Chapter 1

Le Sourire de Lina

Lina, au sourire éclatant, illumine le village. Sa douceur est un baume pour tous. Pourtant, sous cette façade sereine, une tristesse voilée et un mystère profond sommeillent, inconnus de tous, même d'elle.

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Le soleil caressait les toits de chaume du village d'Aethel, les faisant luire d'une douce chaleur dorée. Les chemins de terre battue, bordés de robustes maisons de pierre aux volets colorés, s'étiraient paresseusement à travers les champs verdoyants. Le murmure joyeux des enfants jouant près de la fontaine centrale se mêlait au chant des oiseaux et au bruissement des feuilles dans les arbres centenaires. C'était un tableau de paix et de sérénité, un havre de tranquillité où le temps semblait s'écouler avec une douceur presque palpable.

Au cœur de cette harmonie résidait Lina. On la voyait partout, et pourtant, elle semblait toujours appartenir à un espace un peu à part, empreint d'une grâce silencieuse. Ses pas légers la menaient de la boulangerie, où elle venait chercher le pain frais pour sa tante Élise, à la petite échoppe de Monsieur Dubois, le marchand, où elle aidait à décharger les nouvelles marchandises. Son sourire était son plus beau trait, un sourire qui illuminait son visage juvénile, faisant pétiller ses yeux d'un bleu profond comme le ciel d'été. Ce sourire était une promesse de bienveillance, un baume réconfortant pour tous ceux qui croisaient son chemin.

« Lina, ma chère ! » lança la vieille Madame Dubois, l'air un peu essoufflé, alors que Lina passait devant son jardin fleuri. « Viens donc me donner un coup de main pour arracher ces mauvaises herbes. Mes vieux os ne sont plus ce qu'ils étaient. »

Sans hésiter, Lina s'approcha, son sourire s'élargissant. « Bien sûr, Madame Dubois. C'est un plaisir. » Elle s'agenouilla près des rosiers, ses mains fines et agiles arrachant avec soin les plantes indésirables, ne touchant jamais aux délicates corolles. La conversation coulait naturellement, ponctuée de rires légers. Lina écoutait avec une attention sincère les anecdotes de Madame Dubois, lui parlant des dernières nouvelles du village, de la récolte des fraises qui s'annonçait prometteuse, de la fête de la moisson qui approchait à grands pas.

Pourtant, si l'on y regardait de plus près, une subtile ombre pouvait parfois effleurer le regard de Lina, une lueur fugace de mélancolie qui semblait se nicher au fond de ses yeux bleus. C'était comme un voile ténu, une tristesse discrète qui contrastait avec l'éclat de son sourire. Elle possédait une douceur rare, une empathie qui la rendait chère à tous. Les enfants venaient se réfugier auprès d'elle lorsqu'ils étaient tristes, les aînés partageaient leurs soucis, et Lina savait toujours trouver les mots justes, un geste réconfortant, un sourire apaisant. Elle était le pilier doux et discret du village, celle sur qui chacun comptait sans même s'en rendre compte.

Ce soir-là, alors que le soleil déclinait, peignant le ciel de teintes orangées et pourpres, Lina se promenait près de la vieille forêt qui bordait Aethel. Elle aimait ces moments de solitude, où le bruissement des feuilles et le chant des grillons devenaient sa seule compagnie. Elle se sentait souvent plus légère, plus elle-même dans ce silence empreint de mystères.

C'est alors qu'elle remarqua quelque chose d'inhabituel. Niché à la lisière des bois, à moitié dissimulé par des fougères et de la mousse, se trouvait un objet qui n'avait pas sa place ici. Il ressemblait à une petite boîte, faite d'un bois sombre et sculpté de motifs étranges, presque organiques, qui semblaient onduler sous les derniers rayons du soleil. Il y avait une aura particulière qui émanait de cet objet, une vibration subtile qui fit frissonner Lina.

Curieuse, elle s'approcha et dégagea doucement la végétation. La boîte était étonnamment légère, mais semblait d'une solidité ancestrale. Elle n'avait pas de serrure apparente, mais au centre de son couvercle, une petite gravure en forme d'œil semblait la fixer. Un sentiment étrange l'envahit, un mélange de fascination et d'une vague appréhension.

