Chapter 1
L'aube des Chasseurs
Trois ans après la classification des factions, le gouvernement crée "Os Caçadores da Luz" à Brasilia. Ce groupe bolsonariste traque les créatures d'ombre issues des criminels corrompus, dans une ambiance dieselpunk.
Brasilia, trois ans après. La poussière des rêves s'était déposée sur les ruelles, un voile grisâtre recouvrant les aspirations d'une nation. Les vestiges de l'ancien gouvernement, des carcasses rouillées de bus et de trains, ponctuaient le paysage urbain, témoignages silencieux d'une époque révolue. C'était là, dans ce dédale de béton et de métal, que l'ombre avait commencé à tisser sa toile, s'insinuant dans les recoins les plus sombres de l'âme humaine.
Le gouvernement, dans un ultime sursaut de pouvoir, avait décrété la guerre. Les factions, autrefois maîtres de la nuit, étaient désormais des parasites traqués, classifiés comme narco-terroristes. Mais la répression n'avait fait qu'exacerber le mal, le transformant, le déformant. Des créatures cauchemardesques, nées de la corruption et de la folie, avaient émergé des cendres de ces groupes déchus. Des ombres mythologiques, des manifestations des ténèbres les plus profondes, prêtes à tout anéantir de ce qui portait encore la lumière.
C'est dans ce chaos que "Os Caçadores da Luz" – Les Chasseurs de Lumière – prirent leur essor. Un ordre nouveau, né de la foi et de la détermination, composé d'hommes et de femmes embrassant une cause sacrée : traquer et neutraliser ces horreurs. Leur quartier général, une ancienne usine réaménagée, vibrait d'une énergie singulière, un mélange d'acier brut, de machines rugissantes et de prières murmurées.
Au cœur de cette fournaise, le Capitão Alexandre 'Alfa' Rocha, le visage buriné par les combats et la foi, supervisait les préparatifs. Ses yeux, d'un bleu perçant, scrutaient les cartes éparpillées sur la table, les ombres fugaces des créatures dessinées à la hâte. Il était le pilier de cet ordre, un leader charismatique dont la conviction inébranlable inspirait ses hommes. Mais sous cette armure de bravoure, un fantôme du passé hantait ses nuits, le souvenir lancinant d'un équipier perdu, d'une erreur qu'il ne pouvait effacer.
« Sombra, le rapport. » Sa voix résonnait dans l'immense atelier, un mélange de métal et de sueur.
Le Sergent Sofia 'Sombra' Mendes s'avança, sa silhouette athlétique se détachant dans la lumière crue des néons. Ses mouvements étaient fluides, précis, chaque geste empreint d'une efficacité redoutable. Elle était l'experte en traque, l'ombre qui se fondait dans les ténèbres pour mieux frapper. Son regard, d'une intensité rare, communiquait une intelligence vive et une méfiance latente envers les rouages du pouvoir.
« Capitão, la créature signalée dans le secteur 7 semble être une Manticore, » répondit-elle, sa voix basse et mesurée. « Elle a attaqué un convoi de ravitaillement hier soir. Trois morts, plusieurs blessés. Les traces mènent vers les anciens tunnels du métro. »
Alexandre hocha la tête, ses doigts tapotant nerveusement le bord de la carte. « Les tunnels… c'est leur repaire préféré. Les ombres aiment l'obscurité et l'enfermement. » Il leva les yeux vers Sofia. « Que dit votre intuition ? »
Sofia fronça légèrement les sourcils, une lueur indéfinissable traversant ses yeux. Elle avait cette capacité étrange, cette connexion inexplicable avec les créatures qu'ils chassaient. Une faculté qu'elle gardait secrète, craignant le jugement, la peur. « Quelque chose ne colle pas, Capitão. La Manticore est d'une agressivité inhabituelle. Comme si elle était… poussée. »
« Poussée par quoi ? » demanda Alexandre, l'impatience transparaissant dans sa voix.
Avant que Sofia ne puisse répondre, une voix plus posée se fit entendre. « Par la faim, peut-être. Ou par une volonté plus sombre. »
Le Dr. Elias Almeida, le scientifique et historien attaché à l'ordre, s'approcha, un dossier épais à la main. Ses lunettes cerclées d'écaille reflétaient la lumière, ses yeux pétillaient de curiosité intellectuelle. Il était l'homme des livres, des légendes oubliées, celui qui cherchait la logique derrière le surnaturel.
« J'ai passé la nuit à éplucher les archives fragmentées, » continua le Dr. Almeida. « Il y a des mentions récurrentes de ces créatures dans des textes anciens, bien avant l'ère des factions. Elles sont décrites comme des manifestations de la peur collective, des échos de nos propres ténèbres. Mais il y a aussi des récits… plus troublants. Des entités qui semblent manipuler ces manifestations, une sorte de parasite de l'âme. »
Alexandre l'écouta attentivement, son instinct de soldat se heurtant à la complexité des révélations. « Un parasite ? Vous parlez d'un individu ? »
« Plus d'une entité, Capitão, » corrigea le Dr. Almeida. « Et leur origine est incertaine. Certains textes parlent d'un 'Cobra', une figure mythique qui se nourrit du chaos. »
Le nom résonna comme une cloche funeste. Cobra. Un nom murmuré dans les bas-fonds, associé aux pires atrocités. L'ennemi juré, celui qui semblait toujours échapper à leurs filets.
