Chapter 3
L'Épreuve du Mépris
Lors d'une mission délicate pour secourir le fils du roi, Queen est confrontée au sexisme de certains. Ses compétences sont remises en question, mais elle reste déterminée à accomplir sa tâche avec honneur.
Le vent s'engouffrait dans les couloirs froids de la base, portant avec lui l'odeur âcre de la poudre et le murmure incessant des machines. Pour Queen, ce vent était une mélodie familière, le souffle même de sa maison. Chaque recoin de ce complexe militaire, dissimulé au cœur des montagnes oubliées, avait été sculpté dans son être. Les bruits de pas résonnant sur le béton, les ordres hurlés dans la cour d'entraînement, le claquement sec des fusils – tout cela tissait la trame de son existence depuis qu'elle avait été trouvée, une petite chose fragile abandonnée sur le seuil rugueux de ce monde de fer et de discipline.
Le Commandant Rix, cet homme aux épaules larges comme des remparts et au regard aussi perçant qu'un aigle, l'avait recueillie. Lui, le roc inébranlable, le gardien de ce sanctuaire secret, avait vu en elle quelque chose d'unique, une étincelle qui ne demandait qu'à être attisée. Il l'avait prise sous son aile, non pas avec la douceur d'une mère, mais avec la rigueur d'un maître forgeron, façonnant le métal brut qu'elle était en une arme d'une précision redoutable. Chaque jour était une bataille, chaque entraînement une leçon de survie. Elle avait appris à manier le sabre jusqu'à ce que ses mains saignent, à courir jusqu'à ce que ses poumons brûlent, à penser plus vite que l'ombre. Elle excellait, toujours. La peur était un luxe qu'elle ne pouvait se permettre, la douleur un simple signal à dépasser.
Aujourd'hui, cependant, une autre sorte d'épreuve se profilait, plus insidieuse que les exercices physiques les plus ardus. Une mission. Le fils du roi de CoumbissCity, le jeune prince Kael, avait été enlevé. Les rumeurs parlaient d'une conspiration, d'ombres qui s'agitaient dans les coulisses du pouvoir. Et c'est Queen, la prodige de la base, qui avait été choisie pour mener l'équipe de sauvetage.
Elle se tenait devant le tableau de mission, une carte détaillée de la région s'étendant sous son regard concentré. À ses côtés, Sasha, son amie, sa sœur d'armes, observait avec la même intensité. Sasha, avec sa chevelure rousse comme une flamme et ses yeux verts pétillants d'intelligence, était la seule à avoir jamais vu au-delà de la soldate d'élite. Elle avait perçu la force sous la carapace, la vulnérabilité derrière la détermination. Elles avaient traversé ensemble les épreuves les plus terribles, partageant les mêmes rêves et les mêmes cauchemars.
« Ils disent que le prince est détenu dans les ruines de l'ancien fort Koryd, » murmura Sasha, traçant une ligne du doigt sur la carte. « Un endroit réputé hanté. Parfait pour cacher des choses… ou des gens. »
Queen hocha la tête, ses yeux balayant les détails tactiques. « Le temps est notre pire ennemi. Nous devons être rapides et silencieux. »
Le voyage fut long et éprouvant. Le terrain était accidenté, les sentiers escarpés. Mais Queen naviguait avec une aisance déconcertante, son corps s'adaptant au rythme de la nature, ses sens en alerte maximale. Sasha la suivait, son souffle régulier, sa confiance en Queen inébranlable. Elles formaient un duo redoutable, leurs mouvements synchronisés par des années de camaraderie et d'entraînement commun.
Lorsqu'elles atteignirent enfin les abords du fort Koryd, une atmosphère pesante s'abattit sur elles. Les vieilles pierres suintaient une mélancolie ancestrale, et le vent qui s'y engouffrait semblait murmurer des secrets oubliés. C'est là, à l'entrée de ce lieu désolé, qu'elles rencontrèrent une patrouille envoyée par le roi, une escorte censée les aider. Leurs uniformes étaient flamboyants, leurs armures polies à l'excès, et leurs regards dédaigneux lorsqu'ils croisèrent ceux de Queen.
« Qu'est-ce que c'est que ça ? » lança l'un d'eux, un homme au visage émacié et à la moustache fière, en désignant Queen. « Une femme ? Pour une mission de cette importance ? »
Le mépris dans sa voix était palpable, une flèche empoisonnée visant directement son identité. Queen sentit une vieille blessure se rouvrir, une douleur sourde qu'elle avait appris à maîtriser mais qui ne disparaissait jamais complètement. Elle avait entendu ces mots mille fois, dans les murmures des autres cadets, dans les regards condescendants des officiers supérieurs. Elle était une anomalie dans ce monde d'hommes, une preuve vivante que les frontières de la force n'étaient pas définies par le sexe.
