules larges nommé David, s'avança prudemment, ses mains se crispant et se relâchant le long de son pantalon. Il avait toujours été le protecteur, le roc sur lequel Léa pouvait s'appuyer. Voir sa sœur si effrayée, et lui-même confronté à une réalité qui défiait toute logique, le mettait mal à l'aise. « Arthur, qu'est-ce que tu as fait ? » demanda-t-il, sa voix grave résonnant dans l'espace confiné.
Maxence s'approcha d'Arthur, posant une main réconfortante sur son épaule. « Ne t'inquiète pas, David. Arthur sait ce qu'il fait. Et nous sommes là. » Il jeta un regard à sa compagne, qui lui offrit un sourire rassurant, ses doigts effleurant sa joue.
Arthur, voyant l'hésitation dans les yeux de sa sœur et de son frère, prit une décision. Il savait que leur présence était nécessaire, pour leur propre sécurité, et pour la cohésion du groupe. « C'est une porte, » expliqua-t-il, sa voix se faisant plus posée. « Une porte vers… ailleurs. Vers d'autres mondes. J'ai passé des mois à la chercher, à comprendre comment l'ouvrir. Et aujourd'hui, j'y suis arrivé. »
Léa gémit doucement. « D'autres mondes ? Arthur, c'est de la folie. On ne sait rien de ce qu'il y a là-bas. »
« Exactement, » rétorqua Arthur, son regard se faisant plus intense. « Et c'est pour ça que nous devons y aller. Ensemble. Pour découvrir. Pour apprendre. Et surtout, pour nous assurer que rien de dangereux ne puisse passer par ici, dans notre monde. » Il se tourna vers son frère. « David, tu es notre protecteur. Léa, tu as une connexion avec la nature que personne d'autre ici n'a. Vous êtes essentiels. »
David regarda sa sœur, puis Arthur. Il voyait la détermination dans les yeux de son jeune frère, une détermination qu'il ne pouvait nier. Et il ne pouvait pas laisser Léa seule face à une telle décision, ni laisser Arthur partir sans une certaine forme de supervision, même s'il ne comprenait pas encore pleinement ce qui se passait. Il inspira profondément. « D'accord, Arthur. On vient. Mais on reste ensemble, compris ? Et on ne prend aucun risque inutile. »
Léa, bien que toujours apeurée, sentit une étrange force la pousser. Une curiosité mêlée à un sens du devoir qu'elle n'avait jamais ressenti auparavant. Elle regarda Arthur, puis David, et enfin le portail vibrant. Une partie d'elle voulait fuir, se cacher, mais une autre, plus profonde, plus instinctive, était attirée par l'appel de l'inconnu. Elle hocha la tête, son regard rencontrant celui de son frère. « D'accord. Je viens. »
Arthur sourit, un sourire qui éclaira son visage. Il savait qu'il avait réussi. Le groupe était réuni. Six âmes prêtes à franchir l'ultime barrière.
« Bien, » dit Arthur, sa voix résonnant avec une nouvelle autorité. « Suivez-moi. Et préparez-vous à être surpris. »
Il s'avança vers le portail, sa silhouette se découpant sur la lumière irréelle. Les jumeaux orcs le suivirent de près, leur enthousiasme palpable. Maxence prit la main de sa compagne, lui offrant un sourire rassurant avant de s'engager. David, son bras fermement autour des épaules de Léa, la guida doucement vers l'ouverture lumineuse.
Lorsqu'ils franchirent le seuil, ce ne fut pas une sensation de chute, ni de transition brutale. Ce fut plutôt comme si le monde autour d'eux se dissolvait, remplacé par une cascade de couleurs et de sons inouïs. Un instant, ils étaient dans la cave sombre et familière, l'instant d'après, ils étaient ailleurs.
Le choc fut immédiat. La première chose qui frappa Arthur fut la sensation. Une énergie vibrante qui parcourait ses membres, une légèreté nouvelle dans son corps. Il sentit quelque chose se déployer en lui, une puissance latente qui ne demandait qu'à être libérée. Il regarda ses mains, et une lueur rosée apparut, se condensant pour former une lame d'une beauté irréelle, un catana étincelant. Ses cheveux, auparavant d'un brun ordinaire, semblaient s'être allongés, prenant une teinte rose pâle, ondulant doucement comme s'ils étaient portés par une brise invisible.
