Chapter 3
Traque au Sahel
La piste mène Le Chat Huant et son équipe au cœur du Sahel. Ils doivent naviguer dans un environnement hostile, pourchassant un intermédiaire clé du réseau. Aïsha utilise ses contacts locaux pour obtenir des informations vitales.
Le soleil cognait sans pitié sur les dunes infinies, transformant l'air en un four incandescent. La vieille jeep, cahotant sur le sable mou, soulevait des nuages de poussière ocre qui s'accrochaient aux visages suintants de sueur du Chat Hanté et de son équipe. L'hostilité du Sahel ne se limitait pas à la chaleur écrasante ; elle résidait dans l'immensité désolée, dans le silence trompeur où le moindre bruit pouvait annoncer un danger mortel.
« On est sûrs de la direction, Aïsha ? » demanda le Chat Hanté, les doigts crispés sur le volant. Ses yeux perçants scrutaient l'horizon, cherchant le moindre signe de vie, le moindre indice qui trahirait la présence de leur cible. Les informations étaient parcellaires, glanées dans les bas-fonds d'une ville portuaire poussiéreuse, concernant un certain Koro, un homme réputé pour sa discrétion et son efficacité dans le transfert de marchandises illicites, et plus particulièrement des fameux « lingots de sang ».
Aïsha, assise à ses côtés, consulta une tablette électronique dont l'écran luttait contre l'éblouissement. « Les contacts locaux confirment qu'il a été vu dans cette région il y a trois jours, se dirigeant vers le nord. Il est censé rencontrer un acheteur dans un oasis isolé. Si on veut le coincer, c'est maintenant ou jamais. » Sa voix, bien que fatiguée, conservait une pointe d'assurance. Elle avait passé des heures à tisser sa toile, à murmurer dans les oreilles des informateurs réticents, à déchiffrer les silences lourds de sens.
Derrière eux, Kofi Mensah, le nouveau venu, observait le paysage défiler avec une intensité inhabituelle. Ses yeux sombres, habituellement si calmes, semblaient capturer chaque détail, chaque nuance du désert qui s'étendait à perte de vue. Il était là, physiquement, mais son esprit semblait ailleurs, comme s'il pesait chaque mouvement, chaque parole, se préparant à une éventualité encore inconnue.
« Ce Koro, il est lié au réseau du Baron ? » demanda Kofi, sa voix grave tranchant avec le bruit du moteur.
Le Chat Hanté jeta un coup d'œil dans le rétroviseur. « Il a travaillé pour lui. Et maintenant, il sert Le Serpent. Il est un maillon essentiel dans la chaîne de distribution des lingots. Si on peut le neutraliser, on coupe une artère importante. »
Le mot « Baron » résonna dans l'habitacle, porteur d'une ombre persistante. Même si l'organisation avait été démantelée, son héritage continuait de gangrener la région. Le Serpent avait su capitaliser sur la peur et la cupidité laissées par son prédécesseur, tissant un nouveau réseau, plus insidieux, plus cruel encore.
La jeep s'arrêta au sommet d'une dune, le moteur se tut. Le silence qui s'abattit était presque assourdissant, seulement troublé par le sifflement du vent. Devant eux, à des kilomètres de distance, un mirage scintillant se dessinait : l'oasis tant recherché.
« On le voit, » murmura le Chat Hanté, pointant du doigt une minuscule tache sombre au milieu de la brillance. « Il y a des tentes. C'est là. »
« Il ne sera pas seul, » ajouta Aïsha, ses doigts pianotant à nouveau sur sa tablette. « Les informations suggèrent que son acheteur est un homme d'affaires influent, un certain Monsieur Diallo. »
Le nom fit une brève pause dans l'esprit du Chat Hanté. Diallo. Un nom commun, mais dans ce contexte, il éveillait une légère méfiance.
« On s'approche à pied, » décida le chef. « Kofi, tu restes avec la jeep. Aïsha, tu viens avec moi. On va faire ça en douceur. »
Kofi acquiesça, son regard ne quittant pas la jeep, comme s'il en était le gardien silencieux.
