Chapter 3
Chapitre 3 — Celui qui connaît la vérité
Elara suit Kael jusqu'à une taverne isolée. Il lui révèle qu'il était l'apprenti de son père et qu'ils étudiaient la magie interdite ensemble. Kael accepte de l'aider mais refuse de lui dire toute la vérité. Elara ressent de nouveau ses pouvoirs, qui semblent liés à une ancienne magie. Kael la prévient que des menaces les surveillent. Elara décide de lui faire confiance malgré ses doutes, et ils planifient de se rendre aux ruines du temple.
Elara suivit Kael sans un mot, le cœur battant. Ses pas résonnaient sur les pavés humides des ruelles étroites. La ville qu'elle connaissait depuis toujours lui paraissait soudain étrangère, chargée de secrets. Kael marchait vite, jetant parfois des coups d'œil par-dessus son épaule, comme s'il craignait d'être suivi.
Ils s'arrêtèrent devant une taverne délabrée, au bout d'une impasse. Une enseigne rouillée grinçait au vent : «Le Corbeau Boiteux». Kael poussa la porte et fit signe à Elara d'entrer.
À l'intérieur, l'air sentait la bière éventée et la fumée. Quelques clients attardés levaient leur verre sans leur prêter attention. Kael guida Elara vers une table isolée, dans un coin sombre.
— Assieds-toi, dit-il en tirant une chaise.
Elara obéit, le journal de son père toujours serré entre ses doigts. Elle observa Kael tandis qu'il commandait deux thés au tavernier. Ses gestes étaient précis, assurés. Il n'avait pas l'air d'un homme qui agissait à la légère.
— Parle-moi de mon père, demanda-t-elle dès qu'il fut assis en face d'elle.
Kael soupira. Il passa une main dans ses cheveux en désordre, comme s'il cherchait ses mots.
— Aldric était mon mentor, commença-t-il doucement. Il y a six ans, j'étais son apprenti. Nous travaillions sur des textes anciens, des manuscrits que le Conseil interdit depuis des siècles. Ta mère le savait, mais elle ne voulait pas que tu sois mêlée à ça.
— Pourquoi ? souffla Elara.
— Parce que c'est dangereux. Ce que ton père cherchait, c'était une magie oubliée. Une magie qui coule dans le sang de ta famille, Elara. Et quand il s'est approché trop près de la vérité, quelqu'un l'a fait disparaître.
Elara sentit un frisson glacé lui parcourir l'échine. Elle baissa les yeux sur ses mains, où quelques instants plus tôt une lueur argentée avait dansé.
— Cette magie… elle est en moi, murmura-t-elle. Je l'ai sentie. Aujourd'hui, dans la rue, j'ai vu une lumière sur ma peau.
Kael la regarda avec intensité.
— C'est ce que je pensais. Tu as hérité des dons de ton père. Mais ce n'est pas un cadeau, Elara. C'est un poids. Le Conseil pourchasse ceux qui manipulent cette magie. Et si tu continues à l'utiliser, ils te trouveront.
— Je n'ai rien fait, protesta Elara. C'est arrivé tout seul.
— Ça ne changera rien. Déjà, on nous observe.
Il jeta un coup d'œil vers la porte, où une silhouette sombre venait de passer. Elara retient son souffle.
— Qui est-ce ? chuchota-t-elle.
— Des hommes du Conseil. Ils sont partout. Dès que tu commences à chercher, ils le sentent. C'est pour ça que j'ai attendu si longtemps avant de venir te parler.
— Alors pourquoi maintenant ? demanda Elara, la voix tremblante.
— Parce que tu as trouvé le journal, répondit Kael en baissant la voix. Et parce que tu vas bientôt découvrir ce que ton父 a caché. Je ne peux pas te laisser seule.
Elara hésita. Elle ne connaissait pas cet homme. Il pouvait mentir, la manipuler. Mais ses yeux verts étaient sincères, et il parlait de son père avec une tristesse que les mots ne pouvaient trahir.
— Qu'est-ce que tu sais ? demanda-t-elle. Les pages arrachées, tu sais ce qu'elles contiennent ?
Kael secoua la tête.
— Pas tout. Ton père était prudent. Il me montrait des fragments, jamais l'ensemble. Mais je sais où il allait pour travailler. Les ruines du temple, dans la forêt Noire. Il y a caché quelque chose, j'en suis sûr.
— Le bibliothécaire m'a dit la même chose, souffla Elara. Il m'a conseillé d'y aller.
