Chapter 3
Une nuit en enfer
Marion et Alia atterrissent au Gabon, un pays aux couleurs et aux parfums saisissants. L'air est chargé d'une énergie nouvelle pour Marion, tandis qu'Alia reste ancrée dans le pragmatisme, observant ce monde étrange avec scepticisme. Ils logeront dans un hôtel où il passeront la nuit la plus effrayante de leur vie, un monstre, un démon qui dévore les espoirs les prendra en chasse.
La porte de l'avion s'ouvrit dans un souffle chaud, chargé d'une odeur inconnue, un mélange de terre humide, d'épices exotiques et de quelque chose de plus profond, de plus sauvage. Marion inspira à pleins poumons, sentant ses poumons s'emplir d'une énergie nouvelle, vibrante, presque palpable. C'était le Gabon. Son père avait choisi ce pays, ce coin du monde si différent de ce qu'il connaissait, pour y construire son empire. Et maintenant, c'était ici que Marion devait trouver des réponses.
« Accroche-toi, Marion, ça va secouer, » lança Alia, son sac à dos déjà ajusté sur ses épaules, son regard vif balayant la piste d'atterrissage. Elle avait ce don de transformer l'appréhension en une sorte de plaisanterie, une manière de garder les pieds sur terre, ou du moins, d'essayer. Pour Marion, cependant, la terre semblait trembler sous ses pieds, non pas à cause des turbulences, mais à cause de l'immensité de ce qui l'attendait.
Le passage de la douane fut rapide, presque trop. Un homme au visage fatigué tamponna leurs passeports sans un mot, ses yeux reflétant une lassitude qui semblait aussi ancienne que la terre elle-même. Dehors, la chaleur les frappa comme une main invisible, mais ce n'était pas seulement la chaleur. C'était une humidité dense, une caresse moite qui collait à la peau, et les couleurs… Oh, les couleurs ! Des verts profonds et luxuriants, des rouges ardents sur les façades des bâtiments, le bleu intense d'un ciel sans nuages. C'était un tableau vivant, vibrant, presque écrasant.
Un taxi les attendait, un vieil engin dont la carrosserie portait les stigmates de mille voyages. Le chauffeur, un homme souriant aux dents blanches, les accueillit avec un « Bienvenue au Gabon ! » qui résonna comme une promesse. Sur la route, les paysages défilaient, un kaléidoscope de vie. Des marchés animés où les femmes aux pagnes colorés négociaient avec passion, des enfants jouant dans la poussière, des palmiers se balançant au rythme d'une brise invisible.
« C'est… intense, » murmura Marion, les yeux écarquillés. Il avait l'impression d'avoir été transporté dans un autre monde, un monde où les sens étaient constamment sollicités, où chaque détail racontait une histoire.
« Intense, oui, » répondit Alia, ses yeux plissés observant la scène avec un mélange de curiosité et de méfiance. « Mais je préférerais quand même un bon vieux café et un croissant, si tu vois ce que je veux dire. Ce truc-là, ça sent un peu trop… sauvage. »
Elle avait cette façon de toujours ramener les choses à la normalité, à ce qu'elle connaissait. Mais Marion sentait que cette « sauvagerie » était précisément ce qu'il était venu chercher, même s'il ne le savait pas encore.
L'hôtel, un bâtiment moderne mais un peu défraîchi, offrait un répit relatif. Les chambres étaient spacieuses, climatisées, et le silence, après le tumulte de la ville, était presque assourdissant. Alia s'affala sur le lit, un soupir de soulagement s'échappant de ses lèvres.
« Enfin ! Je peux sentir mes pieds à nouveau. J'espère qu'ils ont du wifi. J'ai des mails à envoyer avant que le monde ne s'écroule. »
Marion, lui, ne pensait qu'à une chose : son père. Il s'approcha de la fenêtre, regardant la nuit tomber sur la ville. Les lumières commençaient à scintiller, dessinant une toile d'araignée dorée. Il se demandait ce que son père avait ressenti en venant ici, ce qu'il avait vu, ce qu'il avait aimé. Et surtout, pourquoi avait-il caché autant de choses ?