Sous le soleil implacable, le Chat Hanté et Aïsha avancèrent, leurs silhouettes se découpant sur la crête de la dune. Ils progressaient lentement, utilisant le relief du terrain pour se dissimuler. La chaleur était une torture, chaque pas soulevant des grains de sable brulants qui s'infiltraient dans leurs chaussures.
Arrivés à mi-chemin de l'oasis, ils se couchèrent derrière un amas de rochers. Le tableau qui s'offrait à eux était celui d'une scène paisible, presque idyllique, déguisant le commerce mortel qui s'y déroulait. Autour de quelques tentes bédouines, quelques hommes discutaient à voix basse. Au centre, un homme corpulent, vêtu d'une djellaba blanche impeccable, semblait négocier avec un individu plus frêle, le visage dissimulé par un turban.
« C'est Koro, » murmura Aïsha, ses yeux fixés sur le plus mince des deux hommes. « Et le corpulent… ça doit être Monsieur Diallo. »
« Ils ont la marchandise ? »
« Les lingots de sang… J'ai le sentiment qu'ils sont là. » Aïsha sortit un petit appareil de sa poche, un détecteur d'ondes sophistiqué. Elle le dirigea vers la scène. Quelques secondes plus tard, un léger bip résonna. « Il y a une concentration anormale d'énergie ici. C'est compatible avec ce que nos experts ont détecté sur les échantillons des lingots. »
Le Chat Hanté hocha la tête. L'adrénaline commençait à monter en lui, cette sensation familière qui précédait l'action. « On doit les séparer. Le Serpent ne veut pas que ses affaires soient ébruitées. Diallo est probablement un intermédiaire, Koro est le vrai maillon. »
« Comment on procède ? »
« J'attire l'attention de Koro. Toi, tu te faufiles et tu sécurises les lingots. Ne t'occupe pas de Diallo, il est trop bien protégé. » Le Chat Hanté avait une idée. Une idée risquée, mais c'était souvent ainsi qu'il opérait.
Il fit signe à Aïsha de rester cachée et se leva brusquement, s'exposant au soleil. Il fit quelques pas vers l'oasis, levant les mains en signe de paix apparente.
« Eh ! Vous là-bas ! » cria-t-il, sa voix portée par le vent. « J'ai une proposition à vous faire ! »
Les hommes se tournèrent vers lui, surpris. Koro, le visage fin et nerveux, plissa les yeux. Monsieur Diallo, lui, resta impassible.
« Qui êtes-vous ? » demanda Koro, sa voix rauque.
« Un homme d'affaires, comme vous, » répondit le Chat Hanté, s'avançant un peu plus. « Mais je suis prêt à faire une meilleure offre pour cette… marchandise. »
Koro échangea un regard avec Diallo. Un léger sourire étira les lèvres de ce dernier. « Nous n'avons rien à vendre à un inconnu. »
« Oh, mais vous avez tout à vendre, » insista le Chat Hanté, s'approchant d'une dizaine de mètres. « Surtout quand il s'agit de quelque chose qui rapporte autant. Et qui fait autant de mal. »
Ce dernier commentaire provoqua une réaction. Les gardes de Diallo se mirent à bouger, leurs mains se dirigeant vers leurs ceintures. Koro, lui, sembla se tendre.
« Je ne sais pas de quoi vous parlez, » dit Koro, mais ses yeux trahissaient une nervosité croissante.
« Vous savez très bien, » rétorqua le Chat Hanté, son ton devenant plus dur. « Les lingots de sang. Ce poison que vous distribuez. »
C'est à ce moment qu'Aïsha se mit en mouvement. Profitant de la diversion, elle contourna les rochers, se déplaçant avec une agilité féline dans le sable. Elle se faufila entre les tentes, invisible, ses sens aux aguets. Elle repéra rapidement une petite caisse en bois dissimulée sous un drap. Le bip de son appareil se fit plus insistant. C'était ça.
