Chapter 10

Le Silence Sous le Rideau de Fer

L'ombre du communisme s'est abattue sur la terre, réprimant officiellement toute pratique magique, la qualifiant de superstition archaïque. Elena et Istvan se souviennent des années où les rituels devaient être dissimulés, pratiqués dans le secret des granges ou lors de rencontres clandestines. Les chants anciens étaient murmurés, les herbes cueillies à la hâte sous le regard méfiant des voisins. Anya, elle, n'a connu que les récits de cette époque, des histoires de courage et de subterfuge, où la flamme des traditions a survécu dans l'obscurité, transmise de génération en génération, attendant patiemment son heure pour refleurir.

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Le vent soufflait, mais il ne portait plus les murmures des incantations ni le parfum des herbes séchées. Sous le rideau de fer, un silence épais s'était abattu sur les terres de Roumanie et de Hongrie, un silence imposé par la main de fer d'un nouveau régime qui prétendait avoir éradiqué la superstition. Les anciennes pratiques, les rituels tissés au fil des siècles, la connexion profonde avec le sacré, tout cela était désormais relégué au rang de conte pour enfants, de reliques d'un passé révolu que le nouveau monde n'avait plus le temps de considérer.

Elena Vasile se souvenait de ces années. Elle se souvenait de la peur qui s'insinuait dans les cœurs, de la nécessité de dissimuler la moindre étincelle de savoir ancestral. Les granges sombres, éclairées à la lueur vacillante d'une bougie cachée, étaient devenues les nouveaux temples. Les rencontres se faisaient dans la clandestinité, sous le regard méfiant des voisins, souvent désignés par le régime pour surveiller et rapporter. Les prières aux saints orthodoxes, autrefois mêlées aux appels aux esprits de la nature, se faisaient désormais à voix basse, les mots s'échappant comme des secrets volés à l'air. Les herbes, autrefois cueillies avec respect et cérémonie lors des phases lunaires propices, devaient maintenant être arrachées à la hâte, sous le voile de la nuit, avant que le soleil ne révèle leur présence illicite. La peur était une compagne constante, une ombre froide qui s'accrochait aux talons, rappelant sans cesse la fragilité de leur existence.

Istvan Kovács portait aussi en lui le poids de cette époque. Il avait vu les savants, les guérisseurs, les esprits brillants de sa communauté se taire, se replier sur eux-mêmes, leur savoir enfoui sous des couches de prudence et de compromis. Il se rappelait les discussions animées dans les cafés discrets, où l'on échangeait des bribes de connaissances, des formules médicinales réécrites pour masquer leur origine sacrée, des prédictions voilées dans des métaphores obscures. La dignité de leur rôle avait été bafouée, leur sagesse qualifiée de charlatanisme. Pourtant, Istvan avait persisté. Il avait continué à étudier, à apprendre, à pratiquer, mais avec une discrétion calculée, tissant un réseau complexe de dissimulation. Il se sentait parfois comme un gardien solitaire, veillant sur un trésor menacé d'engloutissement. Il se rappelait un vieil homme, un Táltos dont les yeux avaient vu le passage des âges, lui disant un jour, d'une voix rauque comme le froissement des feuilles mortes : « Le silence n'est pas la mort, mon fils. C'est le temps de la germination. »

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