— Il a raison. Mais attention : le temple n'est pas un endroit ordinaire. Il est imprégné de magie ancienne. Si tu n'es pas préparée, tu risques de te perdre, ou pire.
Elara serra le journal contre sa poitrine. Une détermination nouvelle l'habitait.
— Je veux y aller. Tu peux m'accompagner ?
Kael la regarda longuement. Quelque chose passa dans ses yeux, une lueur de doute, ou peut-être de peur.
— Je t'accompagnerai, dit-il enfin. Mais il faut que tu saches une chose : je ne peux pas tout te révéler. Certains secrets ne m'appartiennent pas. Tu devras me faire confiance, même si je ne te dis pas tout.
— Pourquoi ? demanda Elara, un pincement au cœur.
— Parce que je suis lié par une promesse. Et parce que, si tu sais tout trop tôt, tu risques d'attirer la colère du Conseil sur toi et ta famille.
Elara voulut protester, mais Kael leva la main.
— Pour l'instant, concentrons-nous sur le temple. Nous partirons demain, à l'aube. Retrouve-moi à la porte nord de la ville. Et surtout, ne parle de ça à personne, pas même à ta mère.
— Pourquoi pas ? Ma mère sait…
— Ta mère sait des choses, mais elle a peur. Si elle apprend que tu vas aux ruines, elle essaiera de t'en empêcher. Et elle aura peut-être raison.
Elara baissa la tête. Elle pensa à sa mère, assise seule devant son thé refroidi. À ses yeux pleins de larmes quand elle avait crié « pas si cela met ta vie en danger ».
— D'accord, murmura-t-elle. Demain, à l'aube.
Kael hocha la tête. Il se leva, jeta quelques pièces sur la table, puis se dirigea vers la porte. Avant de sortir, il se retourna.
— Elara, dit-il doucement. Méfie-toi des ombres. Elles voient tout.
Il disparut dans la nuit. Elara resta seule, le cœur en tumulte. Elle vida son thé d'une traite, puis quitta la taverne à son tour.
La rue était déserte. Les lampes à huile projetaient des ombres tremblantes sur les murs. Elara marcha vite, le regard fixé droit devant elle. Mais elle ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil furtifs derrière elle, là où l'ombre semblait bouger toute seule.
Soudain, une douleur fulgurante traversa ses tempes. Elle porta la main à sa tête, chancela. Des images lui traversèrent l'esprit : un homme aux cheveux bruns, le visage de son père, une porte de pierre gravée de symboles, et puis un cri, un long cri déchirant.
Elara tomba à genoux, haletante. La vision disparut aussi vite qu'elle était venue, laissant une migraine lancinante et un goût de peur dans la bouche.
— Qu'est-ce qui m'arrive ? murmura-t-elle.
Ses doigts picotaient de nouveau. Elle les regarda : une faible lueur argentée dansait à la surface de sa peau, dessinant des motifs complexes et fugaces. Elle les effleura du bout des doigts, et la lumière s'éteignit.
— La magie de mon père, souffla-t-elle. Elle est en moi.
Elle se releva avec difficulté, s'appuya contre le mur. Il fallait qu'elle rentre, qu'elle se prépare pour demain. Mais une question la hantait : pourquoi Kael refusait-il de lui dire toute la vérité ? Et que cachait la promesse qui le liait ?
Elara serra les poings. Elle trouverait les réponses, coûte que coûte.
Le lendemain, avant l'aube, elle quitta la maison sans bruit. Elle laissa un mot à sa mère, juste quelques mots : « Ne t'inquiète pas. Je dois savoir. »
La porte nord de la ville se dressait dans la pénombre, massive et silencieuse. Kael l'attendait, adossé au mur de pierre. Il tenait un sac à dos et une lanterne.
— Tu es venue, dit-il avec un sourire.
— Je suis venue, répondit Elara.
Ils échangèrent un regard, et dans ce regard, il y avait une promesse d'aventure, de danger, et peut-être de quelque chose d'autre, d'indéfini, qui faisait battre le cœur d'Elara plus vite.
— Allons-y, dit Kael en allumant la lanterne.
Ils s'enfoncèrent dans la forêt Noire, laissant derrière eux la ville et ses secrets. Elara sentit la magie vibrer en elle, comme une bête qui s'éveille. Elle ne savait pas ce qu'ils trouveraient au temple, mais elle savait une chose : sa vie ne serait plus jamais la même.
Derrière eux, dans l'ombre d'un arbre, une silhouette les observait. Une main se leva, et un corbeau noir s'envola vers l'horizon, porteur d'un message que personne ne voulait recevoir.