Chapter 1
Chapitre 1
Nayoo, assise près de sa fenêtre par une nuit pluvieuse, se souvient de Kaël et de leur histoire marquée par des promesses et des secrets. Les voisins s'agitent dans l'appartement voisin, mais elle reste seule, hantée par les mots de son carnet et le silence qui a suivi son départ.
Il était presque minuit lorsque Nayoo comprit que certaines douleurs ne font aucun bruit. Assise près de la fenêtre de sa chambre, elle regardait le ciel. La pluie tombait doucement sur les toits, les voitures passaient rarement dans la rue et les lumières de la ville semblaient s'éteindre les unes après les autres. Sur ses genoux reposait un vieux carnet aux pages jaunies. Elle l'avait ouvert à la dernière page, celle qu'elle avait juré de ne plus jamais relire.
Pourtant, ses doigts tremblaient tandis qu'elle parcourait les quelques mots écrits de la main de Kaël.
« Si un jour tu me cherches dans le ciel, ne pleure pas. Les étoiles savent partir, Nayoo. Mais cela ne signifie pas qu'elles n'ont jamais brillé. »
Elle avait lu cette phrase des centaines de fois. La première fois, elle avait souri. La deuxième, elle avait pleuré. Aujourd'hui, elle ne savait plus quoi faire.
Kaël était parti depuis trois ans. Trois années sans sa voix, sans son rire, sans ses messages inattendus au milieu de la nuit. Trois années sans entendre son prénom prononcé de cette manière particulière, comme s'il s'agissait du plus beau mot que la bouche de quelqu'un puisse former. Trois années à prétendre que tout allait bien.
Les gens lui disaient qu'elle devait avancer. Qu'elle était jeune. Qu'elle finirait par rencontrer quelqu'un d'autre. Mais comment avancer quand chaque étoile dans le ciel lui rappelait une promesse ? Comment oublier quand le monde entier portait encore les traces de son passage ?
Ce soir-là, pourtant, quelque chose était différent. Une urgence silencieuse la poussait à rouvrir ce carnet. Peut-être était-ce la pluie, qui battait plus fort contre la vitre. Peut-être était-ce le vent, qui faisait trembler les arbres dans la rue. Ou peut-être était-ce simplement l'idée que, quelque part dans ce monde, Kaël existait encore.
Elle posa une main sur la page, comme si elle pouvait toucher l'encre qu'il avait laissée. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il lui avait souri. Un sourire triste, comme s'il savait déjà ce qu'elle apprendrait plus tard. Il lui avait dit : « Nayoo, je veux que tu te souviennes d'une chose. Les étoiles ne disparaissent jamais vraiment. Même quand on ne les voit plus, elles continuent de briller quelque part. »
Elle avait ri, alors. Elle ne comprenait pas. Maintenant, elle comprenait trop bien.
Autour d'elle, l'appartement était silencieux. Les voisins, pourtant, faisaient du bruit. Elle les entendait à travers les murs minces — des pas lourds, une télévision qui parlait trop fort, des éclats de rire. Les voisins d'à côté, un couple d'âge moyen, se disputaient souvent. Mais ce soir, ils riaient. Cela la surprit. Elle les avait toujours imaginés malheureux, mais le rire traversait le mur comme une preuve que la vie continuait, même ici.
Nayoo ferma les yeux un instant. Elle se souvenait de la première fois qu'elle avait rencontré Kaël. C'était dans un petit café près de l'université. Il était assis seul à une table, un livre ouvert devant lui, un sourire discret aux lèvres. Elle était entrée pour s'abriter de la pluie — ironique, pensa-t-elle maintenant — et il lui avait offert sa chaise. Il avait dit : « Il y a de la place pour deux, ici. »
Elle n'avait pas su quoi répondre. Elle s'était assise, et ils avaient parlé pendant des heures. De tout et de rien. Des livres, des étoiles, de la pluie. De la manière dont les gens partent sans vraiment disparaître. Il avait une façon étrange de voir le monde, comme s'il lisait entre les lignes de la réalité. Elle avait été fascinée, immédiatement.
