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Chapter 3

Chapitre 3 : La Chambre des Ombres

Élise pénètre dans l'appartement de M. Fontaine, où l'homme de la photo et la silhouette l'attendent. Confrontée à des fragments de mémoire et à des accusations voilées, elle apprend que quelqu'un d'autre manipule les fils. Une révélation soudaine la force à choisir entre fuir et découvrir la vérité.

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L'appartement sentait le renfermé et le papier vieilli. Élise franchit le seuil, les jambes lourdes, la photo toujours pressée contre sa poitrine. La porte se referma derrière elle avec un claquement sourd qui résonna dans le silence.

L'homme de la photo — celui qu'elle avait cru mort — la regardait avec une intensité qui lui nouait l'estomac. Il portait une chemise blanche froissée, les manches retroussées sur des avant-bras nerveux. Ses yeux, les mêmes que sur l'image, semblaient plus creusés, plus fatigués.

— Assieds-toi, dit-il. Nous avons à parler.

Élise resta debout. Elle jeta un coup d'œil vers la silhouette qui se tenait toujours devant la fenêtre, dos à la pièce. La lumière de la lampe projetait son ombre déformée sur le mur du fond.

— Qui êtes-vous ? demanda Élise. Tous les deux.

L'homme de la photo soupira. Il s'assit sur le bord de la table basse, les mains croisées entre ses genoux.

— Je m'appelle Julien. Julien Fontaine. Et lui... il tourna la tête vers la silhouette... c'est Marc. Marc Delaunay.

La silhouette se retourna lentement. Élise vit enfin son visage : des traits anguleux, une barbe de plusieurs jours, des yeux gris qui semblaient la fouiller. Il était plus jeune que Julien, peut-être trente ans. Il tenait à la main un téléphone.

— C'est toi qui m'as appelée, dit Élise. Ce soir. La cabine. La photo.

— Oui, dit Marc. Mais je ne suis pas celui qui t'a envoyé le SMS.

Élise sentit le sol se dérober sous elle.

— Quoi ?

Julien se leva. Il s'approcha d'elle, mais s'arrêta à un mètre, comme s'il craignait de la toucher.

— Élise, écoute-moi. Marc et moi, on travaille ensemble. On a suivi la même piste. Celle de l'été 2012. Et on a découvert que quelqu'un d'autre est sur cette affaire. Quelqu'un qui veut te faire porter un meurtre que tu n'as pas commis.

— Quel meurtre ? souffla-t-elle. Je ne me souviens de rien.

Marc rangea le téléphone dans sa poche et s'avança. Il tira une enveloppe de sa veste et la tendit à Élise.

— Regarde.

Elle hésita, puis prit l'enveloppe. Ses doigts tremblaient en l'ouvrant. À l'intérieur, une autre photo. Celle d'un homme qu'elle ne reconnut pas : la cinquantaine, cheveux gris, costume sombre. Au dos, une date : 15 juillet 2012. Et une adresse : 27 quai de la Tournelle.

— C'est qui ? demanda-t-elle.

— Antoine Vernet, dit Julien. Un avocat. Il a été retrouvé mort dans cet appartement le matin du 15 juillet 2012. La police a conclu à un suicide. Mais ce n'en était pas un.

Élise fixa la photo. Quelque chose remua dans les profondeurs de sa mémoire. Une porte qui s'entrouvrait sur un couloir sombre. Elle cligna des yeux, chassa l'image.

— Et quel rapport avec moi ?

Marc et Julien échangèrent un regard.

— Tu étais là cette nuit-là, dit Marc. Toi et une autre personne. La même qui te traque aujourd'hui.

— Je ne me souviens pas, répéta Élise, la voix plus haute.

Julien s'approcha encore d'un pas.

— Tu as refoulé ce souvenir, Élise. Parce que c'était trop violent. Mais il est là, quelque part. Et celui qui te menace veut que tu le retrouves. Pour que tu témoignes.

— Témoigner contre qui ?

Marc répondit sans hésiter :

— Contre la personne qui a tué Vernet. Et qui est encore en liberté.

