Chapter 2
L'Éphémère Connexion Universitaire
La faculté. Une rencontre fortuite, une attraction magnétique. Entre cours et cafés, leurs chemins se croisent à nouveau. L'espoir renaît, fragile comme une fleur d'été, avant que la vie ne les sépare.
La faculté. Le mot lui-même résonne encore en moi comme une promesse, un murmure d'espoirs fous et de matins brumeux. C'était là, entre les murs de pierre ancestraux de l'université, que le destin avait décidé de nous offrir une troisième danse, une chorégraphie subtile et déroutante. J'y suis retournée bien des fois depuis, mes pas traînant sur les pavés usés, cherchant dans le murmure du vent les échos de ces jours suspendus.
Je me souviens de la première fois où je l'ai vu, dans le tumulte de la rentrée. Une foule bigarrée, des rires nerveux, l'odeur âcre de l'encre fraîche et des livres neufs. J'étais perdue, une petite chose fragile dans ce tourbillon d'ambitions, mon carnet de croquis serré contre ma poitrine comme un rempart. Et puis, ses yeux. Le regard de Gabriel, d'une intensité qui semblait percer l'armure de ma timidité. Il avait ce sourire qui vous donnait l'impression d'être la seule personne dans la pièce, un sourire à la fois taquin et profondément sincère.
« Tu cherches quelque chose ? » Sa voix, grave et douce, avait brisé le brouhaha ambiant, m'arrachant à ma rêverie.
Je rougis, incapable de détacher mes yeux des siens. « Juste... mes repères. C'est immense ici. »
Il avait ri, un son clair et mélodieux qui avait fait vibrer quelque chose au plus profond de moi. « C'est le propre des universités, non ? Te faire sentir petite pour mieux te montrer l'immensité des possibles. Viens, je vais te montrer le chemin. »
Et c'est ainsi que, par une simple offre d'aide, nos routes se sont à nouveau entrelacées. Gabriel. Mon Gabriel. Il était différent, ici. Moins l'enfant turbulent de mes souvenirs d'enfance, plus l'homme réfléchi, le regard intense, la démarche assurée. Il avait choisi la faculté de droit, un domaine qui me paraissait aussi éloigné de mon univers artistique que le ciel des étoiles. Moi, j'avais opté pour les arts plastiques, un choix qui avait fait froncer les sourcils de mes parents, mais qui résonnait avec l'appel silencieux de mon âme.
Nos rencontres étaient devenues des instants précieux, volés au temps et aux obligations. Entre deux cours magistraux soporifiques, dans le brouhaha des cafétérias, sous les arbres centenaires de la cour intérieure. Nous parlions de tout et de rien, de nos rêves les plus fous, de nos peurs les plus enfouies. Il me racontait ses ambitions, son désir de bâtir, de construire un monde solide et structuré. Je lui parlais de mes toiles, de ces couleurs qui dansaient sur la toile pour raconter des histoires que les mots peinaient à exprimer.
« Tu peins les émotions, Isa », me disait-il, son regard fixé sur mes mains tachées de peinture. « Tu arrives à capturer ce que les gens ressentent au plus profond d'eux-mêmes, même quand ils ne le savent pas. »
« Et toi, tu construis les lois », répondais-je en souriant. « Tu cherches à mettre de l'ordre dans le chaos du monde. On est peut-être plus semblables que tu ne le crois. »
Il me regardait alors, un sourire énigmatique aux lèvres. « Peut-être. Mais je crois que la différence est dans le regard. Toi, tu vois la beauté cachée, l'émotion pure. Moi, je vois les règles, la structure. »
Il y avait cette attraction indéniable entre nous, une force magnétique qui nous attirait l'un vers l'autre comme deux aimants. Nos mains se frôlaient, nos regards s'accrochaient, et une douce chaleur nous envahissait, une promesse silencieuse qui flottait dans l'air. Je me sentais plus vivante que jamais, mon cœur battant la chamade au rythme de nos échanges. L'espoir, cette fleur fragile que j'avais cru éteinte, recommençait à éclore dans mon âme.
Un après-midi, alors que le soleil déclinait, peignant le ciel de teintes orangées et pourpres, nous étions assis sur un banc, nos épaules se touchant. Le silence s'était installé, un silence complice, rempli de non-dits et de désirs refoulés.
« Tu sais, Isa », murmura Gabriel, sa voix à peine audible, « je n'ai jamais oublié ce jour de notre enfance. La façon dont tu avais dessiné cette étoile filante, comme si tu pouvais l'attraper. »
Mon cœur fit un bond. Il s'en souvenait. « Et toi, tu avais promis de m'en construire une, une vraie, faite de lumière. »
Il tourna son visage vers moi, ses yeux sombres reflétant la lumière du crépuscule. « Peut-être que je peux encore tenir cette promesse. »
À cet instant, j'ai cru que le destin nous tendait la main, qu'il nous offrait une seconde chance, une occasion de bâtir enfin ce que nous avions toujours rêvé. J'ai senti mon corps se tendre vers lui, prête à me laisser emporter par le courant. L'idée de l'amour n'était plus une loterie, mais une évidence, une certitude qui naissait en moi.