Sasha intervint, sa voix ferme. « Elle est le commandant de cette opération. Et elle est la meilleure d'entre nous. »
L'homme ricana. « La meilleure ? Je préférerais avoir des hommes de guerre à mes côtés pour cette tâche. Pas des… demoiselles en détresse. »
Un autre soldat de la patrouille rit, un son sec et désagréable. « Peut-être qu'elle peut nous bercer jusqu'à la victoire. »
Queen sentit la colère monter en elle, une marée noire prête à tout submerger. Mais elle respira profondément, se rappelant les leçons du Commandant Rix. La discipline. Le contrôle. Elle regarda l'homme droit dans les yeux, son regard d'acier ne trahissant aucune émotion.
« Votre opinion m'est indifférente, soldat, » dit-elle, sa voix calme mais empreinte d'une autorité glaciale. « Ma mission est de ramener le prince sain et sauf. Si vous êtes là pour aider, bien. Sinon, restez sur le chemin. »
Elle se tourna ensuite vers Sasha, ignorant les regards moqueurs qui continuaient de la suivre. « Prépare-toi. Nous entrons. »
L'intérieur du fort était un labyrinthe de couloirs sombres et de salles délabrées. L'air était chargé de poussière et d'une odeur de moisi. Queen progressait avec une prudence extrême, ses sens en alerte. Chaque ombre semblait cacher un danger, chaque craquement de pierre un piège. Elle utilisait sa connaissance du terrain, ses réflexes affûtés par des années d'entraînement, pour anticiper chaque mouvement, pour déjouer chaque embuscade potentielle.
Soudain, un bruit. Un léger froissement de tissu, un souffle retenu. Queen se figea, tendant l'oreille. Elle fit signe à Sasha de se tenir prête. Puis, avec une rapidité fulgurante, elle se jeta dans l'obscurité. Un homme apparut, une dague levée, mais il fut trop lent. Le poignet de Queen se tordit avec une précision mortelle, la dague tomba au sol, et un coup sec au plexus solaire suffit à le neutraliser.
« Qui es-tu ? » demanda Queen, sa voix résonnant dans le silence.
L'homme, visiblement surpris par la rapidité et la brutalité de l'attaque, grogna. « Je ne suis personne. Je suis juste… un garde. »
« Un garde de qui ? » insista Queen.
Avant qu'il ne puisse répondre, une nouvelle silhouette apparut dans l'embrasure d'une porte voisine. C'était l'un des soldats de la patrouille royale, celui à la moustache fière. Il tenait un arc tendu, pointé vers Queen.
« Lâche-le, femme, » dit-il, son ton menaçant. « Tu es allée trop loin. »
Queen le regarda, comprenant soudain la manœuvre. Ce garde n'était qu'un pion. Le soldat royal était l'un des conspirateurs. Elle sentit une pointe de déception. Même parmi ceux qui étaient censés la protéger, le doute et la trahison rampaient.
« Tu ne me tromperas pas, » dit Queen, son regard fixé sur l'arc. « Tu es l'un d'eux. »
« Et toi, tu n'es qu'une femme qui se prend pour un homme, » répliqua le soldat, son visage tordu par la haine. « Tu n'as pas ta place ici. »
« Ma place, je la prends par la force et l'intelligence, » rétorqua Queen, son corps se préparant à l'action. « Et je la défends avec mon honneur. »
Elle esquiva la flèche qui fusait, la lame de métal sifflant à quelques centimètres de son visage. Sasha, profitant de la distraction, se jeta sur le soldat, son propre sabre s'entrechoquant avec celui de son adversaire. La bataille fit rage dans la pénombre, un ballet de métal et de cris étouffés. Queen, quant à elle, se remit en chasse. Elle savait que le prince ne pouvait pas être loin.
Elle entendit des pleurs faibles venant d'une pièce plus profonde. Elle se précipita, brisant la porte d'un coup de pied. Le prince Kael était là, recroquevillé dans un coin, tremblant de peur, mais indemne. Et debout devant lui, un homme au visage dissimulé par une capuche, sa silhouette imposante dégageant une aura de menace.
« Laisse-le tranquille, » ordonna Queen, son arme prête à frapper.
L'homme se retourna lentement. Il était grand, puissant, et ses yeux brillaient d'une lueur étrange dans l'obscurité. « Une femme qui sauve un prince. Quelle ironie. »
« L'ironie, c'est que tu tentes de renverser le pouvoir avec des méthodes aussi lâches, » dit Queen.
