Chapter 1

L'Envol Forcé vers Dabakala

Daniel, un jeune homme grand et élève prometteur, voit ses rêves d'armée s'éloigner faute de BEPC. Sa mère, soucieuse de son avenir, l'envoie étudier loin, à Dabakala, marquant le début d'une nouvelle étape.

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Daniel, une stature qui dépassait la moyenne, un jeune homme de dix-sept ans aux épaules larges et à la démarche assurée. 1 mètre 78, une taille qui, dans d'autres circonstances, aurait été un atout précieux pour l'armée ivoirienne, ce rêve si cher au cœur de Daniel. Mais voilà, le destin, parfois, se joue des ambitions les plus sincères. Le diplôme du Brevet d'Études du Premier Cycle, le BEPC, lui faisait défaut, une absence qui fermait les portes de la caserne et ouvrait celles d'un avenir incertain. Sa mère, seule à ses côtés depuis toujours, une femme aux mains travailleuses et au regard plein d'amour, ne pouvait se résoudre à voir son fils s'égarer. Le cœur serré, mais avec la ferme conviction que c'était pour son bien, elle prit une décision qui allait changer le cours de la vie de Daniel : l'envoyer loin, dans le nord de la Côte d'Ivoire, dans la petite ville de Dabakala, pour qu'il y poursuive ses études.

Dabakala. Le nom résonnait comme une promesse, un nouveau départ, mais aussi comme une déracinement pour Daniel. Quitter sa mère, ses repères, pour une terre inconnue, un environnement qu'il n'avait fait qu'entrevoir dans les récits des autres. Pourtant, le jeune homme, malgré la tristesse de l'éloignement, portait en lui une lueur d'espoir. Il avait toujours été un bon élève, un élève appliqué, dont les cahiers étaient le reflet d'une intelligence vive et d'une détermination sans faille. En troisième, ses bulletins scolaires témoignaient de cette excellence : 14,77 au premier trimestre, 14,03 au second, et une moyenne impressionnante de 15,08 au troisième. Les chiffres parlaient d'eux-mêmes : Daniel avait le potentiel, la soif d'apprendre.

Pour aborder sereinement les préparatifs de son examen, une étape cruciale vers l'obtention de ce fameux BEPC, Daniel eut une idée lumineuse : former un groupe d'étude. Cinq têtes pensantes, cinq esprits avides de connaissance, qui s'uniraient pour affronter ensemble les défis académiques. Il y avait Mawa, bien sûr, une présence qui allait bientôt illuminer sa vie d'une manière inattendue. Il y avait Nadège, une camarade studieuse et discrète. Il y avait Sanga, son voisin de chasse, un ami fidèle dont la présence rassurante était toujours la bienvenue. Et bien sûr, il y avait Daniel lui-même, le moteur de cette petite équipe.

Au sein de ce groupe, un visage attira particulièrement le regard de Daniel. Mawa. Une jeune fille dont la beauté simple et le sourire éclatant firent chavirer le cœur du jeune homme. Une attirance soudaine, irrésistible, qui transforma rapidement l'amitié naissante en un amour profond et sincère. Pendant un an et demi, leur relation s'épanouit, telle une fleur délicate arrosée par la tendresse et l'attention. Ils étaient inséparables, deux âmes sœurs liées par un amour si fort qu'il semblait défier le temps et l'espace. Daniel passait tout son temps auprès de Mawa, ses pensées tournées vers elle, ses appels téléphoniques constants, ses gestes d'affection débordants. Il lui donnait tout son amour, chaque parcelle de son jeune cœur.

Mawa venait souvent chez Daniel, partageant des moments de complicité dans la chaleur de son foyer. Leur relation était un sujet de conversation dans le quartier, un exemple de jeunesse éprise, leurs journées rythmées par les échanges téléphoniques interminables, les rires partagés, les promesses murmurées. Daniel, confiant dans la solidité de leur amour, souhaitait officialiser leur union, connaître la famille de Mawa, rencontrer ses sœurs, sa grande sœur. Tout le monde était au courant de leur relation, de leur bonheur apparent.

