Chapter 1
Alerte Rouge : Le Kastenmann est Là !
Une voix paniquée retentit : "Eilmeldung !" Le Kastenmann, une escalade perverse et radicale, se déploie en direct. L'horreur est à son paroxysme, le monde retient son souffle face à l'inimaginable.
« Eilmeldung ! » La voix, d'abord étranglée par une terreur palpable, brisa le silence de la nuit comme un éclat de verre. Elle se répandit dans les foyers, s'infiltra dans les oreilles avides de sensationnel, et s’accrocha aux âmes fragiles comme une toile d’araignée collante. Le présentateur, dont le visage ruisselait d’une sueur froide qui n’avait rien à voir avec la chaleur d’un studio, semblait au bord de l’apoplexie. Ses yeux, exorbités, balayaient un prompteur invisible, ses mains tremblaient si fort qu’elles faisaient vibrer le pupitre d’un léger martèlement rythmique. « La… la catastrophe Kastenmann… elle se déroule… en direct ! »
Sur l’écran géant derrière lui, les images défilaient à un rythme effréné, une cacophonie visuelle d’une violence inouïe. Des gratte-ciel qui semblaient se tordre sur eux-mêmes comme des spaghettis trop cuits, des nuages aux formes phalliques s’amoncelant dans un ciel d’un violet incandescent, des foules qui couraient dans des directions aléatoires, ne sachant plus si elles fuyaient un danger ou si elles étaient attirées par une force invisible. Le présentateur déglutit péniblement, sa voix se faisant plus aiguë, presque un couinement. « Une escalade… une escalade radicale, per… perverse ! Les autorités sont dépassées ! Personne ne comprend ce qui se passe ! »
Dans un appartement douillet, où l'odeur réconfortante du café flottait encore dans l'air, Anna plissa les yeux. Elle tenait son téléphone, le doigt suspendu au-dessus de l'application qui avait tout déclenché. Le message, qu'elle avait rédigé avec un soin tout particulier, court, percutant, une petite bombe à retardement textuelle : « Kastenmann : Escalade perverse radicale live ! ». Dix-sept caractères seulement, un exploit de concision pour un événement d’une telle ampleur. Elle avait savouré chaque instant de la création de ce condensé de chaos, s'assurant qu'il tiendrait dans la limite de 128 caractères imposée par l'application. C’était un petit jeu, au début. Un moyen de pimenter les soirées, de créer des scénarios dignes des plus grands films d'horreur, mais avec une touche d'absurdité qu'elle seule semblait pouvoir apprécier pleinement.
« Alors, Anna, mon amour, » murmura une voix suave derrière elle, celle de son compagnon, Kastenmann, qui venait d’entrer dans la pièce, une tasse fumante à la main. Il s’approcha, déposa un baiser sur son front, et jeta un coup d’œil à l’écran de son téléphone. Un sourire énigmatique se dessina sur ses lèvres. « Prête à choisir qui va hurler le plus fort ? Michael ou toi ? »
Anna gloussa, un son cristallin qui contrastait étrangement avec la panique diffusée sur l'écran de télévision. « Michael, bien sûr ! Il a une voix plus grave, ça sera plus… dramatique. Et puis, j'ai envie de voir sa tête quand il se rendra compte qu'il doit jouer un présentateur hystérique. » Elle tapota l'écran, sélectionnant le nom de Michael. Une petite animation apparut, une silhouette stylisée d'un homme en costume, la bouche grande ouverte, des ondes de choc émanant de sa tête.
« Excellent choix, ma chérie, » dit Kastenmann, s'asseyant à côté d'elle. « Prépare-toi à une expérience mémorable. Tu sais, ce Kastenmann… il a une façon bien à lui de… d’exister. Une façon qui défie toute logique, toute raison. Et ce soir, nous allons le regarder se déployer, le vivre, le sentir… » Il laissa sa phrase en suspens, ses yeux brillant d’une lueur malicieuse.
Sur l’écran de télévision, le présentateur, visiblement au bout du rouleau, s’effondra presque sur son pupitre. « Les… les monuments se déforment ! Les animaux parlent ! Les… les lois de la physique sont… sont bafouées ! C’est… c’est le Kastenmann ! » Il toussa, essayant de reprendre une contenance, mais sa voix se brisa. « Il… il est… il est partout ! »
Soudain, une nouvelle image apparut à l’écran, une image qui glaça le sang de Anna. Un homme, ou plutôt ce qu'il en restait, se tenait au milieu d’une rue dévastée. Ses membres étaient tordus à des angles impossibles, sa peau avait pris une teinte verdâtre, et de ses orbites vides s’échappaient des volutes de fumée. Il se déplaçait avec une lenteur déconcertante, ses pas faisant résonner un bruit étrange, comme si des os craquaient sous une pression immense. « Est-ce… est-ce un Kastenmann ? » balbutia le présentateur, sa voix à peine audible.
Anna sentit un frisson lui parcourir l'échine. Ce n'était pas la peur qui l’habitait, mais plutôt une sorte d’excitation morbide. Elle était une artiste du chaos, une architecte de l'absurde, et le Kastenmann était son matériau brut le plus précieux. Elle avait lu des bribes d’informations sur cette légende urbaine, ce mythe moderne qui parlait d’une entité insaisissable, capable de provoquer des transformations radicales, des escalades perverses qui défiaient l’entendement. Jusqu’à présent, cela n’avait été que des rumeurs, des histoires pour effrayer les enfants et alimenter les forums les plus sombres d’Internet. Mais là… là, c’était réel.