La nuit tomba complètement, drapant la ville d'un voile d'encre. Les bruits de la ville s'estompèrent, remplacés par un murmure lointain, des chants d'insectes et des cris d'animaux inconnus. Marion avait du mal à trouver le sommeil. L'excitation du voyage se mêlait à une anxiété grandissante. Il avait l'impression d'être sur le point de franchir un seuil, d'entrer dans un domaine où les règles qu'il connaissait ne s'appliquaient plus.
Soudain, un bruit le tira de ses pensées. Un grattement léger, à la porte de sa chambre. Il se redressa d'un bond, le cœur battant la chamade.
« Alia ? » appela-t-il à voix basse.
Pas de réponse. Le grattement se fit plus insistant, plus rauque. Il se leva, s'approchant de la porte avec précaution.
« Qui est là ? »
Un grognement répondit, un son guttural qui fit frissonner Marion jusqu'au bout des ongles. Ce n'était pas humain. Il recula, le souffle court, cherchant une issue. La fenêtre. Il se précipita vers elle, essayant de l'ouvrir, mais elle semblait bloquée.
Le grattement cessa. Un silence pesant s'installa, un silence plus terrifiant que le bruit. Marion retint sa respiration, tendant l'oreille. Puis, il entendit. Un raclement lent, comme si quelque chose se traînait sur le sol, juste devant sa porte.
« Marion ? » La voix d'Alia, pleine d'inquiétude, résonna depuis sa chambre voisine. « Tu as entendu ça ? »
« Oui, » répondit-il, sa voix tremblante. « Je crois qu'on a un problème. »
Avant qu'Alia ne puisse répondre, un hurlement déchirant retentit dans le couloir. Ce n'était pas un cri de douleur, mais un cri de terreur pure, une agonie glaciale qui glaça le sang de Marion.
« Alia ! » cria-t-il, se précipitant vers sa porte.
Il n'eut pas le temps de l'ouvrir. La porte de la chambre d'Alia s'ouvrit violemment, projetant sa meilleure amie dans le couloir. Elle était pâle, les yeux exorbités, pointant un doigt tremblant vers l'intérieur de sa chambre.
« Marion… » souffla-t-elle, incapable de prononcer un mot de plus.
Marion se plaça devant elle, le cœur cognant contre ses côtes. Il jeta un coup d'œil dans la chambre d'Alia. Rien. Tout semblait normal, à l'exception du désordre causé par la sortie précipitée d'Alia.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? » demanda-t-il, essayant de garder son calme.
« Il… il était là, » balbutia Alia, ses yeux fixés sur un point invisible dans la pièce. « Quelque chose… il avait des yeux… rouges… et il… il buvait… »
Elle s'interrompit, incapable de continuer, une vague de nausée la submergeant.
Marion la regarda, ne sachant que faire. Alia, la pragmatique, la sceptique, était terrifiée. Quelque chose de grave s'était passé.
« Il buvait quoi, Alia ? » demanda-t-il doucement.
Elle secoua la tête, les larmes aux yeux. « Nos… nos espoirs. Il les buvait. Je… je me sentais vide. Vide de tout. »
Marion sentit un frisson le parcourir. Le Gabon. L'énergie nouvelle. Les secrets. Tout cela semblait se manifester d'une manière terrifiante.
« Viens, » dit-il, prenant sa main. « On va sortir d'ici. »
Ils sortirent dans le couloir. L'air était lourd, chargé d'une tension palpable. Les autres portes des chambres restaient fermées, silencieuses. Le hurlement s'était arrêté, mais l'écho de la terreur persistait.
Soudain, une ombre se déplaça au bout du couloir. Une forme indistincte, plus sombre que la nuit, se glissant furtivement le long du mur. Elle semblait se mouvoir sans bruit, comme une fumée noire se déplaçant dans le vent.
« Là ! » murmura Marion, serrant la main d'Alia.
