Chapter 3
Chapitre 3
Le lendemain matin, Éléna arrive tôt en classe. Sa camarade Happer lui confie sa peur du professeur Dias. Marco Dias entre et annonce un devoir sur table. Éléna ressent une légère tension tout en restant confiante.
Le soleil se levait à peine lorsque Éléna poussa la porte du lycée Saint-Martin. L'air était frais, chargé de l'humidité de la nuit, et les couloirs résonnaient encore du silence matinal. Elle aimait arriver tôt, quand les salles de classe étaient vides et que l'on pouvait entendre le bruit de ses propres pas sur le carrelage.
Elle monta l'escalier jusqu'au premier étage, là où se trouvait la salle de physique-chimie. La porte était ouverte. À l'intérieur, les tables étaient alignées, les chaises retournées sur les bureaux comme chaque soir. Une odeur de craie et de désinfectant flottait dans l'air. Éléna posa son sac sur sa place habituelle, près de la fenêtre, puis s'assit.
Elle sortit son cahier de physique, le feuilleta distraitement. Ses notes de la veille étaient propres, chaque formule écrite avec soin. Elle relut la correction de la loi de Coulomb, celle qu'elle avait faite devant toute la classe. Un sourire discret passa sur ses lèvres.
— Éléna !
La voix était essoufflée. Éléna leva les yeux et vit Happer entrer en courant, son sac à moitié ouvert, une mèche de cheveux rebelle lui barrant le front. Happer était une fille ronde, toujours pressée, toujours un peu en retard. Elle s'effondra sur la chaise à côté d'Éléna, haletante.
— Tu es déjà là ? Il est à peine sept heures et demie !
— J'aime le calme du matin, répondit Éléna en refermant son cahier.
Happer se pencha vers elle, baissant la voix comme si elle craignait que les murs ne l'entendent.
— Tu sais que ce matin on a cours de physique-chimie avec Monsieur Dias, hein ? Dis-moi que tu as révisé. Il est tellement féroce quand on a une moyenne basse dans sa matière. Il me fait un peu peur, je t'assure.
Éléna la regarda avec une douceur tranquille. Elle voyait bien l'inquiétude dans les yeux d'Happer, cette façon qu'elle avait de froisser le bord de son cahier quand elle était nerveuse.
— Le professeur Marco Dias est juste un homme sérieux et juste, dit Éléna d'une voix posée. Pour éviter de faire partie de ceux qui sont nuls à son cours, il faut que tu étudies, Happer. C'est un conseil que je te donne.
Happer soupira, les épaules tombantes.
— Tu as raison, je sais. Mais il a cette façon de regarder les gens, tu ne trouves pas ? Comme s'il voyait à travers toi. Et il ne sourit jamais. Jamais.
— Peut-être qu'il n'a pas de raison de sourire, murmura Éléna, presque pour elle-même.
Happer haussa un sourcil, mais n'eut pas le temps de répondre. Des pas résonnèrent dans le couloir, lents, réguliers. La porte s'ouvrit en grand.
Marco Dias entra, une pile de copies sous le bras, son regard balayant la salle en un instant. Il portait une veste grise, une chemise blanche au col impeccable. Ses cheveux bruns étaient légèrement ébouriffés, comme s'il avait marché vite dans le vent. Il posa la pile sur le bureau, fit face à la classe.
La salle se remplit peu à peu. Les élèves prirent place, le silence s'installa. On n'entendait plus que le grincement d'une chaise, le froissement d'une feuille. Marco Dias attendit que la dernière personne soit assise, puis il parla d'une voix calme mais ferme.
— Devoir de physique-chimie. Sortez vos feuilles.
Un murmure parcourut la classe. Quelques élèves échangèrent des regards inquiets. Happer ouvrit la bouche comme pour dire quelque chose, mais aucun son n'en sortit. Elle fouilla fébrilement dans son sac.
Éléna, elle, resta immobile. Elle sortit une copie vierge de son classeur, la posa bien à plat sur la table. Ses doigts étaient calmes. Elle n'avait pas peur. Elle avait révisé, compris, appris. C'était tout ce qu'elle pouvait faire.
Marco Dias distribua les sujets en silence. Il passa entre les tables, déposant une feuille devant chaque élève. Lorsqu'il arriva près d'Éléna, il marqua une courte pause. Leurs regards se croisèrent, juste une seconde. Il ne dit rien, mais ses yeux semblèrent s'adoucir, à peine, comme une fenêtre qui s'entrouvre un instant avant de se refermer.
Il continua sa distribution, puis regagna son bureau.
— Vous avez deux heures. Pas une minute de plus.
Éléna baissa les yeux sur le sujet. Quatre exercices, dont un sur la loi de Coulomb. Elle sourit intérieurement. Elle prit son stylo, commença à écrire.
Dehors, par la fenêtre, la lumière du matin s'épaississait doucement. Les nuages glissaient, les ombres couraient sur le tableau noir. Dans la salle, on n'entendait plus que le grattement des stylos et le souffle léger des élèves concentrés.
Happer, deux tables plus loin, mordillait son capuchon. Elle regarda le sujet, puis leva les yeux vers le professeur. Marco Dias était assis à son bureau, les mains jointes, le regard perdu dans le vide. Il ne semblait pas les surveiller, mais chacun sentait son attention peser sur la pièce.
Éléna termina le premier exercice, passa au second. Ses réponses coulaient, nettes, précises. Elle avait toujours aimé les mathématiques et la physique, ces sciences où tout avait une réponse, où chaque équation racontait une histoire.
Au bout d'une heure, elle leva la tête. Marco Dias était debout près de la fenêtre, les bras croisés. Il regardait dehors, vers la cour déserte. Il avait l'air seul, pensa Éléna. Seul dans une salle pleine de monde. Comme s'il était dans une bulle de verre, et que personne ne pouvait l'atteindre.
Elle baissa les yeux sur sa copie, continua à écrire.
À la fin de l'épreuve, Marco Dias ramassa les copies en silence. Il les compta, les rangea dans une chemise cartonnée, puis leva les yeux vers la classe.
— Les résultats seront affichés vendredi. Vous pouvez sortir.
Les élèves se levèrent, des chaises raclèrent le sol. Happer se précipita vers Éléna, le visage crispé.
— Alors ? Tu as réussi ?
— Je pense que oui, répondit Éléna en rangeant son sac. Et toi ?
Happer haussa les épaules, l'air penaud.
— Le troisième exercice m'a tuée. Je n'ai pas su répondre à la question sur le champ électrique.
— Je t'expliquerai ce midi, si tu veux, proposa Éléna.
Happer sourit, soulagée.
— Tu es la meilleure, Éléna. Vraiment.
Elles sortirent de la salle. Dans le couloir, la lumière du matin dansait sur les murs, et des rires montaient de l'étage en dessous. Éléna se retourna une dernière fois vers la salle de physique-chimie. Par la porte entrouverte, elle aperçut Marco Dias, assis seul à son bureau, la tête penchée sur les copies.
Il ne leva pas les yeux.
Elle continua son chemin, le cœur léger. Il y avait quelque chose chez cet homme qui la touchait, comme une musique douce que l'on entend sans savoir d'où elle vient. Elle ne savait pas quoi en faire, mais elle savait que cela ne la quitterait pas de sitôt.
Dans la cour, le soleil était haut. La journée commençait vraiment.
— Éléna ! Viens, on va à la cantine avant que ce soit plein !
Happer l'appelait déjà. Éléna accéléra le pas, un sourire aux lèvres. Elle était prête pour la suite.