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Chapter 3

Chapitre 3 — Le murmure des racines

Alors que l'aube approche, Silas prépare une protection temporaire tandis qu'Élise découvre un jardin secret au cœur du château. L'ombre se manifeste à nouveau, exigeant que la dette soit payée avant la nouvelle lune. Arón confie à Élise un choix qui pourrait tout changer.

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Le silence retomba dans la salle ronde, lourd comme une chape de plomb. Élise sentait encore la pression des doigts d'Arón contre sa paume, là où la rose noire palpitait doucement.

— Il faut la mettre à l'abri, dit Silas en enroulant son parchemin. L'ombre reviendra avant que le jour ne se lève complètement.

Arón secoua la tête, ses yeux rouges fixés sur la jeune femme.

— Non. Elle doit voir.

— Voir quoi ? demanda Élise.

Il la prit par l'épaule, la guidant hors de la salle ronde. Ses pas résonnaient sur les pierres humides, et elle le suivait sans poser de questions, trop fatiguée pour avoir peur.

Ils traversèrent un long couloir où des torches s'allumaient seules à leur passage. Les murs étaient couverts de fresques effacées par le temps, représentant des scènes qu'Élise ne comprenait pas : une femme aux cheveux sombres tendant la main vers un homme couronné d'épines, une rose noire s'épanouissant au-dessus d'un tombeau.

— C'est elle ? demanda Élise. Rosalinde ?

Arón ralentit. Il s'arrêta devant une fresque où la femme apparaissait, un enfant dans les bras.

— Oui. Elle était la dernière gardienne de la marque avant toi.

— Que lui est-il arrivé ?

Il ne répondit pas tout de suite. Ses doigts effleurèrent le visage peint de la femme.

— Elle a choisi de mourir plutôt que de livrer la marque à ceux qui la voulaient. Elle a scellé la promesse dans son sang, et la marque a disparu avec elle.

— Jusqu'à aujourd'hui, murmura Élise.

Arón la regarda, et quelque chose dans son expression changea. Une lueur qu'elle ne savait pas interpréter.

— Viens, dit-il. Il y a autre chose que tu dois voir.

Ils descendirent un escalier en colimaçon. Les murs se firent plus humides, et une odeur de terre monta. Au bout d'un moment, ils débouchèrent dans une petite cour intérieure, ouverte sur le ciel nocturne. Des plantes grimpantes recouvraient les murs, et au centre, un rosier noir aux fleurs fermées se dressait.

— C'est le jardin des promesses, dit Arón. Chaque fois qu'une gardienne de la marque acceptait son destin, une rose s'ouvrait.

Élise s'approcha. Le rosier était sec, ses branches tordues comme des doigts suppliants.

— Il est mort, dit-elle.

— Il attendait.

Elle tendit la main vers la branche la plus proche. Ses doigts effleurèrent l'écorce rugueuse, et soudain, une lueur noire parcourut la plante. Une fleur s'ouvrit lentement, ses pétales d'un noir profond scintillant d'une lumière intérieure.

Élise retira sa main, le souffle coupé.

— Comment...

— La marque, dit Arón. Elle est vivante. Et elle te reconnaît.

Il s'approcha d'elle, ses yeux rouges captant la lumière de la rose.

— Écoute-moi, Élise. Tu n'es pas obligée d'accepter ce destin. Tu peux partir. Je te donnerai de quoi vivre loin d'ici, loin de cette ombre.

Elle le regarda, cherchant une faille dans ses mots.

— Mais si je pars, que se passera-t-il ?

— L'ombre te suivra. Elle te trouvera. Et elle prendra la marque de force.

— Alors je reste, dit Élise.

Sa voix était ferme, plus ferme qu'elle ne l'avait sentie depuis longtemps.

— Je reste, et je veux comprendre.

Arón inclina la tête, un sourire triste aux lèvres.

— Alors il faut que tu rencontres ceux qui t'attendent.

Il la ramena à l'intérieur du château. Dans une grande salle éclairée par des chandelles, plusieurs personnes les attendaient. Élise reconnut Silas, qui tenait un livre ouvert. À ses côtés se tenait un homme aux cheveux sombres et aux yeux verts, vêtu de cuir patiné, qui l'observait avec une intensité calme.