« Cobra… » murmura Sofia, un frisson parcourant son échine. Elle sentait une présence, une vibration étrange dans l'air.
« Nous devons agir, » déclara Alexandre, sa détermination ravivée. « Sofia, prépare une équipe. Je veux une unité d'assaut complète. Almeida, vous restez ici, analysez toutes les informations que vous avez. Nous allons pourchasser cette Manticore jusqu'au bout des tunnels. Nous allons mettre fin à cette menace. »
L'équipe d'assaut, composée de six Chasseurs, se glissa dans les entrailles de la ville, leurs lampes frontales découpant des halos tremblants dans l'obscurité poisseuse. L'air était lourd, chargé d'une odeur métallique et de quelque chose d'autre, d'une puanteur âcre qui rappelait la décomposition. Les murs suintaient l'humidité, et le silence n'était rompu que par le bruit de leurs pas et le murmure inquiet de leurs respirations.
Sofia menait la marche, son fusil d'assaut serré dans ses mains gantées, ses sens en alerte. Chaque ombre semblait dissimuler une menace, chaque craquement de roche un danger imminent. Elle sentait la présence de la créature se rapprocher, une énergie sombre et palpables qui lui glaçait le sang.
Soudain, un rugissement déchira le silence. Pas le rugissement guttural d'un animal, mais un son déformé, teinté de souffrance et de rage. La Manticore apparut au bout d'un couloir, une masse difforme de poils sombres, de griffes acérées et d'une queue venimeuse qui fouettait l'air. Ses yeux, deux braises incandescentes, fixèrent Sofia et son équipe.
« Feu ! » hurla Alexandre, le Capitão ayant rejoint l'équipe pour la mission.
Les tirs résonnèrent dans les tunnels, mais les balles semblaient glisser sur la peau épaisse de la créature, sans effet. La Manticore chargea, un tourbillon de destruction. Les Chasseurs ripostèrent, leurs tirs se concentrant sur les points vulnérables, mais la bête était incroyablement résistante.
Un des Chasseurs fut projeté contre un mur, le bruit de ses os brisés résonnant sinistrement. Alexandre se rua sur la créature, son couteau de combat brillant dans la pénombre. Il esquiva la queue venimeuse et tenta de porter un coup fatal au flanc de la Manticore.
C'est alors que Sofia remarqua quelque chose d'étrange. Dans le chaos du combat, une silhouette flottait à la lisière de l'obscurité, juste à l'extérieur de la portée des lampes. Elle était à peine visible, une forme changeante, presque éthérée. Et elle semblait… observer.
« Capitão ! » cria Sofia, la voix tendue. « Il y a quelqu'un d'autre ! »
Alexandre se retourna, mais la créature en profita pour le repousser violemment. La Manticore, blessée mais pas vaincue, se replia dans les profondeurs des tunnels, son rugissement de douleur se perdant dans l'écho sinistre.
Laissant les autres Chasseurs s'occuper des blessés, Sofia s'avança dans la direction où elle avait aperçu la silhouette. Elle trébucha sur quelque chose. En se penchant, elle découvrit un objet étrange, un petit pendentif orné d'un symbole inconnu, incrusté dans la boue. En le touchant, une vague d'énergie la parcourut, une sensation familière et pourtant terrifiante.
Elle sentit alors une présence, une pensée froide et ancienne s'insinuer dans son esprit. Une voix sans son, un murmure de pouvoir. Elle comprit. Les créatures n'étaient pas simplement le fruit de la corruption. Quelque chose, ou quelqu'un, les manipulait. Et ce quelque chose était bien plus ancien, bien plus puissant qu'ils ne le pensaient.
Elle rejoignit Alexandre, qui se relevait péniblement, le visage couvert de sueur et de poussière. « Capitão, ce n'était pas juste une Manticore. Quelque chose la contrôlait. J'ai vu… une ombre. »
Alexandre la regarda, une lueur de doute dans ses yeux. « Une ombre ? Sofia, vous êtes sûre ? Nous avons été attaqués, une créature féroce… »
« Je sais ce que j'ai vu, Capitão, » insista Sofia, sa voix empreinte d'une conviction nouvelle. Elle lui montra le pendentif. « Et j'ai trouvé ça. En le touchant, j'ai… j'ai senti quelque chose. Une connexion. »
Alexandre prit le pendentif, l'examinant attentivement. Le symbole était étrange, presque hypnotique. Il sentit une pression subtile, une sorte de dissonance dans l'air. Le Dr. Almeida, arrivé sur les lieux, s'empara du pendentif avec une fascination visible.
« Fascinant, » murmura-t-il, ses yeux brillant de savoir. « Ce symbole… je l'ai déjà vu. Dans des textes très anciens. Il est lié à une force primordiale, une énergie que les anciens appelaient… l'Unção. »
L'Unção. Le nom résonna dans l'esprit de Sofia, une promesse de pouvoir, mais aussi un avertissement. Elle sentait que cette découverte marquait un tournant. La chasse aux créatures venait de prendre une dimension nouvelle, plus sombre, plus dangereuse. La lumière des Chasseurs devrait bientôt affronter une obscurité bien plus profonde qu'ils ne pouvaient l'imaginer. Et Sofia, avec sa connexion secrète aux ombres, se retrouvait au cœur d'un mystère dont elle ne comprenait pas encore toute l'étendue. Le réveil de l'Unção ne faisait que commencer.