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Chapter 3

Chapitre 3 — Le café des souvenirs

Nayoo retrouve Kaël au café où ils se sont rencontrés. Ils échangent des paroles hésitantes, des aveux et des promesses. Kaël explique son départ et son retour, et ils conviennent de ne plus se quitter.

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Je restai immobile, les mains posées sur la table, le carnet entre nous comme un témoin silencieux. Kaël ne détourna pas le regard. Ses yeux, les mêmes que ceux qui avaient hanté mes nuits pendant trois ans, étaient posés sur moi avec une douceur qui me brisa le cœur.

— Tu es vraiment là, dis-je, la voix étranglée.

Il hocha la tête, un sourire timide aux lèvres.

— Je suis là, Nayoo. Je suis désolé de t'avoir fait attendre.

Le silence retomba, mais il n'était plus le même. Plus lourd, peut-être, mais aussi plus vivant. Les secondes s'écoulaient, et je sentais chaque battement de mon cœur résonner dans ma poitrine.

— Comment ? Comment est-ce possible ? Je t'ai pleuré, Kaël. J'ai porté ton deuil. J'ai…

— Je sais, m'interrompit-il doucement. Je sais tout. J'ai tout vu, de loin. Chaque nuit où tu regardais la fenêtre, chaque jour où tu portais du noir. Je ne pouvais pas revenir avant. Pas avant d'avoir réglé ce que je devais régler.

— Quoi ? Qu'est-ce que tu devais régler qui valait trois ans de silence ? Trois ans à me laisser croire que tu étais mort ?

Ma voix monta, mais je ne pleurais pas. La colère, la douleur, l'amour, tout se mélangeait en moi comme une tempête.

Kaël baissa les yeux un instant, puis les releva. Ils étaient humides.

— Je ne peux pas tout t'expliquer maintenant. Pas ici. Mais sache une chose : chaque jour loin de toi était un jour de trop. Je n'ai jamais cessé de penser à toi. Jamais.

— Alors pourquoi ? Pourquoi cette lettre, ce carnet, ces mots sur les étoiles ?

— Parce que je pensais que c'était la meilleure façon de te protéger. Je me trompais.

Il posa sa main sur la mienne. Sa peau était chaude, réelle. Je ne retirai pas la mienne.

— Nayoo, je suis revenu pour de bon. Si tu veux de moi. Je comprendrai si tu ne peux pas me pardonner. Mais je devais essayer.

Je regardai nos mains entrelacées. La serveuse passa, nous demanda ce que nous voulions. Je commandai un thé, lui un café. Le temps sembla suspendu jusqu'à ce qu'elle s'éloigne.

— Tu n'es pas mort, dis-je lentement, comme pour m'en convaincre. Tu es assis devant moi, tu bois un café, tu me regardes. Ce n'est pas un rêve.

— Non, ce n'est pas un rêve. Je suis là. Et je ne pars plus.

— Pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ?

Il prit une respiration profonde.

— Parce que j'ai fini ce que j'avais à faire. Et parce que j'ai compris que sans toi, je ne suis rien. Que les étoiles peuvent briller seules, mais pas moi.

Je sentis les larmes monter, mais je les retins. Pas ici. Pas maintenant.

— Je t'ai attendu, Kaël. Trois ans. Chaque jour, chaque nuit. Je me suis dit que tu reviendrais, que tu ne pouvais pas me laisser comme ça. Et puis j'ai arrêté d'y croire. J'ai rangé tes mots dans un tiroir, j'ai fermé mon cœur. Et aujourd'hui, tu reviens.

— Je sais. Je ne mérite pas ton pardon. Mais je te demande une chance. Une seule.

Je le regardai longuement. Ses traits avaient changé, vieillis par les années et les épreuves. Mais il était toujours Kaël. Toujours celui que j'aimais.

— Une chance, répétai-je. D'accord. Mais à une condition.

— Laquelle ?

— Plus de secrets. Plus de mensonges. Tu me dis tout, même ce qui fait mal. Je ne supporterai pas une deuxième fois.

Il acquiesça, une lueur de soulagement dans les yeux.

— Promis. Je te dirai tout. Mais pas maintenant. Pas ici. Viens, je t'emmène quelque part.

Il se leva, tendit la main. J'hésitai une seconde, puis je la pris. Sa paume était ferme, rassurante. Nous laissâmes de l'argent sur la table et sortîmes du café.

Dehors, le ciel était gris, mais la pluie avait cessé. L'air sentait l'humide et le propre, comme après une longue pluie d'été.

