AIBookCraft

Chapter 2

Chapitre 2 — Les murmures de la pierre

Du haut de la bibliothèque, Maître Silas observe le réveil du château et la rencontre entre Élise et Arón. Il perçoit l'écho d'un ancien pacte et comprend que la marque de la rose noire est bien plus qu'une clé : elle est le sceau d'une promesse oubliée. Mais un mouvement dans l'ombre du tombeau lui révèle que d'autres forces s'éveillent.

8 min read

Maître Silas se tenait immobile dans l'embrasure de la porte de la bibliothèque, ses doigts effleurant la reliure usée d'un grimoire qu'il n'avait pas ouvert depuis des décennies. La lumière noire avait traversé les murs du château comme une respiration, et il l'avait sentie jusque dans ses os. Il ferma les yeux un instant, écoutant les vibrations qui s'éloignaient dans les pierres.

Il avait vu beaucoup de choses en trois cents ans. Des guerres, des trêves, des promesses brisées. Mais jamais il n'avait senti le château lui-même s'éveiller.

Il descendit les escaliers en colimaçon, ses pas mesurés sur les marches de pierre. Le hall principal était transformé. Les tapisseries, qui n'étaient que des lambeaux de toile grise quelques instants plus tôt, arboraient désormais des teintes profondes de pourpre et d'or. Les vitraux brisés s'étaient reformés, projetant sur le sol des motifs de roses et de lune. L'air lui-même avait changé : il était plus lourd, chargé d'une odeur de terre humide et de fleurs anciennes.

Il s'arrêta à l'entrée de la salle ronde et observa.

Le tombeau était ouvert. Son couvercle de marbre noir gisait sur le côté, fracturé en deux morceaux. De la brume argentée s'élevait encore de l'intérieur, mais elle s'amenuisait, se dissipait comme un souffle dans l'air froid.

Et devant lui, Arón.

Le roi des vampires se tenait debout, ses mains tenant celles d'une jeune femme aux cheveux sombres. Elle tremblait. Silas pouvait voir ses épaules frémir sous la veste légère, ses doigts crispés sur ceux d'Arón. Mais elle ne fuyait pas.

La marque sur sa paume gauche brillait d'un éclat noir, tout comme la rose gravée sur le flanc du tombeau.

Silas resta en retrait, dans l'ombre. Il n'était pas encore temps de se manifester.

— Bienvenue chez toi, Élise, dit Arón, sa voix grave résonnant contre les murs de pierre.

La jeune femme leva les yeux vers lui. Ses lèvres bougèrent, mais aucun son n'en sortit. Elle avait l'air perdue, comme un oiseau tombé du nid.

— Je ne comprends pas, murmura-t-elle enfin. Qu'est-ce que tout cela signifie ?

Arón déposa un baiser et

relâcha doucement une de ses mains pour toucher la marque sur sa paume. Son pouce effleura les pétales noirs avec une tendresse que Silas ne lui avait jamais vue.

— Cette rose a été scellée il y a très longtemps, dit-il. Par une promesse. Une promesse que j'ai faite à une femme qui n'est plus là. Et aujourd'hui, elle renaît.

Élise retira sa main brusquement, comme si elle avait été brûlée.

— Je ne suis personne, dit-elle. Je ne suis qu'une fille qui a fui sa maison. Je ne suis pas... je ne suis pas celle que tu cherches.

— Tu es celle que la marque a choisie.

— Je n'ai rien demandé !

Sa voix se brisa. Elle recula, ses yeux brillants de larmes qu'elle retenait. Silas vit Arón hésiter — un geste si infime que seuls ceux qui le connaissaient depuis des siècles pouvaient le remarquer.

— Personne ne demande un destin, dit doucement Arón. Il arrive. Et on décide quoi en faire.

Dans l'ombre du tombeau, quelque chose bougea.

Silas le vit. Un frémissement à la base du marbre, comme si une racine s'étirait sous la pierre. Une ombre plus dense que les autres rampait lentement vers la paroi, s'insinuant dans les fissures du sol.

Il n'était pas le seul à l'avoir vue. Arón tourna la tête, ses yeux rouges se rétrécissant.

— Silas, dit-il sans se retourner. Approche.

Le vieil homme obéit, ses pas feutrés sur le sol. Il s'arrêta à côté d'Arón, observant l'ombre qui rampait.

— Tu as vu ? demanda Arón.

— Oui.

— Qu'est-ce que c'est ? demanda Élise, la voix tremblante.

Elle s'était rapprochée d'Arón, sans s'en rendre compte. Ses doigts effleuraient sa manche.

— Une ancienne chose, répondit Silas. Qui dort sous ce château depuis bien avant que le roi ne s'y installe.

— Pourquoi se réveille-t-elle maintenant ?

Silas croisa le regard d'Arón. Ils savaient tous les deux la réponse.

— Parce que la marque s'est activée, dit-il. Et que la promesse qui la liait a été brisée.