L'homme rit, un son rauque et désagréable. « Lâches ? Je corrige une injustice. Je reprends ce qui m'a été volé. Et toi, tu es sur mon chemin. »
Queen sentit une familiarité étrange dans sa voix, une résonance qui la troublait. Mais elle repoussa cette pensée. L'heure n'était pas aux interrogations personnelles. Elle devait agir.
« Je ne reculerai pas, » déclara-t-elle.
« Personne ne recule devant moi, » répondit l'homme, sortant une lame imposante de sa ceinture. « Surtout pas une enfant élevée par des militaires. Tu ne sais rien du vrai pouvoir. »
Le combat qui s'ensuivit fut d'une intensité redoutable. L'homme était incroyablement fort, ses attaques puissantes et imprévisibles. Queen utilisait toute son agilité, toute sa technique, pour parer ses coups, pour chercher une ouverture. Elle esquivait, elle parait, elle contre-attaquait, son corps se mouvant avec une grâce mortelle. Elle voyait la colère dans les yeux de l'homme, une rage profonde qui semblait le consumer de l'intérieur.
Lors d'un échange particulièrement violent, la lame de l'homme glissa sur celle de Queen et effleura son bras, laissant une coupure sanglante. Queen grimaça, mais ne fléchit pas. Au contraire, la douleur sembla la galvaniser. Elle vit une faiblesse dans la garde de l'homme, une fraction de seconde d'hésitation. Elle saisit cette opportunité. D'un mouvement fulgurant, elle désarma son adversaire, sa propre lame s'enfonçant dans la chair de son bras.
L'homme hurla de douleur et de rage. Il chancela en arrière, sa capuche tombant pour révéler un visage marqué par le temps, mais dont les traits étaient étrangement familiers. Un visage qu'elle avait vu dans les portraits anciens, un visage qu'elle avait effleuré dans des rêves confus. Un visage qui ressemblait au sien.
« Papa ? » murmura Queen, le souffle coupé.
L'homme la regarda, ses yeux emplis d'une douleur indicible. « Tu… Tu as survécu. »
« Qu'est-ce que vous faites ici ? » demanda Queen, la confusion et la tristesse se mélangeant dans sa voix.
« Je suis venu reprendre ce qui m'appartient, » dit-il, son regard se posant sur le prince Kael. « Et toi, tu es une erreur. Une erreur qui m'empêche de rétablir l'ordre. »
« L'ordre ? Vous appelez ça de l'ordre ? Enlever un enfant ? »
« Tu ne comprends rien, » cracha-t-il. « Tu ne sais pas ce qu'ils m'ont fait. Ce qu'ils t'ont fait. »
« Et qu'est-ce qu'ils m'ont fait, hein ? » demanda Queen, sa voix tremblante. « Vous m'avez abandonnée ! »
« C'était pour te protéger ! » hurla-t-il, une larme roulant sur sa joue. « Ta mère… elle est morte à cause de toi ! À cause de cette naissance ! Ils m'ont tout pris ! »
Les mots le frappèrent comme des coups de poignard. Sa mère, morte à cause d'elle. L'accusation était terrible, la douleur insupportable. Elle le regarda, le chef de la conspiration, son père biologique, l'homme qui l'avait abandonnée et qui maintenant l'accusait de la mort de sa propre mère.
Sasha arriva à ce moment, son arme levée, le prince Kael serré contre elle. Elle vit le désarroi sur le visage de Queen, la douleur dans les yeux de l'homme.
« Queen, il faut y aller, » dit-elle doucement.
Queen regarda son père, puis le prince. La mission. Elle ne pouvait pas laisser ses émotions personnelles gâcher tout ce pour quoi elle s'était battue. Elle avait prouvé sa valeur, elle avait déjoué les plans de ces conspirateurs. Mais elle avait aussi découvert une vérité déchirante.
Elle se tourna vers son père, son regard empli d'une tristesse infinie. « Je ne suis pas responsable de la mort de ma mère. Ni de vos erreurs. »
Elle fit un pas en arrière, puis un autre, s'éloignant de lui. « Je ne suis pas vous. »
Elle se tourna vers Sasha. « Ramenons le prince. »
Alors qu'elles quittaient le fort Koryd, laissant derrière elles le murmure du vent et les ombres de la trahison, Queen sentit un poids s'alourdir sur son cœur. Elle avait vaincu ses ennemis extérieurs, mais la bataille intérieure ne faisait que commencer. Elle avait prouvé sa force, sa valeur, mais elle comprenait aussi que les fautes des parents ne devraient jamais retomber sur leurs enfants. Elle était Queen, la soldate d'élite, mais elle était aussi une fille à la recherche de son identité, une âme blessée par les fantômes du passé. Et ce n'était que le début de son voyage.