Chapter 3
Traque dans les bas-fonds
Le Capitão Rocha mène une chasse périlleuse dans les ruelles sombres. Une créature particulièrement virulente s'y cache, semant la terreur. La mission est risquée, mais la détermination est de mise.
Les néons vacillants de la "Zone Rouge" jetaient une lueur malsaine sur les ruelles étroites et humides de Brasilia. L'air était épais, chargé d'une odeur âcre de gasoil, de pluie acide et de quelque chose de plus ancien, de plus putride. Le Capitão Alexandre 'Alfa' Rocha, son visage buriné éclairé par le faisceau de sa lampe torche montée sur son fusil à pompe customisé, avançait avec la détermination d'un prédateur. Trois ans. Trois ans qu'ils chassaient ces abominations, ces échos difformes de la corruption et de la noirceur humaine, désormais classées comme "narco-terroristes" par un gouvernement qui avait choisi de fermer les yeux sur l'origine véritable de ces horreurs.
« Alfa, tu vois quelque chose ? » La voix de Sofia 'Sombra' Mendes, son adjointe, résonna dans son oreillette, un murmure à peine audible par-dessus le grondement lointain des moteurs diesel et le sifflement sinistre du vent.
« Rien que des rats et des ombres, Sombra. Mais je sens sa présence. Il est proche. Ce monstre ne peut pas se cacher éternellement. » Rocha serra la crosse de son arme, ses doigts gantés glissant sur le métal froid et graissé. La créature qu'ils traquaient cette nuit-là était particulièrement vicieuse. Un "Gargouilleur", comme les avaient surnommées les rares survivants de ses passages. Une masse informe de chair et de griffes, capable de se fondre dans les murs, d'imiter des sons pour attirer ses proies, et dont les cris déchiraient le silence comme des lames rouillées.
Ils étaient les "Caçadores da Luz", les Chasseurs de Lumière. Un nom qui résonnait avec une ferveur presque religieuse chez certains, une nécessité pragmatique pour d'autres. Leur mission : éradiquer les ombres, protéger ce qui restait de bon dans cette ville déchue. Mais chaque chasse était une plongée dans les profondeurs de l'horreur, une confrontation avec les vestiges les plus sombres de l'humanité.
« Le Dr. Almeida a dit qu'il avait été aperçu près des anciens entrepôts de la compagnie pétrolière. L'odeur de carburant et de décomposition y est forte », ajouta Sofia. Son ton était mesuré, comme toujours, mais Rocha pouvait déceler une pointe d'appréhension. Sofia, malgré son efficacité redoutable, avait une connexion étrange avec ces créatures. Une intuition qui dépassait la simple observation. Un don qu'elle gardait jalousement secret, craignant d'être perçue comme une anomalie, une porte ouverte aux ténèbres qu'ils combattaient.
Rocha hocha la tête, même s'il savait qu'elle ne pouvait le voir. « Je sais. J'y vais. Reste en couverture, Sombra. Si tu le vois, ne fonce pas. Attends mon signal. »
Il s'enfonça plus profondément dans la ruelle, ses bottes résonnant sur le pavé inondé. Les graffitis délavés sur les murs semblaient se tortiller à la lumière de sa lampe, des visages déformés par la peur et la corruption. Les murs suintaient une humidité poisseuse, et des tas d'ordures s'amoncelaient dans les recoins, offrant un abri parfait aux horreurs qui rôdaient.
Soudain, un bruit. Un froissement sec, comme des griffes raclant du métal rouillé. Rocha se figea, le souffle coupé. Il orienta sa lampe vers la source du son. Une ombre se déplaça rapidement, trop vite pour être clairement discernée, se faufilant entre des conteneurs éventrés.
« Sombra, j'ai quelque chose. »
« Je suis en approche, Alfa. Ne t'engage pas. »
Rocha avança prudemment, le doigt sur la gâchette. Il entendit un gargouillement bas, un son organique et répugnant, venant du fond d'un cul-de-sac. La créature était là, acculée. Il tourna le coin, son arme prête à tirer.
Ce n'était pas tout à fait une masse informes. C'était une silhouette tordue, un amas de membres disproportionnés et de peau parcheminée, d'où émergeaient des griffes acérées comme des rasoirs. Des yeux multiples, sans pupilles, luisaient d'une lumière rougeoyante dans la pénombre. L'odeur qui s'en dégageait était insupportable, un mélange de sang séché et de pourriture.
Le Gargouilleur poussa un cri aigu et strident, un son qui semblait vouloir déchirer la réalité elle-même. Il se rua sur Rocha, ses griffes tendues.
Rocha fit feu. Le coup de fusil résonna dans la ruelle, une déflagration assourdissante qui fit trembler les murs. La créature chancela, mais ne tomba pas. Une partie de son corps fut arrachée, révélant une chair noire et visqueuse, mais elle continuait d'avancer, animée par une fureur primaire.
« Merde ! » jura Rocha, reculant et rechargeant rapidement.
C'est alors qu'il la vit. À quelques mètres de là, accroupie sur le toit d'un conteneur, Sofia 'Sombra' Mendes. Elle ne portait pas son arme habituelle, mais tenait quelque chose dans ses mains. Une petite boîte métallique, qu'elle ouvrait avec une précision féline.
« Sombra, qu'est-ce que tu fais ?! Je t'ai dit d'attendre ! »
La créature, distraite par le bruit, se tourna vers Sofia. Elle semblait hésiter un instant, comme si elle reconnaissait quelque chose. Puis, elle se rua vers elle.