Pendant ce temps, le Chat Hanté sentait la tension monter. Il savait qu'il avait trop parlé, qu'il avait révélé une partie de sa main. Mais il fallait gagner du temps pour Aïsha.
« Le Serpent vous utilise, » continua-t-il, sa voix se faisant plus grave. « Il vous laisse le sale boulot, et il empoche le gros lot. Vous êtes juste des pions. »
La provocation était évidente. Koro ne put s'empêcher de réagir. « Vous ne savez rien de nous ! »
« Je sais que vous détruisez des vies, » dit le Chat Hanté. « Je sais que vous alimentez la violence. Et je suis là pour y mettre fin. »
Alors qu'il parlait, il aperçut Aïsha s'éloigner furtivement, la caisse à la main. Le signal était donné. Le Chat Hanté fit un pas en arrière, se préparant à la retraite.
« Vous ne m'aurez pas ! » cria Koro, sortant une arme dissimulée sous sa djellaba.
Mais avant qu'il ne puisse tirer, un cri retentit dans l'air. Non pas un cri de douleur, mais un cri de surprise.
Le Chat Hanté et Koro se retournèrent simultanément. À quelques mètres de là, Monsieur Diallo venait de tomber à la renverse, un couteau planté dans le dos. Ses gardes, pris de panique, se mirent à crier et à pointer dans toutes les directions.
Dans la confusion, Aïsha avait disparu. Le Chat Hanté savait qu'elle avait réussi. Mais l'intervention inattendue de ce mystérieux assassin changeait la donne.
« Koro ! On y va ! » hurla un des gardes de Diallo, se précipitant vers le trafiquant.
Koro, le visage livide, n'attendit pas qu'on le lui dise deux fois. Il jeta un dernier regard furieux au Chat Hanté et s'enfuit en direction du désert. Les gardes restants, désorientés, tentaient de comprendre ce qui se passait.
Le Chat Hanté savait qu'il avait perdu Koro pour l'instant. Mais il avait la preuve. Il avait la confirmation que les lingots de sang étaient bien là, et qu'ils passaient par cet intermédiaire.
« Aïsha ! » appela-t-il, sa voix résonnant dans le silence soudain.
Une silhouette émergea des ombres des tentes. C'était Aïsha, le visage impassible, la caisse fermement tenue. « J'ai ce qu'il nous faut. Mais il y avait quelqu'un d'autre. Un tireur. »
« Je l'ai vu tomber, » dit le Chat Hanté. « Koro s'est enfui. On ne peut pas le rattraper maintenant. Mais on a la marchandise. Et on sait qui est le prochain sur la liste. »
Ils se retirèrent rapidement, laissant derrière eux le chaos et le corps de Monsieur Diallo. Le soleil commençait à décliner, projetant de longues ombres sur le sable. La traque au Sahel n'était pas terminée, elle ne faisait que commencer. Et l'intervention de cet assassin inconnu ajoutait une nouvelle couche de complexité, une nouvelle menace qui planait sur leur mission.
Alors qu'ils regagnaient la jeep, le Chat Hanté jeta un dernier regard vers l'oasis. Le désert gardait ses secrets, et il sentait que celui-ci n'avait pas encore révélé toute son ampleur. La mort de Diallo, orchestrée par une main invisible, était un message. Le Serpent n'était pas seulement un criminel, il était un tacticien, capable d'éliminer ses propres alliés pour protéger ses intérêts. Et cette nouvelle forme de violence, cette froideur calculatrice, réveillait en lui le souvenir des heures sombres qu'il avait juré de laisser derrière lui. Le chemin serait long, semé d'embûches, et il savait qu'il ne pourrait compter que sur lui-même et sur son équipe pour y parvenir. Mais une question persistait, lancinante : qui était cet assassin, et pour qui travaillait-il ? La réponse, il le sentait, serait cruciale.