Chapter 1
Chapitre 1
Lors du premier cours de physique-chimie en terminale C, le professeur Marco Dias rencontre Éléna Castillo, une élève surdouée qui attire immédiatement son attention par une réponse inattendue à une question complexe.
« Monsieur, vous vous trompez de formule. »
La voix était calme, presque douce, mais elle traversa le silence de la salle comme une lame. Marco Dias se figea, la craie suspendue à quelques centimètres du tableau. Il se retourna lentement, son regard glacial balayant les rangées d'élèves.
— Qui a dit cela ? demanda-t-il d'une voix basse, chargée d'une irritation à peine contenue.
Une main se leva au troisième rang. Une fille aux cheveux bruns tirés en queue de cheval haute, des yeux noisette qui ne cillaient pas. Elle portait un simple pull bleu marine, rien qui la distinguât des autres, mais quelque chose dans son maintien, cette façon de ne pas baisser les yeux, attira son attention.
— Éléna Castillo, murmura-t-elle.
Il consulta la liste posée sur son bureau. « Castillo, Éléna. » La mention « surdouée » figurait en rouge dans la marge, écrite par l'administration. Il laissa tomber la craie dans le rebord du tableau.
— Très bien, mademoiselle Castillo. Veuillez expliquer à la classe où je me serais égaré.
Il croisa les bras, attendant qu'elle se trompe. Les élèves de terminale C étaient réputés pour leur arrogance, leur certitude d'avoir toujours raison. Mais cette fille... elle se leva, prit un temps pour rassembler ses idées, puis parla d'une voix posée.
— La loi de Coulomb pour deux charges ponctuelles s'écrit F = k × (q₁ × q₂) / r², mais vous avez noté la distance au carré au numérateur, pas au dénominateur. C'est une erreur d'inattention, monsieur.
Un silence suivit. Quelques élèves consultèrent leurs cahiers, d'autres échangèrent des regards perplexes. Marco regarda le tableau, puis de nouveau Éléna. Elle avait raison. Une simple inversion de termes, mais elle l'avait vu en une seconde.
Il effaça la formule, la réécrivit correctement, puis se tourna vers la classe.
— Merci, mademoiselle Castillo. C'est exact. Vous avez l'œil.
Elle s'assit sans un mot, mais il remarqua une légère rougeur sur ses joues. Il reprit son cours, mais son regard revenait sans cesse vers elle. Elle prenait des notes d'une écriture régulière, sans jamais lever la tête. Pas comme les autres élèves, qui chuchotaient ou envoyaient des messages sous la table. Elle écoutait vraiment.
À la fin de l'heure, il distribua un exercice à rendre pour la semaine suivante. Tandis que les élèves rangeaient leurs affaires, il s'approcha du bureau d'Éléna.
— Vous avez déjà étudié l'électrostatique ? demanda-t-il, prenant soin de garder sa voix neutre.
— Un peu, monsieur. J'ai lu quelques chapitres avancés pendant les vacances.
— Je vois. Et vous comptez poursuivre dans une filière scientifique après le bac ?
Elle hésita une seconde.
— Je ne sais pas encore. J'aime la physique, mais j'aime aussi la littérature. Les deux, peut-être.
Il hocha la tête, surpris. Une élève brillante en sciences, qui ne dédaignait pas les lettres. Cela le changeait des esprits étroits qu'il côtoyait d'habitude.
— Bonne fin de journée, mademoiselle Castillo.
— Merci, monsieur. À demain.
Elle partit, son sac en bandoulière. Marco resta un instant immobile, regardant la porte se refermer. Il secoua la tête, chassant une pensée qui n'avait pas lieu d'être. Il était son professeur. Rien de plus.
Il regagna son bureau, feuilleta le dossier d'Éléna. Orpheline. Élevée par la directrice d'un orphelinat, madame Strawberry. Une enfance sans parents, et pourtant elle semblait si posée, si confiante. Il referma le dossier, agacé par sa propre curiosité.
Dehors, le soleil d'automne baignait la cour du lycée Saint-Martin. Marco s'approcha de la fenêtre, observant les élèves qui se dispersaient. Il repéra Éléna près du portail, discutant avec une amie. Elle riait, et ce rire, léger, sincère, lui serra le cœur d'une manière qu'il n'avait pas connue depuis longtemps.
Il se souvint de Clara. De son sourire calculateur. De ses mains qui comptaient les billets alors qu'il lui parlait d'amour. Il s'était promis de ne plus jamais tomber dans ce piège. La solitude était préférable à la trahison.
Mais ce soir-là, en rentrant chez lui, il ne put s'empêcher de repenser à la voix douce qui avait corrigé sa formule. Et cela lui fit peur.