« Qu… Qu'est-ce qui se passe ? » balbutia Léa, ses yeux s'écarquillant. Elle sentit ses pieds s'enfoncer légèrement dans un sol qui ressemblait à de la mousse vivante, et une sensation de connexion profonde avec les arbres immenses qui l'entouraient. Des feuilles semblaient pousser autour de ses bras, et une lumière verte scintillait dans ses paumes. Elle était devenue une dryade, une gardienne de la forêt, sa peur initiale se muant en une curiosité mêlée d'une force nouvelle.
David, lui, sentit son corps se transformer. Ses muscles se durcirent, sa vitesse augmenta de manière exponentielle, et il se retrouva capable de sauter à des hauteurs impressionnantes. Son armure, qu'il n'avait pas sentie se former, était celle d'un samouraï, élégante et fonctionnelle. Il était devenu un guerrier d'un autre temps, dans un monde qui semblait tout droit sorti d'une légende.
Maxence et sa compagne échangèrent un regard. Ils sentirent une force nouvelle les animer, une puissance brute qui les reliait l'un à l'autre. Ils réalisèrent qu'ils étaient devenus des jumeaux orcs, leurs corps plus robustes, leurs sens aiguisés. Et une pensée, une compréhension instinctive, leur vint à l'esprit : ils pouvaient fusionner.
La compagne de Maxence, quant à elle, ressentit une transformation plus subtile mais tout aussi profonde. Sa nature mi-fée mi-humaine s'était amplifiée, ses pouvoirs se révélant dans toute leur splendeur. Une aura scintillante l'entourait, et elle savait qu'elle pouvait manipuler les énergies de ce monde avec une aisance déconcertante.
Arthur, observant ses amis, ses proches, se sentit submergé par une vague de fierté et de responsabilité. Il était le youchi, l'être le plus puissant de ce nouveau monde, armé de son catana et d'une force qui dépassait tout ce qu'il avait imaginé. Mais il savait aussi que cette puissance devait être utilisée avec sagesse.
« Nous sommes… différents, » dit David, sa voix résonnant avec une nouvelle profondeur. « Nous avons… des pouvoirs. »
« C'est ça, » confirma Arthur, faisant tournoyer son catana. « C'est ce monde. Il nous a transformés. Chacun à notre manière. »
Leur environnement était d'une beauté sauvage et luxuriante. Des arbres aux troncs gigantesques s'élevaient vers un ciel d'un bleu intense, parsemé de nuages aux formes étranges. Des fleurs aux couleurs vives poussaient en abondance, et des bruits inconnus résonnaient dans l'air.
Mais la beauté ne durait jamais longtemps dans les mondes que le portail leur révélait. Alors qu'ils commençaient à explorer les environs, un grondement sourd se fit entendre. Des créatures aux allures primitives, des gobelins aux yeux perçants et aux dents acérées, surgirent d'une forêt dense, leurs lances rudimentaires brandies.
« Attention ! » cria Maxence, se plaçant devant sa compagne.
Les jumeaux orcs se regardèrent, un sourire carnassier aux lèvres. « Il est temps de tester cette fusion ! » s'exclamèrent-ils en chœur. D'un mouvement synchronisé, leurs corps se rapprochèrent, s'entrelacèrent, et une lumière aveuglante les enveloppa. Lorsqu'elle se dissipa, un seul être, plus grand, plus puissant, se tenait là, prêt à affronter les gobelins.
David se rua en avant, sa vitesse lui permettant d'éviter les premières attaques et de désarmer plusieurs gobelins d'un seul coup. Léa, quant à elle, utilisa son lien avec la nature pour faire pousser des ronces et des lianes, entravant les mouvements de leurs assaillants.
Arthur, tel un éclair rose, se déplaçait avec une grâce mortelle, son catana traçant des arcs lumineux dans l'air, renvoyant les lances et tranchant les défenses des créatures. La compagne de Maxence utilisait des éclats d'énergie pure, repoussant les gobelins les plus audacieux et protégeant les flancs du groupe.
La bataille fut brève mais intense. Les gobelins, surpris par la puissance et la coordination des nouveaux arrivants, furent rapidement mis en déroute, fuyant dans la forêt d'où ils étaient venus.