La forme se tourna vers eux. Deux points rouges luisants apparurent dans l'obscurité, fixant Marion et Alia avec une intensité malveillante. Marion sentit une vague de froid le submerger, un froid qui n'avait rien à voir avec la température de l'air. C'était un froid qui venait de l'intérieur, un froid qui semblait éteindre toute chaleur, tout espoir.
La créature commença à s'approcher, son mouvement lent mais inexorable. Marion pouvait sentir son regard sur lui, un regard qui semblait vouloir dévorer son âme. Il vit alors le visage d'Alia, décomposé par la peur. Elle avait cette ancienne peur des créatures surnaturelles, une peur qu'elle avait toujours cachée, mais qui se manifestait maintenant dans toute sa brutalité.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » haleta Alia, sa voix à peine audible.
« Je ne sais pas, » répondit Marion, la voix tendue. Il sentait son courage naturel se heurter à une terreur qu'il n'avait jamais connue. Mais il ne pouvait pas laisser Alia seule. Il devait la protéger.
La créature était maintenant à quelques mètres d'eux. L'air autour d'elle semblait se distordre, comme si la réalité elle-même se pliait à sa présence. Marion pouvait sentir son propre espoir s'amenuiser, une sensation de désespoir s'insinuant dans son esprit. C'était un démon qui dévorait les espoirs, comme l'avait dit Alia.
« Il faut courir, » dit Marion, tirant Alia vers l'escalier de secours.
Ils dévalèrent les marches à quatre pattes, le bruit de leurs pas résonnant dans le silence oppressant. Derrière eux, ils entendaient le raclement lent, le son de la créature qui les poursuivait.
Arrivés au rez-de-chaussée, ils se précipitèrent vers la sortie. La porte automatique s'ouvrit, les laissant sous le ciel étoilé du Gabon. L'air nocturne, bien que chaud, ne dissipait pas le froid qui les habitait.
Ils coururent sans but, s'éloignant de l'hôtel, s'enfonçant dans les rues sombres et désertes. La peur les poussait, une peur primale, viscérale. Marion jeta un coup d'œil en arrière. Aucune trace de la créature. Mais il savait qu'elle était là, quelque part, rôdant dans l'ombre, attendant.
Ils s'arrêtèrent enfin, haletants, le cœur battant la chamade. Ils étaient dans une ruelle étroite, bordée de bâtiments sombres, l'odeur de la moisissure et des ordures flottant dans l'air.
« Je… je ne comprends pas, » murmura Alia, s'appuyant contre un mur, le souffle court. « Qu'est-ce que c'était que ça ? »
Marion secoua la tête, les mains tremblantes. « Je ne sais pas. Mais ce n'est pas normal. Rien de tout ça n'est normal. »
Il regarda le ciel, les étoiles brillantes qui semblaient si indifférentes à leur détresse. Il avait cherché des réponses sur ses origines, sur l'héritage de son père. Il avait trouvé quelque chose de bien plus sombre, de bien plus terrifiant.
« Mon père… » murmura-t-il. « Il devait savoir. Il devait savoir que c'était ça, le Gabon. »
Alia le regarda, ses yeux pleins de larmes mais aussi d'une nouvelle détermination. « On ne peut pas rester ici, Marion. On doit trouver un endroit sûr. Et ensuite… on doit comprendre. »
Marion hocha la tête, sa propre peur commençant à se transformer en une colère froide. Il était venu ici pour découvrir la vérité. Il avait trouvé le début de quelque chose de terrifiant, quelque chose qui semblait vouloir le consumer. Mais il ne céderait pas. Il ne laisserait pas cette chose, quelle qu'elle soit, le briser.
Ils étaient au Gabon, dans un pays aux secrets anciens et aux dangers tapis dans l'ombre. Et cette nuit en enfer n'était que le début de leur voyage. Marion sentit une nouvelle force monter en lui, la détermination de celui qui a vu l'obscurité et qui refuse de se laisser engloutir. Il avait un héritage à découvrir, un héritage qui, il le pressentait maintenant, allait bien au-delà des affaires de son père. L'aventure ne faisait que commencer.