Chapter 3

Un Amour en Pleine Fleur

Durant un an et demi, Daniel et Mawa vivent une relation passionnée et fusionnelle. Leur amour est si fort que leurs familles respectives sont au courant de leur engagement.

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Les jours s'étiraient, doux et ensoleillés, sous le ciel de Dabakala. L'air vibrait de la chaleur de l'Afrique, mais pour Daniel, c'était la chaleur de Mawa qui réchauffait son existence. Un an et demi. Mille cinq cents jours, mille cinq cents nuits peut-être, passés à ses côtés, à ses pensées, à ses rêves. Leurs mains s'étaient trouvées dans les couloirs de l'école, leurs regards s'étaient croisés, et un univers s'était ouvert. Un univers où Daniel, le jeune homme aux1,78m qui avait toujours eu l'impression d'être un peu à part, se sentait enfin vu, compris, aimé.

Mawa était devenue son oxygène. Chaque matin, avant même que le soleil n'ait achevé son ascension, son téléphone sonnait. C'était Daniel, sa voix encore un peu rauque de sommeil, mais pleine d'une tendresse infinie. Il lui racontait ses rêves, les plus fous comme les plus simples, ceux où ils se promenaient main dans la main sous les manguiers, ceux où ils construisaient une maison, ceux où ils riaient jusqu'aux larmes. Et Mawa, avec sa voix douce, répondait, partageait, tissait avec lui la trame de leur avenir.

Le groupe d'étude, cette petite bulle d'ambition qu'ils avaient créée avec Sanga, Nadège et le voisin de chasse, était devenu le théâtre privilégié de leur amour. Les livres ouverts, les cahiers remplis de notes, mais surtout, les regards échangés par-dessus les pages, les sourires complices, les mains qui se frôlaient sous la table. Daniel se rappelait encore de cette après-midi où ils révisaient la géographie. Mawa avait eu un doute sur la capitale d'un pays lointain. Daniel, sans hésiter, avait posé sa main sur la sienne, guidant son doigt vers la bonne réponse sur la carte. Le contact, si bref, avait suffi à embraser leurs cœurs. Il avait senti le frisson parcourir le bras de Mawa, et son propre cœur s'était emballé. C'était un amour pur, sincère, qui semblait avoir toujours existé.

Les parents de Daniel, d'abord réticents, avaient fini par accepter cette jeune fille qui rendait leur fils si heureux. Ils voyaient dans le regard de Mawa une lueur qui n'y était jamais apparue auparavant. Les parents de Mawa, quant à eux, semblaient d'abord perplexes, puis résignés. Daniel était un bon parti, un jeune homme travailleur, respectueux. Les conversations s'étaient faites plus rares, mais les signes de reconnaissance étaient là. La mère de Daniel avait même préparé un plat qu'elle savait être le préféré de Mawa, lors d'une visite impromptue. C'était comme si leur amour avait déjà pris racine dans le cœur de leurs familles.

Daniel, dans son innocence, pensait que cet amour était une forteresse imprenable. Il croyait en la force de leurs liens, en la pureté de leurs sentiments. Il se voyait déjà, après avoir obtenu son BEPC, gravir les échelons de l'armée, avec Mawa à ses côtés, son roc, son inspiration. Il lui donnait tout, son temps, son énergie, ses espoirs. Il passait des heures au téléphone, à lui raconter sa journée, à lui demander la sienne. Il lui achetait des petits présents, des foulards colorés, des boucles d'oreilles qui faisaient briller ses yeux. Il voulait la couvrir de cadeaux, la combler de bonheur. Il était prêt à tout pour elle.

Puis vint le temps d'Abidjan. Un voyage nécessaire, une étape pour continuer son chemin vers l'armée, vers l'avenir qu'il avait rêvé. Sa mère, inquiète mais fière, l'avait encouragé. Il avait promis à Mawa de l'appeler tous les jours, de lui écrire, de ne jamais l'oublier. Et il avait tenu sa promesse. Chaque soir, avant de s'endormir dans la chambre d'étudiant impersonnelle, il composait son numéro. Mais les appels prenaient une tournure étrange. La voix de Mawa, autrefois douce et tendre, était devenue distante, presque froide.

« Allô, Daniel ? » disait-elle, sans la chaleur habituelle. « Mawa, comment tu vas ? Je pensais à toi. » « Je vais bien. Tu as révisé aujourd'hui ? » La conversation tournait autour de l'école, des études. Plus de confidences, plus de rêves partagés, plus d'amour exprimé. C'était comme si elle parlait à un camarade de classe, pas à l'homme qu'elle avait aimé pendant un an et demi. Daniel, d'abord inquiet, tentait de comprendre. Peut-être était-ce la distance, la séparation qui affectait leur relation. Il essayait de raviver la flamme, de lui rappeler leurs moments passés, leurs promesses.

« Mawa, tu te souviens de cette soirée où nous avons regardé les étoiles depuis la colline ? C'était magnifique. » « Oui, je m'en souviens. Mais il faut que je te laisse, j'ai beaucoup de choses à faire. » Le téléphone raccrochait, laissant Daniel dans un silence assourdissant. Il sentait un vide s'installer, un froid s'insinuer dans son cœur. Il ne comprenait pas. Qu'est-ce qui avait bien pu changer ? Il se rappelait de ses paroles, de ses gestes, de son dévouement. Il avait tout fait pour elle, lui offrant le meilleur de lui-même. Et maintenant, elle le traitait comme un étranger.