Le silence retomba. Élise sentit la photo brûler entre ses doigts. La pièce lui semblait trop petite, trop close. Elle voulut fuir, mais ses jambes refusèrent de bouger.

— Pourquoi maintenant ? demanda-t-elle. Pourquoi ce soir ?

— Parce que le délai expire demain, dit Julien. Le 14 juillet 2024. Douze ans après. La prescription pour un meurtre non élucidé est de douze ans. Après demain, plus personne ne pourra être jugé.

— Et celui qui te menace, ajouta Marc, veut que tu parles avant. Pour que justice soit faite. Ou pour que tu sois réduite au silence.

Élise laissa tomber la photo. Elle tomba sur le parquet, face contre terre.

— Je ne peux pas, murmura-t-elle. Je ne me souviens pas assez. C'est un trou noir.

Julien s'accroupit devant elle, la prit par les épaules. Ses mains étaient chaudes, fermes.

— Tu peux. Je vais t'aider. Mais il faut qu'on sorte d'ici. Maintenant.

— Pourquoi ?

Marc marcha vers la fenêtre, écarta le rideau d'un doigt.

— Parce qu'on n'est pas seuls. Depuis tout à l'heure, une voiture est garée en bas. Phares éteints. Moteur allumé. Quelqu'un nous observe.

Élise regarda par la fenêtre. À travers le brouillard, elle distingua une berline noire, immobile, tous feux éteints. Une silhouette indistincte derrière le volant.

— C'est lui, souffla-t-elle.

— Peut-être, dit Marc. Mais on a une chance. Il y a une sortie par la cour intérieure, par les toits. Tu nous suis ?

Élise regarda Julien. Ses yeux étaient graves, mais pas menaçants. Elle prit une longue inspiration.

— Oui.

Ils se dirigèrent vers la cuisine, où Marc ouvrit une fenêtre donnant sur une coursive métallique. Julien aida Élise à enjamber le rebord. L'air froid du dehors lui gifla le visage.

— Par là, dit Marc en désignant une échelle de secours.

Ils descendirent dans l'obscurité, leurs pas résonnant sur le métal. Quand ils touchèrent le sol de la cour, un bruit les figea. Le grincement d'une porte qu'on ouvre, quelque part dans l'immeuble.

— Vite, chuchota Julien.

Ils traversèrent la cour en courant, passèrent par une brèche dans le mur du fond, et débouchèrent dans une ruelle étroite. Le brouillard les enveloppa, les rendant invisibles.

Élise s'arrêta, hors d'haleine, adossée à un mur de briques. Elle regarda ses deux compagnons. Marc vérifiait le chargeur de son téléphone. Julien guettait l'entrée de la ruelle.

— Maintenant, dit-elle, dites-moi la vérité. Toute la vérité.

Julien se tourna vers elle. Ses yeux brillaient d'une lueur étrange.

— La vérité, Élise, c'est que tu n'as pas tué Antoine Vernet. Mais tu sais qui l'a fait. Et cette personne te cherche. Pas pour te réduire au silence. Pour que tu te souviennes.

— Pour que je me souvienne ? répéta-t-elle, incrédule.

— Oui, dit Marc. Parce que toi seule peux l'innocenter. Ou l'accuser.

Élise sentit un frisson lui parcourir l'échine. La mémoire lui revenait par fragments : une dispute, un verre brisé, une porte qui claque. Et un visage. Un visage qu'elle connaissait.

— Mon Dieu, murmura-t-elle.

— Quoi ? demanda Julien.

— Je crois que je me souviens.

Avant qu'elle puisse continuer, le téléphone de Marc sonna. Il décrocha, écouta une seconde, puis blêmit.

— Il faut y aller, dit-il. Il sait qu'on est ici. Il arrive.

Au bout de la ruelle, une ombre se profila dans le brouillard. Grande. Immobile. Qui les regardait.

Élise serra la photo contre elle. Le passé venait de frapper à sa porte. Et cette fois, il n'allait pas repartir sans réponse.

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