Chapter 12

La Solitude de la Pensée

Seul dans la porcherie, le prince se retrouve face à lui-même. Sa conscience humaine est son seul compagnon, un contraste cruel avec son apparence porcine.

8 min read

La poussière tourbillonnait paresseusement dans les rares rayons de soleil qui perçaient la toiture de chaume de la porcherie. Une odeur âcre, mélange de paille souillée et d'excréments, emplissait l'air confiné, une étreinte constante et nauséabonde qui rappelait au prince sa nouvelle condition. Il était là, au milieu de ses semblables, des créatures rondes et bruyantes qui se vautraient sans cesse dans la boue et la fange. Lui aussi avait un corps de cochon, une masse rose et charnue, recouverte d'une fine couche de poils rêches. Ses pattes courtes et épaisses le portaient avec une maladresse nouvelle, et ses grognements, qui n'étaient plus les siens, semblaient résonner dans le vide de son esprit.

Mais au-delà de la carapace porcine, l'esprit du prince demeurait intact. C'était là, dans le sanctuaire silencieux de sa conscience, que résidait sa véritable tragédie. Il était un roi déchu, un souverain emprisonné dans le corps d'un animal, condamné à observer le monde à travers des yeux de cochon, à entendre les murmures de la vie à travers des oreilles sensibles aux moindres craquements. Sa voix humaine, autrefois habituée aux harangues solennelles et aux discours éloquents, ne pouvait désormais s'exprimer que par des sonores grognements, des gargouillis gutturaux qui perdaient leur sens au moment même où ils quittaient sa gorge.

« Quelle ironie, » pensa-t-il, un soupir silencieux qui n'eut aucun écho audible. « Moi, le prince, le fils du roi, réduit à cette existence. » Ses pensées vagabondaient, retraçant les moments de sa vie passée, les rires dans les jardins du château, les leçons d'équitation, les festins où les mets les plus fins étaient servis. Il se revoyait dans la forêt, l'insouciance de sa jeunesse, l'attrait irrésistible pour le danger et le mystère. Et puis, il y avait eu cette rencontre. Le sorcier. Un vieil homme aux yeux perçants, dont la voix était aussi douce que le venin. L'offre. La transformation. Un moment de folie, un désir fugace de comprendre ce qui se cachait derrière les apparences, un caprice d'enfant gâté qui avait scellé son destin.

Keep reading "La Solitude de la Pensée"

Open the same story in AIBookCraft. Later chapters may require an active subscription.

Free on iOS & Android · No signup to read