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Chapter 1

Le Roi Impérieux d'Uruk

Découvrez Gilgamesh, le puissant souverain d'Uruk, dont la fierté et la tyrannie pèsent lourdement sur son peuple. Sa toute-puissance est mise en scène avec une verve qui annonce déjà les récits épiques.

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Uruk. La cité sainte, la ville aux murs hauts, dont les fondations étaient aussi solides que les mythes qu'elle abritait. Sur ces pierres cyclopéennes, régnait Gilgamesh. Il était la perfection sculptée dans la chair, le tiers homme, les deux tiers dieu, un colosse dont la stature défiait les étoiles et dont la vigueur n'avait d'égale que sa propre arrogance. Ses tresses tombaient comme des cascades de cuivre jusqu'à ses reins, et son regard, brûlant comme deux braises sortis du creuset d'un forgeron céleste, passait sur les hommes comme le vent chaud balayant la plaine de Sumer.

Les prêtres anciens murmuraient que les grands dieux eux-mêmes, An et Enlil, avaient façonné sa forme avec une intention divine. Ils lui avaient conféré la force d'un lion et la beauté d'un dieu du soleil, mais, dans leur générosité excessive, ils avaient peut-être oublié de lui inculquer la prudence et la compassion. Car Gilgamesh, maître absolu d'Uruk, était un tyran magnifique, dont la puissance éclipsait le jour sans jamais éclairer les âmes.

Il marchait dans les rues pavées, et les habitants se blottissaient contre les murs, retenant leur souffle. Il ne prenait pas ; il exigeait. Il ne demandait pas ; il arrachait. La ville, bien que prospère sous sa protection parfois perçue comme une armure, étouffait sous son joug. Les travaux gigantesques qu'il ordonnait – forger des murs plus hauts, creuser des canaux plus profonds, ériger des ziggourats qui semblaient vouloir percer le firmament – étaient accomplis par la seule terreur qu'il inspirait. Il faisait travailler les hommes jusqu'à l'épuisement, jusqu'à ce que le sang et la sueur se mêlent à la poussière rouge d'Uruk, sans repos ni répit.

« Il est le berger sans bâton », geignait un maçon, le dos courbé sous le poids d’une pierre trop lourde pour dix hommes. « Il nous mène au pâturage, mais le pâturage est l'épuisement. »

Son palais, opulent et froid, était le centre de son royaume, mais c'était son droit de cuissage qui alimentait les murmures les plus sombres dans les cours intérieures. Chaque nuit, les plus belles jeunes filles d’Uruk étaient escortées vers les appartements royaux, et elles en revenaient souvent le lendemain en silence brisé. Le roi prenait ce qu’il désirait, considérant les femmes de son peuple comme de simples extensions de sa propriété, des fleurs qu'il pouvait cueillir et jeter après avoir inhalé leur parfum.

« Père des hommes, il est le fléau des hommes ! » s’écria Ana, la mère d'une jeune mariée dont le chagrin était visible même sous le voile de deuil.

Le désespoir du peuple monta jusqu'au Panthéon, traversant les cieux peints de lapis-lazuli. Les dieux, au-dessus des affaires triviales des mortels, durent prêter attention au tumulte. Ils craignaient cette créature qu'ils avaient rendue trop puissante, ce roi dont la fierté menaçait d'ébranler l'ordre cosmique. Sa force était telle que même les décrets divins semblaient moins immuables que sa volonté.

Ce fut Aruru, la déesse de la création, celle qui avait pétri la boue pour façonner l'humanité, qui fut saisie par la responsabilité de tempérer cet excès de grandeur. Elle se tint devant les autres divinités réunies dans la salle du jugement céleste.

« Votre œuvre, grands dieux, est compromise. Gilgamesh est un cheval sans bride, sa fougue détruit ce qu'il prétend protéger. Il est un mur qui finit par emprisonner ceux qu’il devrait défendre. Il faut lui opposer une contrepartie, un égal auquel sa force sera mesurée, une âme dont la seule existence forcera le roi à se considérer soi-même. »

Anu, le dieu du ciel, dont la barbe flottait comme un nuage d'orage, acquiesça lentement. « Qu'il en soit ainsi, Aruru. Créez-lui un égal, une copie de la sauvagerie, mais aussi de la pureté, un être brut qui saura tenir tête à l'orgueil d'Uruk. »

Aruru descendit des cieux, portant dans ses mains une poignée de glaise fraîche, tirée des limon féconds de l'Euphrate, trempée dans les larmes des pleureuses du chagrin universel. Elle se retira dans les steppes, là où la civilisation n'avait pas encore posé ses pieds, là où les bêtes sauvages régnaient en maîtres incontestés.

Là, au milieu des herbes hautes et sèches, elle insuffla son souffle dans la matière humide. Elle façonna, non pas un homme, mais quelque chose d'autre, une créature à la fois belle et terrible. Elle lui donna des cheveux hirsutes qui couvraient tout son corps de la tête aux pieds, des narines larges comme celles d'un buffle, et des jambes puissantes faites pour la course folle dans les plaines. Elle lui donna la force de la forêt et la naïveté des âges premiers.

Elle le nomma Enkidu.

Enkidu fut un enfant de la nature. Il ne connaissait ni les lois des cités, ni le poids des conventions. Il dormait avec les gazelles et les ânes sauvages, buvait à l’abreuvoir avec les cerfs, et lorsque les bêtes se rassemblaient, il rejoignait leur cercle, sans peur ni distinction. Il brisait les collets des trappeurs et démantelait les pièges avec une rage instinctive, libérant les troupeaux enragés. L’homme civilisé était son ennemi sans qu'il le sache, car les trappeurs, artisans de la domestication, se plaignirent amèrement auprès des autorités d'Uruk de voir leur subsistance anéantie par cette bête sauvage et puissante.

« Qui est cet homme qui vient défaire nos filets ? » rugit le chef des trappeurs, se présentant devant Gilgamesh, la rage au ventre mais le respect contraint dans la voix. « Il est fort comme le vent du sud et rapide comme l’éclair. Nous ne pouvons plus prendre gibier, Majesté. Votre ville aura faim à cause de ce monstre des plaines. »

Gilgamesh écouta, son expression immuable. Le danger ou l’insolence ne faisaient qu'aiguiser son instinct de roi. Un rival, une force non soumise à son autorité, était une insulte visible à sa propre nature divine. Il sourit, un sourire mince et satisfait. Enfin, une distraction digne de son titre.

« Un homme qui défie le travail de l'homme ? » dit Gilgamesh d'une voix grave qui portait le poids de mille décisions royales. « Conduisez-moi là où il erre. Je suis le berger d'Uruk, et je ne tolérerai aucun loup dans mon bercail, même si ce loup porte une forme humaine. »

Le troisième jour, alors qu'Enkidu aidait une lionne à mettre bas, un trappeur, désespéré, trouva le chemin jusqu'à Uruk et revint avec un contingent de chasseurs accompagnés de jeunes femmes, choisies pour leur beauté fraîche, capables, selon la tradition, d’attirer et de dompter la bête sauvage par le contact de la civilisation.

Elles se postèrent près du lieu où Enkidu avait ses habitudes. Quand le demi-homme-demi-sauvage arriva, il fut intrigué par ces silhouettes étranges, différentes des gazelles et des zèbres. Il s'approcha. La plus belle d'entre elles, Shamhat, se présenta avec la grâce que lui avait enseignée Aruru, la douceur trompeuse des

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