Mais le destin, dans sa cruauté parfois, aime à jouer avec nos espoirs. La vie, avec ses imprévus, ses tourbillons, a décidé d'en décider autrement. Une opportunité professionnelle inattendue pour Gabriel, une mutation à l'autre bout du monde. Il devait partir.
La nouvelle m'a frappée comme un coup de poing. Le monde s'est écroulé autour de moi, réduisant en poussière les rêves que nous avions patiemment construits. Je me souviens de cette conversation, dans son petit appartement étudiant, rempli de livres de droit et de cartes du monde.
« Je dois y aller, Isa », avait-il dit, sa voix empreinte d'une profonde tristesse. « C'est une occasion que je ne peux pas laisser passer. »
Mes yeux se sont remplis de larmes. « Mais... nous ? Notre promesse ? »
Il avait posé sa main sur ma joue, son pouce caressant ma peau. « Je ne peux pas te demander de m'attendre. Ce serait égoïste. Et je ne veux pas te faire souffrir. »
« Mais partir comme ça ? Sans rien ? » Ma voix était un murmure brisé. « Après tout ce temps ? »
Il avait détourné le regard, une ombre de regret traversant son visage. « Je crois qu'il vaut mieux que nos chemins se séparent ici. Que chacun trace sa propre route. C'est plus sûr. »
Plus sûr. Le mot avait résonné comme une sentence. Il avait choisi la raison, la logique, la prudence. Il avait choisi de fuir, encore une fois, la complexité de nos sentiments. Et moi, je me suis retrouvée seule, avec le cœur en miettes, persuadée que l'amour n'était qu'une illusion, une promesse éphémère qui se brisait à la moindre bourrasque.
J'ai passé les jours suivants dans un brouillard épais, mon atelier devenant mon seul refuge. Je peignais sans relâche, laissant mes pinceaux exprimer la douleur qui me rongeait. Les couleurs sombres dominaient, des bleus profonds, des gris tourmentés, des noirs abyssaux. Je peignais des fils brisés, des portes closes, des étoiles qui s'éteignaient.
Sofia, ma fidèle amie, a tenté de me sortir de ma torpeur. Elle me trouvait le regard perdu, les épaules voûtées.
« Isa, qu'est-ce qui se passe ? » m'avait-elle demandé, sa voix douce et inquiète.
J'avais secoué la tête, incapable de mettre des mots sur ma peine. « Rien. C'est juste... la vie. »
Elle avait soupiré, me serrant la main. « La vie, c'est aussi savoir saisir les moments, Isa. Ne laisse pas la peur te paralyser. »
Elle ne comprenait pas. Personne ne pouvait comprendre la profondeur de cette blessure, la façon dont mon âme semblait avoir été déchirée en deux. J'avais cru, pour un bref instant, que le destin nous avait réunis. Mais il s'était joué de moi, une fois de plus.
Alors que Gabriel s'apprêtait à embarquer pour un nouveau continent, j'ai ressenti un appel irrésistible. Je devais le voir une dernière fois. Non pas pour le supplier de rester, mais pour lui dire adieu, pour graver son visage dans ma mémoire avant qu'il ne devienne un souvenir lointain.
Je l'ai trouvé à l'aéroport, entouré de valises et d'une foule anonyme. Il m'a vue, et une expression indéchiffrable a traversé son visage. Il s'est approché, et nous nous sommes tenus là, l'un en face de l'autre, le bruit assourdissant des départs et des arrivées nous enveloppant.
« Je ne voulais pas te faire de mal, Isa », a-t-il murmuré, sa voix rauque.
« Je sais », ai-je répondu, les larmes brouillant ma vision. « Mais tu l'as fait quand même. »
Il a tendu la main, hésitant. « Peut-être qu'un jour... »
« Ne dis rien, Gabriel », l'ai-je interrompu. « S'il te plaît. »
J'ai tourné les talons, le cœur lourd comme une pierre. J'ai traversé la foule, cherchant la sortie, cherchant à échapper à cette douleur qui me broyait. Je n'ai pas regardé en arrière. Je ne pouvais pas.
La faculté, ce lieu de rencontres et de promesses, était devenue le théâtre de ma plus grande déception. J'avais cru au destin, à cette connexion qui semblait nous lier. Mais j'avais tort. L'amour, finalement, n'était qu'une illusion, un mirage dans le désert de ma vie. Et Gabriel, mon Gabriel, n'était qu'un souvenir doux-amer, une étoile filante qui avait traversé mon ciel pour mieux disparaître, me laissant dans l'obscurité. J'avais appris, à mes dépens, que certaines connexions, aussi intenses soient-elles, ne sont que des éphémères, des instants précieux qui s'évanouissent trop vite, laissant derrière eux le vide et le regret. L'université, le lieu de notre dernière danse, était désormais le symbole de cette connexion brisée, de cette promesse envolée. J'étais seule, une fois de plus, avec mes toiles et mes rêves inachevés, persuadée que le destin n'était qu'une farce cruelle, et que l'amour, lui, n'existait que dans les contes de fées.