Alors que le calme revenait, Arthur regarda autour de lui, une lueur de compréhension dans ses yeux. « Ce n'est que le début, » dit-il. « Ce monde est plein de dangers. Et de merveilles. »
Les semaines se transformèrent en mois, puis en années. Arthur et son groupe parcoururent ce premier monde, apprenant à maîtriser leurs nouvelles capacités, affrontant des créatures de plus en plus redoutables. Ils rencontrèrent des elfes aux allures mélancoliques, condamnés à une existence éphémère, des chiens-ours, des bêtes majestueuses mais dangereuses, et des loups dont la férocité n'avait d'égale que leur beauté sauvage, des créatures qui, le jour, semblaient inoffensives, mais qui se transformaient en prédateurs redoutables à la tombée de la nuit.
Chaque confrontation les rendait plus forts, plus unis. Les jumeaux orcs perfectionnèrent leur fusion, devenant une force de destruction capable de rivaliser avec les plus grands dangers. David, le samouraï, devint un guerrier d'une habileté inégalée, sa loyauté et son sens du devoir indéfectibles. Léa, la dryade, protégeait la nature et guidait le groupe à travers les forêts les plus denses, sa sagesse grandissant avec chaque jour passé. La compagne de Maxence, la mi-fée, maîtrisait les arts arcaniques avec une précision impressionnante, devenant la stratège du groupe. Et Arthur, le youchi, était la pointe de lance, son pouvoir croissant de manière exponentielle, mais toujours contrôlé par une intelligence et une compassion remarquables.
Puis, après ce qui semblait être une éternité, mais sans qu'une seule ride n'apparaisse sur leurs visages, ils trouvèrent un autre portail. Celui-ci, cependant, les mena dans un monde radicalement différent. Un paysage désolé, grisâtre, où les vestiges de civilisations avancées gisaient dans un silence de mort. Des machines rouillées, figées dans le temps, témoignaient d'une catastrophe passée. C'était un monde apocalyptique, où la nature avait été supplantée par la technologie, et où cette technologie avait fini par se retourner contre ses créateurs.
Ils passèrent vingt longues années dans ce monde désolé, cherchant désespérément un moyen de repartir, affrontant les rares créatures mutantes qui avaient survécu à l'apocalypse. Ils furent seuls, livrés à eux-mêmes, leur détermination mise à rude épreuve.
Enfin, au terme de ces deux décennies éprouvantes, ils découvrirent un nouveau portail, une lueur d'espoir dans ce paysage funeste. Et ce portail les ramena dans le premier monde qu'ils avaient connu, celui de la forêt luxuriante, celui où ils avaient découvert leurs pouvoirs. Ils retrouvèrent leurs formes familières, leurs capacités intactes, comme si le temps n'avait eu aucune prise sur eux.
Ils passèrent encore trente-quatre ans à explorer ce monde, à consolider leurs liens, à affiner leurs compétences. Ils vécurent des aventures incroyables, des batailles épiques, des moments de joie et de camaraderie profonde. Ils devinrent des légendes dans ces mondes, des êtres dont l'histoire serait murmurée par les générations futures.
Puis, un jour, ils trouvèrent LE portail. Celui qui, ils le sentaient, les ramènerait chez eux. L'appréhension se mêlait à l'excitation. Qu'allaient-ils trouver ? Comment le monde aurait-il changé ?
Ils franchirent le portail, un dernier acte de foi. Et se retrouvèrent, non pas dans la cave sombre et poussiéreuse, mais dans le salon familial, baigné par la lumière douce du soleil de fin d'après-midi. La montre sur le mur affichait 17h00. Seulement quinze heures s'étaient écoulées depuis leur départ.
Ils se regardèrent, un mélange d'émotions traversant leurs esprits. Ils avaient vécu des vies entières, traversé des univers, affronté des dangers inimaginables, tout cela en une seule journée dans leur propre réalité. Ils étaient revenus, inchangés physiquement, mais profondément transformés intérieurement.
Arthur, le youchi, son frère, le samouraï, Léa, la dryade, Maxence et sa compagne, les jumeaux orcs, et elle, la mi-fée, se tenaient là, un secret incommensurable les unissant. Ils avaient vu le monde, et le monde ne les avait pas vus. Ils avaient vécu des épopées, et personne ne le saurait jamais. Ils échangèrent des regards silencieux, un pacte tacite scellé dans leurs âmes. Ils ne parleraient jamais de leur voyage. Jamais. Ce serait leur trésor, leur fardeau, leur incroyable secret. Et pour l'instant, cela suffisait. Le monde réel pouvait continuer son cours, ignorant les merveilles et les horreurs qui s'étaient déroulées, pendant qu'ils portaient en eux l'écho des autres mondes.