Les mois qui avaient suivi furent les plus beaux de sa vie. Ils se voyaient presque tous les jours. Il lui écrivait des lettres qu'il glissait sous sa porte, des petits mots qui parlaient de poésie et de rêves. Il lui apprenait à regarder le ciel et à y trouver des histoires. « Chaque étoile, disait-il, est une promesse. La tienne brille plus fort que les autres. »
Mais il y avait des secrets. Elle le savait, même si elle refusait de les voir. Parfois, il disparaissait pendant quelques jours, sans explication. Il revenait avec des cernes sous les yeux, un sourire fatigué, et il changeait de sujet quand elle lui demandait où il était allé. Elle avait appris à ne pas poser trop de questions. Par amour, par peur, par lâcheté peut-être.
Un jour, il lui avait dit : « Nayoo, je ne suis pas fait pour rester. Les gens comme moi, on traverse les vies, on ne s'y installe pas. » Elle avait secoué la tête, les larmes aux yeux. « Tu es différent », avait-elle répondu. « Tu es différent pour moi. »
Il avait souri, mais ses yeux étaient tristes. « Je voudrais que ce soit vrai », avait-il murmuré.
Puis il était parti. Pas soudainement, mais progressivement. D'abord, les messages se firent plus rares. Puis les visites. Puis le silence. La dernière fois qu'elle l'avait vu, il lui avait laissé ce carnet, avec cette phrase écrite à la dernière page. Il n'avait pas dit au revoir. Il avait juste disparu, comme une étoile qui s'éteint à l'aube.
Nayoo rouvrit les yeux. La pluie avait presque cessé. Les voisins s'étaient tus. Il ne restait que le bruit de son propre souffle, et le poids du carnet sur ses genoux. Elle savait qu'elle devrait le refermer, le ranger, essayer de dormir. Mais quelque chose la retenait.
Elle tourna la page. Et elle vit, pour la première fois, ce qu'il y avait derrière. Une autre phrase, écrite en plus petit, presque invisible : « Nayoo, si tu lis ceci un jour, sache que je n'ai jamais cessé de t'aimer. Mais certaines histoires ne peuvent pas avoir de fin heureuse. Pas ici, en tout cas. Peut-être ailleurs. Peut-être dans une autre vie. »
Ses mains tremblèrent. Les larmes coulèrent sur ses joues, silencieuses. Elle posa le carnet sur le rebord de la fenêtre et regarda le ciel. Les nuages s'écartaient lentement, laissant apparaître une seule étoile, brillante, solitaire.
Elle se souvint de sa promesse : ne pas pleurer. Mais les larmes continuaient de couler, et elle n'avait plus la force de les arrêter.
Dans le silence de la nuit, elle murmura : « Kaël, où es-tu ? »
Mais seul le vent lui répondit, et l'étoile continua de briller, indifférente.
Elle referma le carnet et le serra contre sa poitrine. Elle savait qu'elle ne pourrait jamais l'oublier. Et peut-être, pensa-t-elle, que c'était la plus grande tragédie de toutes : aimer quelqu'un qui ne reviendrait jamais, mais dont l'absence continuait de la définir.
Dehors, la ville s'endormait. Les lumières s'éteignaient une à une. Nayoo resta assise, seule avec son chagrin, et l'étoile continua de briller, comme une promesse inachevée.
Et elle comprit que certaines histoires ne se terminent jamais vraiment. Elles se transforment, elles deviennent des cicatrices, des leçons, des souvenirs. Mais elles ne s'effacent pas.
Elle regarda une dernière fois l'étoile, et elle sut qu'elle ne cesserait jamais de chercher Kaël. Pas dans le ciel, mais dans chaque recoin de son cœur où il avait laissé sa marque.
La nuit était longue, et le chemin devant elle l'était tout autant. Mais quelque part, dans le silence, une voix qu'elle connaissait bien lui souffla : « Continue d'avancer, Nayoo. Les étoiles savent partir, mais elles savent aussi guider ceux qui les aiment. »
Elle ferma les yeux, et pour la première fois depuis trois ans, elle crut entendre son rire, doux et lointain, comme un écho venu d'un autre monde.
Et elle sourit, à travers les larmes.