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Chapter 2

Chapitre 2 : L'Étau

Élise fuit la silhouette dans les rues pluvieuses de Paris, se réfugie dans un bar et tente de percer le mystère de la photo. Un second appel la force à se rendre à un rendez-vous dangereux.

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La silhouette fit un pas en avant. Élise réagit sans réfléchir. Elle jaillit de la cabine, la photo toujours serrée contre sa poitrine, et courut. Ses semelles giflaient le trottoir mouillé. La pluie lui cinglait le visage, aveuglante.

Elle tourna à gauche, puis à droite, sans savoir où elle allait. Les ruelles étroites du quartier s'enroulaient autour d'elle comme un labyrinthe. Son souffle court brûlait dans sa gorge. Derrière elle, des pas. Rapides. Réguliers. Qui ne ralentissaient pas.

Elle bifurqua dans une impasse. Une impasse. Elle jura entre ses dents. Au fond, une grille fermée par un cadenas rouillé. Elle fit demi-tour, mais l'ombre se tenait déjà à l'entrée, bloquant le passage.

Élise recula jusqu'à la grille. Ses doigts tremblants trouvèrent le cadenas. Elle tira, tira encore. Rien. L'ombre avançait, lente, comme si elle savait que sa proie ne pouvait plus fuir.

— Qu'est-ce que vous voulez ? cria Élise, la voix brisée.

L'ombre s'arrêta. Un silence humide s'installa entre elles, troublé seulement par la pluie et le halètement d'Élise.

— Je ne te veux aucun mal, dit une voix. Une vraie voix, humaine, grave, presque douce. Mais tu dois comprendre ce qui s'est passé.

— Comprendre quoi ? Je ne vous connais pas !

— Regarde la photo, Élise. Regarde-la vraiment.

Elle baissa les yeux sur l'image trempée. L'homme souriait. Ses yeux, à moitié dans l'ombre du parasol, semblaient la fixer. Quelque chose dans la courbe de son sourire éveilla une sensation familière, une chaleur au creux de son ventre. Puis la peur revint, plus froide que la pluie.

— Je ne me souviens pas, dit-elle. Je ne peux pas me souvenir de quelqu'un que je n'ai jamais connu.

— Tu mens, dit la voix. Tu mens très bien, mais tu mens. Cette photo a été prise le 14 juillet 2012. Le soir de la fête nationale. Tu portais une robe bleue. Tu avais bu deux verres de muscat. Et tu es partie avec lui.

Élise sentit ses jambes flageoler. Le 14 juillet. Une robe bleue. Le muscat. Des détails émergeaient du brouillard, flous, insaisissables, mais présents. Comme une mélodie oubliée dont on retrouve soudain quelques notes.

— Je... je ne me souviens pas de la suite, murmura-t-elle.

— Non, répondit l'ombre. Tu as fait en sorte d'oublier. Mais le passé finit toujours par revenir.

Un bruit sourd au bout de la rue. Une voiture. L'ombre tourna la tête une fraction de seconde. Élise en profita. Elle projeta son épaule contre une porte latérale, une vieille porte de bois qui céda dans un craquement sec. Elle bascula dans l'obscurité d'un couloir, se releva, referma derrière elle.

Le silence. Les battements de son cœur. Le goutte-à-goutte de ses vêtements détrempés.

Elle était dans un immeuble abandonné. L'odeur de poussière et de plâtre humide lui remplit les narines. Par une fenêtre cassée, un rayon de lune pâle éclairait des gravats. Elle s'adossa au mur, ferma les yeux, essaya de calmer sa respiration.

Quand elle les rouvrit, elle regarda de nouveau la photo. L'homme. Le café. La date. 14 juillet 2012. Elle avait vingt-deux ans. C'était l'été où elle avait quitté Sète pour Paris. L'été où elle avait tout laissé derrière elle : ses études, ses amis, sa famille. Et, apparemment, cet homme.

Elle retourna la photo. Les mots dansaient sous ses yeux. « Tu m'as tué. »

Non. Impossible. Elle n'avait jamais tué personne. Mais alors, pourquoi ces images floues lui revenaient-elles ? Un éclat de rire. Une main dans la sienne. Le bruit des vagues. Et puis — rien. Un vide noir.

Son téléphone vibra dans sa poche. Elle sursauta, le sortit d'une main tremblante. Un SMS d'un numéro inconnu : « Tu as vingt minutes pour arriver au 27 quai de la Tournelle. Troisième étage. Porte gauche. Viens seule ou la police trouvera demain matin ce que tu as caché en 2012. »

Elle relut le message trois fois. 27 quai de la Tournelle. Un appartement sur les quais de Seine. Elle connaissait cette adresse. Elle y était allée. Une fois. Une seule.

Le passé n'était pas seulement en train de revenir. Il était en train de la rattraper.

Elle regarda autour d'elle. L'immeuble abandonné offrait une issue par une cour intérieure. Elle traversa les décombres, poussa une porte de fer, déboucha dans une rue parallèle. Personne. La pluie avait cessé, remplacée par un brouillard épais qui collait aux réverbères.

Elle marcha vite, gardant la photo dans sa poche intérieure, contre son cœur. Les panneaux de rue défilaient : rue de la Roquette, place de la Bastille, boulevard Henri IV. Elle connaissait ce quartier. Elle y avait vécu quelques mois, après Sète. Après l'été.

Le quai de la Tournelle apparut dans la brume. La Seine coulait, noire et lisse, reflétant les lumières du Pont de Sully. Le numéro 27 était un immeuble haussmannien, façade grise, fenêtres hautes. La porte cochère était ouverte.

Élise hésita. Son instinct lui hurlait de fuir. Mais les mots du SMS résonnaient : la police trouverait ce qu'elle avait caché en 2012. Elle ignorait ce que c'était, mais la menace était assez réelle pour la faire avancer.

Elle entra. L'escalier en marbre montait dans la pénombre. Ses pas résonnaient sous la voûte. Troisième étage. Porte gauche. Une plaque de cuivre indiquait M. Fontaine. Elle frappa.

La porte s'ouvrit sans bruit. Un homme se tenait dans l'embrasure. Grand, brun, les traits tirés. Les mêmes yeux que sur la photo. Le même sourire, fatigué, mais réel.

— Bonsoir, Élise, dit-il. Je t'attendais.

Elle resta figée, la main encore levée pour frapper une seconde fois. L'homme de la photo. Vivant.

— Tu n'es pas mort, souffla-t-elle.

— Non, répondit-il. Mais quelqu'un aimerait bien que tu croies le contraire.

Il s'écarta pour la laisser entrer. Derrière lui, l'appartement était plongé dans l'obscurité, à l'exception d'une seule lampe sur une table basse, au fond du salon. La silhouette de l'ombre, immobile, se découpait devant la fenêtre.

— Je vous ai dit que vous ne pouviez pas fuir votre passé, dit la voix désormais humaine. Il vous rattrape toujours.

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