Rocha ouvrit à nouveau le feu, tirant sur les pattes de la bête pour la ralentir. Mais la créature était trop rapide. Elle bondit sur le conteneur, s'approchant dangereusement de Sofia.
Soudain, un faible bourdonnement émana de la boîte tenue par Sofia. Une lumière bleutée, douce et pulsante, s'en échappa, enveloppant la créature. Celle-ci s'immobilisa, ses cris s'estompant en un gargouillement de confusion. Elle semblait s'affaiblir, sa forme devenant plus floue, comme si la lumière la dissolvait.
Rocha n'en croyait pas ses yeux. Qu'est-ce que c'était que cette chose ?
La créature poussa un dernier râle, puis s'effondra en une flaque de liquide noir et fumant sur le sol. La lumière s'éteignit, et Sofia referma la boîte, son visage impassible dans la pénombre.
Rocha s'approcha, le fusil toujours pointé vers le résidu visqueux. « Sombra… qu’est-ce que c’était que ça ? »
Sofia descendit du conteneur, ses mouvements fluides et silencieux. Elle rangea la boîte dans une sacoche étanche. « Une invention du Dr. Almeida. Une sorte de… répulsif sonore à haute fréquence. Il pensait que ça pourrait désorienter les créatures les plus sensibles. »
« Désorienter ? Tu as failli la neutraliser complètement ! » Rocha la regardait, un mélange de soulagement et de suspicion dans ses yeux. Il y avait quelque chose dans la façon dont Sofia avait agi, une assurance qui dépassait la simple application d'un protocole.
« Il fonctionne mieux que prévu », répondit-elle, évitant son regard. « Allons-y. Il faut prévenir le Dr. Almeida. Et vérifier si le residue n'a pas… réagi. »
Alors qu'ils s'éloignaient, Rocha ne put s'empêcher de jeter un dernier regard vers le cul-de-sac. La flaque de liquide noir semblait légèrement vibrer, comme si une vie résiduelle s'y débattait. Et dans un coin sombre, à peine visible, il crut apercevoir une petite forme métallique, comme une sorte de capsule, échappée du corps de la créature. Il cligna des yeux, et elle disparut. Une hallucination due à la fatigue et à l'adrénaline, pensa-t-il.
Ils retournèrent à leur véhicule blindé, un monstre de métal dieselpunk qui crachait de la fumée noire. Le silence régnait entre eux, lourd de non-dits. Rocha savait que Sofia cachait quelque chose. Il avait vu cette lueur dans ses yeux lorsqu'elle avait manipulé la boîte, une lueur qui ne ressemblait pas à celle d'une simple exécutante.
De retour au quartier général des Caçadores da Luz, un ancien entrepôt reconverti et fortifié, le Dr. Elias Almeida les attendait. Son visage, habituellement jovial, était marqué par l'inquiétude.
« Vous l'avez eu ? » demanda-t-il, ses yeux pétillant de curiosité scientifique autant que d'anxiété.
« Oui. Grâce à l'invention de Sofia », répondit Rocha, en lançant un regard significatif à sa partenaire.
Sofia se contenta de hocher la tête. « Le répulsif a fonctionné. Mais il y a eu… une réaction inattendue. »
Almeida se tourna vers Sofia, son intérêt piqué. « Une réaction ? Parlez-moi-en. »
Alors que Sofia expliquait le déroulement de la chasse, Rocha observait le scientifique. Almeida était fasciné par les légendes, par les artefacts anciens. Il avait découvert des textes mentionnant une ancienne "unción", un pouvoir perdu qui, selon lui, pourrait être la clé pour comprendre et combattre ces créatures. Mais Rocha sentait qu'il y avait plus dans la quête d'Almeida. Une obsession qui pourrait le mener sur des chemins dangereux.
« Et cette capsule ? » demanda Almeida, son regard fixé sur Sofia. « La créature a-t-elle laissé quelque chose derrière elle ? »
Sofia hésita un instant. « Rien d'important. Juste… des débris. »
Rocha s'interposa. « Je suis allé vérifier. Il n'y avait rien. Juste une flaque de liquide noir. » Il sentait que Sofia voulait protéger Almeida de quelque chose, ou qu'elle voulait garder quelque chose pour elle.
Almeida soupira, déçu. « Dommage. J'espérais que nous pourrions étudier… » Il s'interrompit, ses yeux se posant sur un écran d'ordinateur qui affichait des données cryptiques. « Attendez. Les capteurs de la Zone Rouge… ils indiquent une fluctuation énergétique inhabituelle. Tout près de là où vous étiez. »
Un frisson parcourut l'échine de Rocha. Il regarda Sofia. Ses yeux étaient fixés sur l'écran, une expression de profonde préoccupation sur son visage.
« Ce n'était pas juste un répulsif, n'est-ce pas, Sombra ? » demanda Rocha, sa voix plus grave. « Il y avait quelque chose d'autre dans cette boîte. Quelque chose qui a interagi avec la créature d'une manière que même Almeida n'avait pas prévue. »
Sofia le regarda enfin, et dans ses yeux, Rocha vit une lueur qu'il n'avait jamais vue auparavant. Ce n'était pas de la peur, ni de la détermination. C'était une sorte de reconnaissance. Comme si elle avait vu quelque chose qu'elle seule comprenait.
« Parfois, Capitão », dit-elle d'une voix basse, « pour combattre les ombres, il faut s'approcher un peu trop près de la lumière… ou de ce qui la compose. »
Le bruit d'une sirène lointaine retentit, brisant la tension. Le signal d'une autre alerte, d'une autre menace. Les ombres ne dormaient jamais à Brasilia. Et la chasse des Caçadores da Luz ne faisait que commencer.