Lorsqu'elle posa les doigts sur la gravure, une chaleur inhabituelle se répandit dans sa main, puis dans tout son bras. Ce n'était pas une chaleur brûlante, mais plutôt une énergie douce, vibrante, qui semblait s'éveiller en elle. Soudain, des images fugaces traversèrent son esprit : des éclairs de lumière colorée, des murmures anciens, des sensations oubliées. Des souvenirs, enfouis si profondément qu'elle ne les avait jamais vraiment reconnus comme siens, refaisaient surface.

Elle vit une femme, dont le visage lui était étrangement familier, les mains levées, invoquant une lumière chatoyante. Elle sentit une force immense monter en elle, une puissance brute qu'elle n'avait jamais imaginée. Et puis, la sensation d'un sourire, un sourire différent du sien, plus sauvage, plus vibrant, chargé d'une magie qui résonnait avec chaque fibre de son être.

Lina recula, le souffle coupé, le cœur battant la chamade. La boîte tomba de ses mains et se referma avec un léger clic, redevenant inerte. Les images s'évanouirent, la sensation de chaleur s'amenuisa, mais la secousse intérieure, elle, demeurait. Qu'était-ce que cela ? Un rêve ? Une hallucination ?

Elle ramassa la boîte, songeuse. Elle ne se sentait plus tout à fait la même. Quelque chose s'était éveillé en elle, un écho lointain d'une existence oubliée. Le village d'Aethel, si familier et rassurant, lui apparut soudain sous un jour nouveau, comme s'il recelait des secrets bien plus profonds qu'elle ne le pensait.

Les jours suivants furent empreints d'une nervosité nouvelle pour Lina. Elle continuait ses routines, son sourire toujours présent, mais une inquiétude sourde s'était installée en elle. Les visions fugaces ne la quittaient pas. Parfois, en souriant à un enfant, elle avait l'impression que sa lumière était plus intense, qu'un frémissement d'énergie traversait son être. Elle se surprenait à fixer ses mains, comme si elle s'attendait à y voir apparaître des éclats de lumière.

Elle garda la boîte cachée dans sa chambre, sous des planches de bois du plancher. Elle la sortait parfois, la caressait, essayant de retrouver cette sensation étrange, cette connexion avec quelque chose d'ancien et de puissant. La mélancolie qui l'habitait depuis toujours semblait s'intensifier, mais une curiosité nouvelle venait la tempérer. Elle voulait comprendre.

Un après-midi, alors qu'elle était assise au bord de la rivière, le regard perdu dans le courant, une voix grave et posée la sortit de ses pensées.

« Tu as trouvé quelque chose, n'est-ce pas ? »

Lina sursauta et se retourna vivement. Un homme se tenait là, à quelques pas d'elle. Il était grand, vêtu de vêtements sombres et d'une cape qui semblait flotter malgré l'absence de vent. Son visage était marqué par le temps, mais ses yeux, d'un gris perçant, la fixaient avec une intensité déconcertante. Il dégageait une aura d'énigme, une présence qui ne laissait aucune place au hasard.

Elle sentit un frisson lui parcourir l'échine. Comment pouvait-il savoir ? Elle ne lui avait parlé de rien. « Je… je ne comprends pas, » bredouilla-t-elle, sa voix tremblant légèrement.

L'homme s'avança lentement, son regard ne quittant pas le sien. « La boîte. Tu as trouvé la boîte dans la forêt. Et depuis, quelque chose s'est réveillé en toi. N'est-ce pas ? »

Le cœur de Lina se serra. Il savait. Il savait son secret, le secret qu'elle-même commençait à peine à effleurer. Elle se sentait soudain vulnérable, exposée. « Qui êtes-vous ? » demanda-t-elle, essayant de maîtriser sa peur.

« On m'appelle Kaelan, » répondit-il, un sourire énigmatique étirant ses lèvres. « Et je connais la nature de ce qui sommeille en toi, Lina. Ton sourire… il est plus qu'une simple expression. Il est une clé. »

Lina le regarda, déconcertée. « Une clé ? De quoi parlez-vous ? »

« De la magie qui t'habite, » dit Kaelan, sa voix se faisant plus grave. « Une magie

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