« Il a l’air… intéressant, » dit-elle, un sourire s’élargissant sur son visage. « Il a une certaine… prestance, malgré tout. On dirait qu’il a fait du yoga inversé toute sa vie. »
Kastenmann rit doucement. « C’est cela, mon amour. C’est l’essence même du Kastenmann. Il ne se contente pas de détruire, il transforme. Il pervertit. Il pousse les choses à leur paroxysme, là où la raison s’effondre et où l’imagination prend le pouvoir. »
Pendant ce temps, dans un autre coin de la ville, Michael, le personnage que Anna avait choisi pour incarner le présentateur paniqué, regardait son propre téléphone avec une expression d’incrédulité mêlée d’une pointe d’amusement. Il avait été surpris par le choix d’Anna, mais il ne pouvait s’empêcher de trouver ça… plutôt drôle. Il s’imaginait déjà la voix tremblante, les exclamations pathétiques, la sueur qui perle sur son front. Il avait toujours eu un faible pour l’humour noir, et le Kastenmann semblait offrir un terrain de jeu idéal.
« Bon, d’accord, » marmonna-t-il pour lui-même, acceptant son rôle. « Faisons de ce Kastenmann une légende. Une légende… complètement déjantée. » Il activa la fonction d’enregistrement de son application, prêt à donner vie au présentateur le plus terrifié que le monde ait jamais connu.
De retour dans l’appartement d’Anna, le présentateur à la télévision semblait avoir trouvé un semblant de calme, un calme précaire, celui qui précède souvent la tempête. Il prit une profonde inspiration, ses épaules s’affaissant légèrement. « Mesdames et messieurs, nous sommes en train d’assister à un événement sans précédent. Le Kastenmann… »
Soudain, l’image trembla violemment. Le studio lui-même sembla se distordre, les murs se courbant comme du papier mâché. Le présentateur poussa un cri étouffé, sa voix se noyant dans un bruit de grincement métallique. Sur l’écran géant, les gratte-ciel s’effondrèrent dans un tourbillon de couleurs vives et de débris. Les nuages phalliques se mirent à pleurer une pluie d’encre noire. Et les foules… les foules ne fuyaient plus, elles dansaient. Une danse frénétique, désordonnée, leurs corps se contorsionnant de manière grotesque.
Anna se pencha en avant, fascinée. « Regarde ça, Kastenmann ! Ils n’ont plus peur. Ils… ils sont en transe ! C’est comme si le Kastenmann avait libéré quelque chose en eux. Quelque chose de… primaire. »
Kastenmann hocha la tête, ses yeux fixés sur l’écran. « C’est la nature du Kastenmann, mon amour. Il ne s’agit pas seulement de destruction physique. Il s’agit d’une altération de la réalité, d’une perversion des sens, d’une réécriture des règles du monde. Et ce n’est que le début. »
Le présentateur à la télévision, visiblement encore vivant malgré les convulsions du studio, pointa un doigt tremblant vers le plafond. « Il… il arrive ! »
Et puis, du plafond, une chose commença à descendre. Pas une chose tangible, pas un objet, mais plutôt une sorte de… brouillard épais, d’un vert fluorescent, qui semblait respirer. Le brouillard s’insinuait par les fissures, par les interstices, comme un liquide visqueux qui trouverait son chemin dans la moindre ouverture. Il enveloppait tout, les meubles, les murs, le présentateur lui-même.
Anna sentit son cœur battre la chamade. C’était la première fois qu’elle voyait le Kastenmann se manifester de manière aussi… directe. Elle avait imaginé des monstres, des créatures cauchemardesques, mais jamais quelque chose d’aussi abstrait, d’aussi insaisissable.
« Fascinant, » murmura Kastenmann, sa voix empreinte d’une admiration non dissimulée. « Il ne détruit pas, il… il sature. Il submerge. Il rend tout… Kastenmann. »
Le brouillard vert enveloppa le présentateur, le faisant disparaître dans son étreinte phosphorescente. Les cris du présentateur s’estompèrent, remplacés par un bruit doux et humide, comme si quelque chose était en train d’être lentement digéré. Puis, le brouillard se retira, laissant derrière lui… quelque chose.
Ce n’était plus le présentateur. C’était une silhouette humaine, certes, mais dont le corps avait subi une transformation radicale. Sa peau avait pris la même teinte verdâtre que le brouillard, ses membres étaient démesurément longs et fins, et ses yeux, autrefois terrifiés, étaient maintenant d’un blanc laiteux, vides de toute émotion. Il se tenait droit, immobile, une statue grotesque dans le studio dévasté.
« Et voilà, » dit Kastenmann, un sourire satisfait étirant ses lèvres. « Le Kastenmann a fait sa première victime. Ou plutôt… sa première création. »
Anna regarda l’écran, une nouvelle idée germant dans son esprit. Elle avait fait son choix pour le présentateur, mais qu’en était-il de la victime ? Il y avait tant de possibilités. Elle avait hâte de voir jusqu’où cette « escalade perverse et radicale » pourrait aller. Le Kastenmann n'était pas seulement une catastrophe, c'était une œuvre d'art vivante, une performance absurde dont elle était à la fois spectatrice et metteuse en scène. Et elle était prête à la diriger.