Chapter 2
Chapitre 2 — Le retour à l'orphelinat
Éléna rentre à l'orphelinat après sa première journée de cours. Madame Strawberry vient la voir dans sa chambre pour parler de sa journée. Éléna évoque le professeur Marco Dias et l'étrange sentiment qu'il lui inspire. Madame Strawberry l'encourage à poursuivre son rêve de devenir PDG.
Le bus s'arrêta devant le portail rouillé de l'orphelinat Saint-Joseph. Éléna descendit la dernière, son sac serré contre elle, et traversa la cour où quelques enfants jouaient encore sous le regard d'une éducatrice. L'air sentait le pain frais et les feuilles mortes, ce mélange d'automne et de chaleur domestique qu'elle connaissait depuis toujours.
Elle monta l'escalier en colimaçon jusqu'au deuxième étage, là où sa chambre l'attendait. Une petite pièce de neuf mètres carrés, mais qui était tout son royaume. Une étagère de livres, un bureau en bois clair, et un poster de Marie Curie épinglé au-dessus du lit. Elle posa son cartable, se laissa tomber sur le matelas et ferma les yeux.
La journée avait été étrange. Ce professeur, Marco Dias, avec son regard sombre et ses gestes précis. Il avait quelque chose de blessé, elle l'avait senti tout de suite. Quand elle l'avait corrigé, il n'avait pas crié, n'avait pas humilié. Il avait simplement écouté, effacé, réécrit. Cela ne ressemblait pas à ce que les filles racontaient à la récréation : « Il est froid, il ne sourit jamais. »
Un coup léger frappé à la porte la fit sursauter.
— Entrez.
La porte s'ouvrit avec un grincement familier. Madame Strawberry parut dans l'embrasure, ses cheveux gris relevés en chignon, un tablier blanc noué à la taille. Elle tenait une tasse de thé fumant.
— Ma douce enfant, tu es rentrée tard aujourd'hui. Comment s'est passée cette première journée de terminale ?
Éléna se redressa, un sourire aux lèvres. Madame Strawberry s'assit au bord du lit, lui tendit la tasse. Le thé sentait la menthe et le miel.
— C'était bien, madame Strawberry. Très bien, même. Mais il y a quelque chose...
— Quelque chose ?
Éléna souffla sur le thé avant de répondre.
— Nous avons un nouveau professeur de physique-chimie. Il s'appelle Marco Dias. Certaines filles de la classe disent qu'il est beau, mais tu sais que je ne suis pas intéressée par les hommes. Je suis en classe de terminale C, mes études d'abord et l'amour après.
Madame Strawberry hocha la tête, ses yeux pétillant d'une douce malice.
— Je te connais, Éléna. Tu as toujours mis les livres avant tout. C'est bien, c'est très bien. Mais tu dis qu'il y a quelque chose d'autre ?
Éléna posa la tasse sur le bureau et regarda ses mains.
— Je sens quelque chose d'étrange chez lui. Il a l'air... triste. Pas méchant, non. Mais on dirait qu'il porte un poids. Et quand je l'ai corrigé sur une formule, il n'a pas réagi comme les autres professeurs. Il a juste accepté, calmement. Comme s'il était habitué à être seul dans sa tête.
Madame Strawberry resta silencieuse un instant, puis elle posa sa main sur celle d'Éléna.
— Alors ma douce enfant, j'espère que tes rêves de devenir une PDG s'exauceront. Tu as un cœur qui sait lire les gens, et un esprit qui sait lire les livres. C'est une combinaison rare. Mais n'oublie pas que tout le monde a une histoire, même les professeurs qui semblent froids.
Éléna releva les yeux vers elle.
— Tu crois que je devrais m'en méfier ?
— Non, ma chérie. Je crois que tu devrais juste rester toi-même. Tu n'as pas besoin de te méfier des autres pour réussir. Tu as juste besoin de garder les yeux ouverts et le cœur en paix.
Un bruit monta du rez-de-chaussée, un enfant qui pleurait. Madame Strawberry se leva doucement.
— Je dois y aller. Repose-toi bien. Et si tu as besoin de parler, tu sais où me trouver.
Elle se pencha et déposa un baiser sur le front d'Éléna, puis sortit de la pièce.
Éléna resta seule. Elle prit le thé, but une gorgée. La chaleur se répandit dans sa poitrine. Elle pensa au tableau noir, à la craie qui avait roulé, à la voix grave de Marco Dias disant « Merci, mademoiselle Castillo. »
Il y avait quelque chose chez cet homme qui l'intriguait. Pas de l'amour, non. Plutôt une curiosité tranquille. Comme devant une équation dont on ne trouve pas la solution tout de suite.
Elle sortit son cahier de physique, l'ouvrit à la première page. Elle écrivit la date, puis, en dessous, une phrase : « La distance ne se met pas au numérateur. »
Dehors, la nuit tombait. Les lampadaires de la rue s'allumèrent un à un, projetant des ombres douces sur les murs de sa chambre. Éléna travailla deux heures, jusqu'à ce que ses yeux la piquent. Puis elle se glissa sous la couverture, éteignit la lumière.
Au loin, une horloge sonna neuf coups.
Elle s'endormit en pensant à une formule corrigée, à un professeur qui ne souriait pas, et à la promesse qu'elle s'était faite : réussir, quoi qu'il arrive.