— Silvanus, dit Arón. Mon herboriste.

L'homme inclina la tête.

— Mademoiselle.

— Et voici Morgane.

Une femme âgée, vêtue de robes sombres et fluides, s'avança. Son visage ridé était empreint de douceur, mais ses yeux noirs semblaient voir au-delà des apparences.

— Bienvenue, Élise, dit Morgane d'une voix calme. Nous t'attendions.

— Vous saviez que je viendrais ? demanda Élise.

Morgane échangea un regard avec Arón.

— La prophétie parlait d'une fille marquée par la rose noire, qui viendrait briser le sceau. Mais elle ne disait pas quand, ni comment.

— Et maintenant ? demanda Élise.

— Maintenant, il faut que tu apprennes à contrôler la marque, dit Silvanus. Car elle est plus qu'un symbole. Elle est une arme. Et une faiblesse.

— Une faiblesse ?

— L'ombre peut l'utiliser contre toi, dit Arón. Si elle parvient à la toucher, elle pourra s'en emparer.

Élise regarda sa main. La rose noire palpitait doucement, comme un cœur.

— Comment je l'apprends ?

— En restant ici, dit Morgane. En acceptant ce que tu es.

— Et en survivant jusqu'à la nouvelle lune, ajouta Silas.

Un silence tomba. Élise sentit le poids de leurs regards.

— Et après la nouvelle lune ? demanda-t-elle.

Arón s'approcha d'elle, si près qu'elle sentit la fraîcheur de sa peau.

— Après, tu devras faire un choix. Accepter la promesse... ou la briser définitivement.

— Et si je la brise ?

— Alors la marque disparaîtra, et l'ombre aussi. Mais toi aussi, tu disparaîtras.

Élise ouvrit la bouche, mais aucun mot n'en sortit.

— C'est pour cela que tu dois apprendre, dit Morgane. Pour avoir le choix.

Soudain, une vibration parcourut le sol. Les chandelles vacillèrent. Une ombre plus dense que les autres rampait sur le mur derrière eux.

— Elle revient, dit Silvanus.

Arón se tourna, ses yeux rouges flamboyant.

— Protégez-la.

— Non, dit Élise. Je veux voir.

Elle fit un pas en avant, sa main marquée levée.

— Tu es folle, murmura Silvanus.

— Peut-être. Mais si je dois apprendre, autant commencer maintenant.

L'ombre s'épaissit, formant une silhouette aux contours imprécis. Une voix rauque en sortit :

— La petite veut jouer ?

Élise sentit la marque brûler dans sa paume. Une chaleur monta le long de son bras, et elle vit une lueur noire courir sur sa peau.

— Tu ne m'auras pas, dit-elle.

L'ombre ricana.

— Tu es si sûre ?

Elle s'avança, et Élise recula d'un pas. Mais Arón était derrière elle, ses mains posées sur ses épaules.

— N'aie pas peur, murmura-t-il. Fais-lui face.

Élise releva la tête. Elle regarda l'ombre, et la rose noire s'embrasa.

— Je ne suis plus une victime, dit-elle. Je ne le suis plus.

L'ombre hésita un instant. Puis elle se retira, lentement, comme une marée qui reflue.

— Ce n'est que le début, dit-elle. La nouvelle lune approche. Et la dette sera payée.

Elle disparut. Le silence revint.

Élise baissa les yeux sur sa main. La rose noire brillait doucement, mais sa lueur vacillait, comme une flamme qui lutte contre le vent.

— Bien joué, dit Silvanus. Mais ce n'était qu'un test.

— Je sais, dit Élise. Je sais.

Elle se tourna vers Arón.

— Apprends-moi. Apprends-moi tout.

Il la regarda, et pour la première fois, elle vit autre chose que de la mélancolie dans ses yeux. Une étincelle d'espoir.

— Dès demain, dit-il. Dès l'aube.

Mais sous leurs pieds, la terre trembla à nouveau. Et dans le jardin secret, le rosier noir frémit, ses fleurs fermées s'ouvrant une à une, comme pour compter les jours qui restaient.

La nouvelle lune n'était plus très loin.

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