Puis, les murmures commencèrent. Des phrases entendues par hasard, des bribes de conversations qui parvenaient à ses oreilles comme des dagues empoisonnées. Sa grande sœur. C'était elle. Elle avait toujours été un peu méfiante, un peu trop protectrice envers Mawa. Mais là, elle avait franchi un cap. Elle parlait de Daniel, de ses intentions, de son manque de sérieux. Elle disait qu'il n'était pas fait pour Mawa, qu'il ne pourrait jamais lui offrir ce qu'elle méritait. Et Mawa, docile, semblait écouter, approuver.

Un jour, un ami commun, le visage marqué par la tristesse, lui confia ce qu'il avait entendu. « Mawa dit que tu ne lui apportes rien, Daniel. Elle pense que tu n'es pas une bonne personne. » Daniel fut sidéré. « Mais… comment peut-elle dire ça ? Nous sommes ensemble depuis un an et demi ! Je lui ai tout donné ! » L'ami baissa les yeux. « Elle a rencontré quelqu'un d'autre, Daniel. Quelqu'un qui a plus d'argent. Et sa sœur… elle l'encourage. Elle lui dit que tu n'es pas à la hauteur. »

Le choc fut brutal. Le monde de Daniel s'écroula. Mawa, celle qu'il aimait plus que tout, celle en qui il avait mis toute sa confiance, l'avait trahi. Elle l'avait remplacé. Et elle avait osé le dénigrer, le rabaisser, le nier. C'était une douleur insupportable, une blessure profonde qui s'ouvrait dans son âme. Comment pouvait-elle oublier tout ce qu'ils avaient vécu ? Comment pouvait-elle le jeter comme un objet dont elle n'avait plus besoin ?

Sa grande sœur, avec sa voix venimeuse, instiguait Mawa contre lui. Elle lui susurrait des mensonges, nourrissait sa jalousie, son ambition. Et Mawa, influençable, se laissait entraîner dans cette spirale de méchanceté. Elle voyait en Daniel un obstacle à sa nouvelle conquête. Elle ne voulait plus de lui, de son amour, de son soutien. Elle le rejetait, le condamnait. Elle et sa sœur commencèrent à faire pression sur leurs amis communs. « Si vous continuez à parler à Daniel, nous ne vous parlerons plus », disaient-elles. Le cercle d'amis, divisé, se rétrécissait. Daniel se retrouvait isolé, abandonné.

Les semaines passèrent, puis les mois. Mawa ne lui parlait plus. Elle avait bloqué son numéro. Si par mégarde, elle tombait sur lui dans la rue, elle détournait le regard, le traitait avec un mépris glacial. Parfois, il entendait des bribes de conversations, des mots qui lui étaient adressés, des insultes, des accusations. Elle disait qu'il était un incapable, qu'il ne lui servait à rien. Elle oubliait, ou faisait semblant d'oublier, qu'il avait été là pour elle, qu'il avait cru en elle, qu'il avait contribué à son succès. C'est grâce à lui qu'elle avait eu son BEPC. Et aujourd'hui, elle le voyait comme un démon.

Daniel était dévasté. Il ne comprenait pas cette cruauté, cette ingratitude. Il avait toujours pensé que l'amour était une force positive, une source de bonheur et de soutien. Mais là, il découvrait une autre facette, une facette sombre et destructrice. Il avait été naïf, trop confiant. Il avait cru aux contes de fées, aux promesses éternelles. Il avait ouvert son cœur, et on lui avait arraché.

La vérité, implacable, commença à se dévoiler. Des rumeurs persistantes, des confidences chuchotées, finirent par former un tableau glaçant. Mawa avait déjà un enfant. Un enfant qu'il ignorait. Il avait vécu avec elle, l'avait aimée, sans connaître cette part essentielle de sa vie. Et ce n'était pas la première fois qu'elle changeait d'homme. Le père de son enfant, d'ailleurs, lui avait confié, lors d'une rencontre fortuite, que Mawa était une opportuniste, qu'elle était là pour l'argent, pas pour une relation sincère. Les mots résonnaient en Daniel comme une sentence.

Malgré tout ce qu'il lui avait donné, tout l'amour qu'il lui avait offert, elle était tombée pour un autre. Pour un homme qui lui promettait plus, qui pouvait lui offrir plus. Daniel n'était plus assez. Il n'était qu'une étape, un tremplin. Et maintenant qu'elle avait trouvé un autre port, elle le jetait par-dessus bord, sans remords, sans regrets.

Daniel se sentait vidé, brisé. Le jeune homme plein d'espoir, amoureux et loyal, avait été remplacé par un être blessé, désabusé. Il avait appris une leçon, une leçon cruelle sur la nature humaine, sur les apparences trompeuses, sur la fragilité des sentiments. Il avait cru aimer, mais il avait surtout été aimé… pour ce qu'il pouvait donner. Et quand il ne put plus donner, l'amour s'évapora.

Le soleil continuait de briller sur Dabakala, mais pour Daniel, le ciel s'était assombri. Les jours qui avaient été si doux, si remplis de promesses, étaient désormais marqués par la douleur et la trahison. Il avait perdu Mawa, mais plus encore, il avait perdu une partie de lui-même, de son innocence. La ville de Dabakala, qui avait été le théâtre de son premier amour, devenait le lieu de sa première grande désillusion. Les jeunes filles de cette ville, pensait-il avec amertume, étaient là pour l'argent, jamais pour un amour sincère. Et Mawa, avec son enfant et ses multiples relations, en était la parfaite illustration. La fin de son histoire avec Mawa marquait le début d'une nouvelle ère pour Daniel, une ère de prudence, de méfiance, mais aussi, peut-être, de sagesse. La leçon de vie était dure, mais elle était là, gravée à jamais dans son cœur.

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