Élise regarda sa main, la rose noire qui palpitait doucement.

— Quelle promesse ?

Arón inspira lentement. Ses épaules se voûtèrent, comme si le poids du passé venait de s'abattre sur lui.

— Il y a trois cents ans, j'ai aimé une femme, dit-il. Elle s'appelait Rosalinde. Elle portait cette même marque. Et elle a fait un pacte avec moi : elle m'a offert son sang pour que je puisse régner, et en échange, j'ai promis de protéger sa lignée. Mais elle est morte avant que la promesse ne soit scellée. La marque est restée en suspens, attendant de renaître.

Élise ouvrit la bouche, puis la referma.

— Je suis... je suis la descendante de cette femme ?

— Peut-être. Ou peut-être que la marque t'a choisie pour une autre raison. Je ne le sais pas encore.

L'ombre rampait toujours, s'étirant vers le centre de la pièce. Silas sortit un petit sachet de sa poche, en versa une poudre grise dans sa paume, et la souffla vers l'ombre.

La poudre brilla un instant, puis s'éteignit. L'ombre se retira, comme une bête blessée, glissant sous le tombeau.

— Cela ne la retiendra pas longtemps, dit Silas. Elle reviendra.

— Qu'est-ce qu'elle veut ? demanda Élise.

Arón la regarda, et pour la première fois, Silas vit une lueur d'inquiétude dans ses yeux rouges.

— Toi, dit-il. La marque que tu portes est une clé. Pour moi, pour ce château, pour des choses que j'ai enfermées il y a longtemps. Et il y a des forces qui ne veulent pas que cette serrure soit ouverte.

Élise baissa les yeux sur sa main. Ses doigts tracèrent les contours de la rose noire.

— Je peux partir, dit-elle. J'irai ailleurs. Je ne veux pas être un problème.

— Tu n'es pas un problème, dit Arón.

Il posa sa main sur son épaule, et elle leva les yeux vers lui.

— Tu es une réponse, Élise. Une réponse à une question que je me pose depuis trois cents ans.

Silas toussa doucement.

— Si je puis me permettre, dit-il, l'ombre reviendra avant l'aube. Et elle ne sera pas seule. Il faudrait que tu m'expliques, Arón, ce que tu comptes faire.

Arón tourna la tête vers lui, ses yeux rouges brillant dans la pénombre.

— La protéger, dit-il simplement.

— La protéger de quoi ? demanda Élise.

Arón ne répondit pas. Il regarda l'ombre qui s'agitait sous le tombeau, puis la jeune femme à ses côtés, puis la rose noire sur sa main.

— De tout ce que j'ai fui, murmura-t-il. Et de tout ce qui m'a attendu.

Lentement, l'ombre s'éleva derrière lui, formant une silhouette indistincte. Et une voix, vieille comme les pierres du château, chuchota :

— Tu ne peux pas fuir ce que tu as scellé, Arón. La promesse est faite. Et la dette doit être payée.

Élise agrippa le bras d'Arón. Il ne bougea pas, mais ses mâchoires se serrèrent.

— Éloigne-toi, dit-il d'une voix basse.

Mais Élise ne bougea pas. Elle regarda l'ombre, puis sa main, puis le roi des vampires.

— Quelle dette ? demanda-t-elle.

L'ombre rit, un son rauque et brisé.

— Celle du sang, petite. Celle que ton ancêtre a promise. Et que tu dois payer à sa place.

Arón fit un pas en avant, ses yeux flamboyant.

— Tais-toi.

— Ou quoi ? Tu me détruiras ? Tu l'as déjà tenté. Et je suis toujours là.

Silas s'avança à son tour, un parchemin déroulé dans ses mains.

— Assez, dit-il. L'heure des ombres n'est pas encore venue. Et la promesse n'est pas encore brisée.

Il leva le parchemin, et une lumière dorée en jaillit, repoussant l'ombre qui recula en sifflant.

— Nous avons jusqu'à la nouvelle lune, ajouta Silas. Après cela, la dette sera exigible.

Élise regarda le parchemin, puis Arón, puis l'ombre qui se retirait dans les ténèbres.

— Jusqu'à la nouvelle lune, répéta-t-elle. Et ensuite ?

Arón prit sa main, celle marquée de la rose noire, et la serra doucement.

— Ensuite, nous déciderons ensemble. Je ne te laisserai pas affronter cela seule.

L'ombre disparut. Le silence retomba, lourd et chargé de choses non dites.

Mais sous leurs pieds, une vibration légère parcourut les pierres, comme un avertissement.

Et Silas sut que la nouvelle lune approchait plus vite qu'ils ne le croyaient.

✦ ✦ ✦
Jouer à partir d’ici

Privacy choices

Optional analytics help us improve AIBookCraft. They stay off until you allow them. We still count anonymous page views, without cookies or an ID. Writing, sign-in, and checkout work either way.

Change this choice any time. Read our Privacy Policy.