Chapter 2
Les secrets de la famille
Elara commence son enquête discrètement, interrogeant sa mère et fouillant les archives de la ville. Elle découvre que sa famille cache activement des informations sur la disparition de son père et sur une ancienne magie interdite. Ses propres pouvoirs se manifestent de manière inattendue, et elle réalise qu'elle doit creuser plus profondément, malgré les avertissements.
Le lendemain matin, Elara se réveilla avec une sensation d'urgence qui lui serrait la poitrine. Le journal de son père était sous son oreiller, comme un secret qu'elle gardait jalousement. Elle avait à peine dormi, hantée par les mots qu'elle avait lus. "Ne fais confiance à personne." Mais comment pouvait-elle avancer seule ?
Au petit-déjeuner, sa mère était déjà à table, une tasse de thé fumant entre les mains. La lumière du matin éclairait ses traits fatigués, et Elara remarqua pour la première fois les cernes sous ses yeux. Elle avait toujours été réservée, mais depuis la découverte du journal, Elara voyait chaque silence comme une accusation.
— Maman, commença-t-elle d'une voix qu'elle espérait neutre, tu te souviens de ce que papa faisait avant de disparaître ?
Sa mère marqua une pause, la tasse suspendue à ses lèvres. Son regard se fit lointain, presque douloureux.
— Il travaillait beaucoup, répondit-elle enfin. Il était toujours dans son atelier, ou à la bibliothèque. Pourquoi cette question ?
— Simple curiosité, mentit Elara en haussant les épaules. J'ai trouvé de vieux papiers dans le grenier.
Sa mère posa la tasse avec un claquement sec. Ses doigts tremblaient légèrement.
— Il vaut mieux laisser le passé tranquille, Elara. Certaines choses ne doivent pas être déterrées.
— Mais pourquoi ? insista-t-elle, sentant la colère monter. C'était mon père. J'ai le droit de savoir ce qui lui est arrivé.
— Non, tu n'as pas le droit, répliqua sa mère d'une voix soudainement dure. Pas si ça met ta vie en danger.
Elara resta figée. Sa mère n'avait jamais parlé de danger auparavant. Elle avait toujours éludé, changé de sujet, mais jamais elle n'avait admis qu'il y avait une menace.
— Tu sais quelque chose, murmura Elara. Tu sais pourquoi il est parti.
Sa mère détourna le regard. Ses épaules s'affaissèrent, et pendant un instant, elle parut vieille, usée par des années de silence.
— Je ne peux pas t'en parler, souffla-t-elle. Pas encore. Mais promets-moi de ne pas chercher plus loin. Pour ton bien.
— Je ne peux pas promettre ça, répondit Elara en se levant.
Elle quitta la table sans un mot de plus, laissant sa mère seule avec son thé refroidi. Son cœur battait à tout rompre. Sa famille lui cachait quelque chose, et elle était déterminée à le découvrir.
La bibliothèque municipale était un vieux bâtiment de pierre grise, niché au cœur de la ville. Ses hautes fenêtres laissaient filtrer une lumière tamisée, et l'odeur du papier ancien flottait dans l'air. Elara y était venue souvent, mais jamais avec un but aussi précis.
Elle se dirigea vers les archives, une salle poussiéreuse que peu de gens fréquentaient. Les registres s'empilaient sur des étagères branlantes, certains si vieux que leurs pages jaunies menaçaient de s'effriter. Elle chercha les dossiers datant de l'année de la disparition de son père, il y a six ans.
Pendant des heures, elle fouilla. Elle lut des rapports de naissances, de mariages, de décès. Rien. Aucune mention d'Aldric Vesper. C'était comme s'il n'avait jamais existé.
— Vous cherchez quelque chose ?
Elara sursauta. Un bibliothécaire se tenait derrière elle, un homme âgé aux yeux perçants. Il portait une robe sombre et tenait un livre sous le bras.
— Je... je cherche des informations sur un disparu, répondit-elle prudemment. Mon père.
Le visage de l'homme se ferma. Il posa le livre sur une table et s'approcha.