— Où allons-nous ? demandai-je.

— Tu verras. C'est une surprise.

— J'ai eu assez de surprises pour aujourd'hui, Kaël.

Il rit doucement, un son que je n'avais pas entendu depuis des années. Mon cœur se serra.

— Celle-ci est bonne, je te promets.

Nous marchâmes en silence dans les rues. Les voisins, les passants, tout me semblait flou, comme si seul Kaël existait vraiment. Il me guida jusqu'à un petit parc que je connaissais, celui où nous venions parfois le soir, après nos rendez-vous.

Les bancs étaient mouillés, les arbres dégoulinaient encore. Mais il s'assit sur l'herbe, sans se soucier de l'humidité. Je l'imitai, m'asseyant près de lui.

— C'est ici que je voulais te dire la vérité, commença-t-il. Pas dans un café, pas avec des gens autour. Ici, où nous étions bien.

— Alors dis-la.

Il prit ma main dans les siennes.

— Je ne suis pas mort, Nayoo. Mais j'ai failli. Il y a trois ans, j'étais malade. Très malade. On m'a donné peu de chances. Je ne voulais pas que tu me vois comme ça, que tu souffres à me voir dépérir. Alors j'ai préféré partir. Je t'ai écrit ce carnet, ces lettres, pour que tu aies quelque chose de moi, même après. Et puis… je m'en suis sorti. Lentement, mais je m'en suis sorti.

— Pourquoi ne pas m'avoir prévenue ? Pourquoi ne pas m'avoir dit la vérité ?

— Parce que j'avais peur. Peur que tu me vois faible, peur que tu restes par pitié. Et puis le temps a passé, et je ne savais plus comment revenir. Jusqu'à ce que je réalise que je ne pouvais pas vivre sans toi.

Je sentis les larmes couler enfin, silencieuses.

— Tu es un idiot, Kaël. Un idiot complet.

— Je sais.

— Je t'aurais accompagné. Je t'aurais soutenu. Je n'aurais jamais fui.

— Je sais. C'est pour ça que je suis là aujourd'hui. Pour te demander pardon.

Il se tourna vers moi, ses yeux plongés dans les miens.

— Nayoo, je t'aime. Je ne t'ai jamais cessé d'aimer. Et si tu veux bien, je veux passer le reste de ma vie à réparer mes erreurs.

Je ne répondis pas tout de suite. Je regardai les arbres, le ciel, les nuages qui s'éloignaient. Puis je me tournai vers lui.

— Moi aussi, je t'aime. Et je te pardonne. Mais ne recommence jamais.

— Jamais, promit-il.

Il m'attira contre lui, et je posai ma tête sur son épaule. Le monde autour de nous semblait s'être arrêté. Le bruit de la ville, les voisins, tout avait disparu.

— Je suis fatiguée, murmurai-je.

— Repose-toi. Je veille.

Je fermai les yeux, respirant son odeur, celle que j'avais cru ne jamais retrouver. Et pour la première fois depuis trois ans, je me sentis en paix.

Il resta ainsi longtemps, la main dans mes cheveux, le cœur battant contre le mien. Et je sus que quoi qu'il arrive, nous avions encore une chance.

Mais alors que le crépuscule tombait, une ombre passa dans son regard. Je ne la vis pas, blottie contre lui. Mais elle était là, comme un avertissement silencieux.

— Nayoo, dit-il doucement.

— Oui ?

— Il y a une dernière chose que je dois te dire.

Je levai les yeux. Son visage était grave.

— Quoi ?

Il hésita, puis secoua la tête.

— Non. Pas maintenant. Demain. Je te promets que demain, je te dirai tout.

— Tu as promis plus de secrets.

— Et je tiendrai ma promesse. Mais pas ce soir. Ce soir, je veux juste être avec toi.

Je le regardai, et quelque chose dans ses yeux me dit de ne pas insister. Pas encore.

— D'accord, dis-je. Demain.

Il sourit, mais ce sourire ne dissipa pas l'inquiétude qui grandissait en moi.

Cette nuit-là, je rentrai chez moi, le carnet serré contre moi, le cœur plein et vide à la fois. Et je me demandai ce qu'il cachait encore, ce qu'il n'avait pas osé me dire.

Le lendemain, je le retrouverais. Et j'aurais mes réponses.

Mais pour l'instant, je laissai la fatigue m'emporter, bercée par l'espoir fragile que tout pouvait encore être sauvé.

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