Puis, un jour, une décision fut prise. Daniel devait retourner à Abidjan, auprès de sa mère, pour une période d'études. Le départ fut empreint de la promesse de retrouvailles rapides, de l'assurance que leur amour triompherait de la distance. Daniel appelait Mawa tous les jours, partageant ses journées, ses pensées, ses envies. Mais quelque chose avait changé. La voix de Mawa, autrefois douce et pleine d'affection, se fit distante, presque froide. Elle parlait à Daniel comme on parle à un enfant, avec une condescendance qui le blessait profondément. Le respect avait disparu, remplacé par une attitude qui le laissait désemparé.

Pourtant, c'était bien lui qui avait encouragé Mawa à étudier, qui lui avait donné tout le soutien nécessaire, tout ce qu'un homme amoureux peut offrir à la femme de sa vie. Il avait mis tout son cœur dans cette relation, sacrifiant parfois ses propres besoins pour le bonheur de Mawa. Mais voilà que, influencée par sa grande sœur, le discours avait pris une tout autre tournure. Des mots malveillants commencèrent à fuser, des insinuations sur le caractère de Daniel, des tentatives de ternir son image. Mawa, déjà sous l'emprise d'un autre homme, un homme qui semblait lui offrir ce qu'elle recherchait, commençait à voir Daniel non plus comme son amour, mais comme un obstacle, une gêne.

Sa grande sœur, protectrice peut-être, ou animée par une autre motivation plus sombre, s'acharnait. Elle et Mawa demandaient aux personnes qui parlaient encore à Daniel de cesser toute communication avec lui, sous peine de voir leur propre relation avec Mawa interrompue. Et c'est ainsi que, sans un mot d'explication, sans un au revoir, leur monde s'effondra. Plus de deux mois s'écoulèrent sans que Mawa ne daigne adresser la parole à Daniel, ni même à ceux qui continuaient de le fréquenter. Le silence devint assourdissant, pesant, chargé d'une douleur sourde.

À partir de ce jour-là, Daniel devint le diable aux yeux de Mawa. Son numéro fut bloqué, ses appels ignorés. Quand il réussissait à la joindre par un autre moyen, il n'obtenait que des insultes, des reproches amers. Elle lui reprochait des choses qu'il ne comprenait pas, le traitant comme un étranger, un ennemi. Elle semblait avoir oublié qu'il avait tout fait pour elle, qu'il avait contribué à son succès, qu'il avait cru en elle, qu'il l'avait aimée de tout son être. C'est grâce à Daniel qu'elle avait obtenu son BEPC, cette clé qui ouvrait les portes de l'avenir. Et aujourd'hui, elle le voyait comme un démon, une ombre qui menaçait son nouveau bonheur.

C'était là, malheureusement, une triste réalité des jeunes filles de Dabakala, du moins selon le regard désabusé de Daniel. Des jeunes femmes guidées par l'appât du gain, passant d'une relation à l'autre sans jamais s'attacher, sans jamais rechercher un amour véritable. Mawa, il l'apprit plus tard, avait déjà un enfant, un secret qu'elle avait gardé précieusement caché. Ce n'était pas une simple amourette, mais une vie déjà bien établie, des responsabilités cachées sous le voile de la jeunesse. Et ce n'était pas la première fois qu'elle utilisait un homme pour ses propres fins. Plus de cinq relations avaient marqué son parcours, et même le père de son enfant, un homme qui avait partagé sa vie, avait fini par le dire : "Cette fille est là pour l'argent, pas pour une vraie relation."

Malgré tout ce que Daniel lui avait donné, tout son dévouement, toute sa générosité, elle avait succombé à une nouvelle proposition, un autre homme. Et ainsi, leur histoire se termina, brisée, incomprise, laissée en suspens dans un amas de regrets et de déceptions. Daniel et Mawa arrêtèrent de se parler, deux chemins qui s'étaient croisés avec tant d'espoir, et qui se séparaient désormais dans une douleur silencieuse. Deux mois s'étaient écoulés depuis leur dernière conversation, deux mois de silence radio, de vide intersidéral. C'était la fin de leur histoire, une leçon de vie amère pour Daniel, une leçon sur la fragilité de la confiance, sur la complexité des cœurs, et sur les illusions de l'amour. Le départ forcé vers Dabakala avait marqué le début d'une aventure, mais aussi le début d'une profonde désillusion.

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