— Vous êtes la fille d'Aldric, n'est-ce pas ? Je me souviens de lui. Il venait souvent ici, à la fin. Il consultait des textes anciens, des manuscrits interdits.
— Interdits ? répéta Elara, le cœur battant.
— Oui. Il s'intéressait à des choses que le Conseil préfère oublier. Des légendes sur une magie oubliée, des rituels dangereux. Je lui ai dit de faire attention, mais il n'écoutait pas.
Elara sentit un frisson lui parcourir l'échine. Elle sortit le journal de sa poche et le montra au bibliothécaire.
— Il a laissé ce journal. Mais des pages ont été arrachées. Est-ce que vous savez ce qu'elles contenaient ?
L'homme examina le livre avec attention. Ses doigts effleurèrent la reliure, comme s'il reconnaissait un vieil ami.
— Je ne peux pas vous aider, dit-il enfin. Ce que votre père a découvert, il l'a emporté dans sa tombe. Mais si vous voulez un conseil, oubliez tout cela. La vérité est parfois plus dangereuse que le mensonge.
— Je ne peux pas oublier, insista Elara. C'est mon père.
Le bibliothécaire soupira. Il jeta un coup d'œil autour d'eux, comme s'il craignait d'être écouté.
— Il y a un endroit, murmura-t-il. Les ruines de l'ancien temple, à l'orée de la forêt Noire. Votre père y allait souvent. Peut-être y trouverez-vous des réponses. Mais soyez prudente. Certains secrets ne veulent pas être découverts.
Avant qu'Elara puisse le remercier, il tourna les talons et disparut entre les rayonnages. Elle resta seule, le journal serré contre sa poitrine, une nouvelle piste brûlante dans son esprit.
Elle quitta la bibliothèque précipitamment. Dehors, le soleil était déjà haut, mais une brume légère flottait dans les rues. Elara marchait vite, les yeux fixés devant elle, quand une sensation étrange l'envahit. Ses doigts picotèrent de nouveau, et cette fois, elle vit une lueur argentée danser sur sa peau.
Elle s'arrêta net, le souffle coupé. La lueur disparut aussi vite qu'elle était apparue, mais Elara savait qu'elle n'avait pas rêvé. C'était réel. La magie dont parlait son père était en elle.
— Ça va ?
Une voix douce la tira de ses pensées. Elle leva les yeux et vit un jeune homme debout devant elle. Il avait des cheveux bruns en bataille et des yeux d'un vert profond, presque troublants. Il portait une veste en cuir usée et tenait un livre à la main.
— Oui, ça va, balbutia Elara. Juste un peu fatiguée.
— Vous êtes Elara Vesper, n'est-ce pas ? demanda-t-il avec un sourire étrange.
— Comment connaissez-vous mon nom ?
— Je connaissais votre père, répondit-il simplement. Je m'appelle Kael. Je peux vous aider.
Elara hésita. "Ne fais confiance à personne." Mais ses yeux étaient sincères, et il avait prononcé le nom de son père avec une familiarité qui la troublait.
— M'aider à quoi ? demanda-t-elle prudemment.
— À trouver la vérité, dit-il en baissant la voix. Je sais ce qui est arrivé à votre père. Et je sais pourquoi on lui a volé ses pages.
Le cœur d'Elara s'emballa. C'était trop beau pour être vrai. Mais elle avait besoin de réponses, et cet inconnu semblait les détenir.
— Pourquoi devrais-je vous faire confiance ?
— Parce que je suis le seul à pouvoir vous guider, répondit Kael. Et parce que le temps presse. Certaines personnes ne veulent pas que vous découvriez la vérité.
Il jeta un coup d'œil par-dessus son épaule, comme s'il sentait une présence.
— Suivez-moi, dit-il. Je vous expliquerai tout, mais pas ici.
Elara hésita une seconde de plus. Puis, poussée par une intuition qu'elle ne comprenait pas, elle hocha la tête. Elle le suivit dans les ruelles étroites de la ville, le journal de son père toujours serré contre elle, et une certitude grandissante dans son cœur : sa vie venait de basculer pour de bon.
Derrière elle, dans l'ombre d'une porte cochère, sa mère la regardait partir, les larmes aux yeux.