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Chapter 2

Chapitre 2 : La plume d'or

Zoé, choquée, quitte le box et tombe sur Marc qui lui prête une veste. Dans la sellerie, elle revoit la vidéo et découvre une silhouette derrière la porte. Jules, un stagiaire, avoue être cette silhouette mais prétend avoir été bloqué par un cadenas qui a disparu. Méfiante, Zoé garde la vidéo. En partant, elle trouve le box vide, avec une seule plume dorée dans la paille. Un hennissement étrange retentit. Elle s'enfuit, la plume en poche.

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Zoé resta immobile dans le couloir de l'écurie, le téléphone serré dans sa main comme une bouée de sauvetage. La porte du box numéro 5 était derrière elle, fermée, mais elle en sentait encore le battant trembler contre son dos. Le poids du cheval, la chaleur, le bruit du tissu qui se déchire. Elle secoua la tête, força ses jambes à avancer. Un pas, puis un autre. La paille crissait sous ses semelles.

Une voix grave la figea.

— Zoé ? T’es pâle comme un linge.

Marc, le palefrenier en chef, se tenait à l’entrée de la sellerie, les bras croisés. Il avait une cinquantaine d’années, des mains calleuses et un regard qui ne laissait rien passer. Il la détailla de la tête aux pieds, s’arrêtant sur son t-shirt en lambeaux et son jean déchiré.

— Tu t’es pris une ruade ? demanda-t-il d’une voix neutre.

— Non. Je… je suis tombée. Dans la paille. J’ai glissé.

Marc haussa un sourcil, mais il ne la poussa pas. Il décrocha une veste de travail accrochée à un crochet et la lui tendit.

— Couvre-toi. Et rentre chez toi. Il va pleuvoir.

Zoé saisit la veste, la passa sur ses épaules. Le tissu sentait le cheval et le foin. Elle voulut remercier, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Elle hocha la tête et se dirigea vers la sellerie, la pièce où elle rangeait ses affaires.

La sellerie était une petite pièce sombre, éclairée par une ampoule nue. Des sacs de nourriture, des seaux, des licols pendaient aux murs. Son sac à dos était posé sur une caisse en plastique. Elle s’assit sur le banc, les jambes molles, et sortit son téléphone. L’écran s’alluma. La vidéo était toujours dans la mémoire. L’icône de lecture la narguait.

Elle inspira profondément. Il fallait qu’elle sache. Qu’elle accepte. Peut-être qu'en revoyant les images, elle pourrait comprendre ce qui n’allait pas chez Crème, ou trouver une explication rationnelle. Elle appuya sur play.

La vidéo commençait par son propre visage, souriant, le téléphone tenu à bout de bras.

— Alors, je vais m’occuper de Crème, disait-elle, la voix un peu forcée. Il est tout doux, vous allez voir.

Elle pivota vers le box. La porte était entrouverte. Elle la poussa, et l’image devint un plan large : la paille, le cheval au fond, les murs en bois. Elle entendit sa propre voix à nouveau, murmurant des paroles rassurantes. Puis elle posa le téléphone sur le sac, l’objectif orienté vers elle et l'étalon.

Zoé regarda la suite, figée. Elle se vit s’approcher de Crème, tendre la main. Elle vit la lueur dans l’œil du cheval, le mouvement brusque. Elle se vit tomber, se débattre. Le son était net : le hennissement, le bruit du corps contre la paille, son propre souffle. Elle bloqua le son, mais l’image continua. Elle vit Crème la monter, son corps immense l’écraser. Elle ferma les yeux, puis les rouvrit. La vidéo continuait.

Quelque chose attira son regard. Dans le coin droit de l’image, là où la porte du box apparaissait en partie, une ombre bougeait. Zoé rembobina. Elle regarda attentivement. Au début de la vidéo, alors qu’elle n’était pas encore entrée, la porte était déjà entrouverte. Elle ne l’avait pas fermée. Mais elle se souvenait d’avoir entendu le loquet claquer derrière elle. Pourtant, sur l’écran, la porte n’était pas complètement fermée. Un léger interstice laissait voir un rectangle de lumière. Et dans cet interstice, une silhouette se tenait. Une forme humaine, immobile, qui observait.

Zoé avança la vidéo image par image. La silhouette était nette : une personne debout juste derrière la porte, regardant à l’intérieur. Au moment où elle tomba, la silhouette s’éloigna, puis disparut. Quelqu’un avait vu. Avait-il vu toute la scène ? Avait-il laissé faire ? Avait-il fermé la porte exprès pour qu’elle ne puisse pas sortir ?

Son cœur cognait. Elle lâcha le téléphone sur le banc, les mains tremblantes. Elle n’était pas seule dans l’écurie. Quelqu’un l’avait observée pendant tout le cauchemar.

Un bruit la fit sursauter : un pas étouffé dans le couloir. La porte de la sellerie s’ouvrit lentement. Une tête apparut : un garçon d’environ seize ans, les cheveux bruns en bataille, les yeux clairs. Il portait un sweat à capuche et des bottes éculées. C’était Jules, le nouveau stagiaire, celui qui ne parlait jamais beaucoup.

— Salut, Zoé. Ça va ? dit-il d’une voix douce.

Elle ne répondit pas. Elle le regarda fixement. Il était plus petit que Marc, un peu voûté. Il entra dans la sellerie et referma la porte derrière lui.

— J’ai vu Marc qui te demandait de rentrer. Je… je voulais vérifier que tu allais bien. Tu es toute blanche.

— Qu’est-ce que tu faisais là, tout à l’heure ? demanda-t-elle d’une voix qu’elle voulait ferme, mais qui tremblait.

Jules haussa les épaules.

— J’étais dans la remise, à nettoyer des brides. Pourquoi ?

— Tu as vu quelque chose ? Près du box numéro 5 ?

Il baissa les yeux, puis releva la tête.

— Pourquoi tu me demandes ça ?

Zoé prit son téléphone, le lui tendit. La vidéo était figée sur la silhouette.

— Regarde. Il y a quelqu’un. C’est toi ?

Jules prit l’appareil, regarda l’écran. Son visage se durcit. Il resta silencieux un long moment, puis soupira.

— C’est moi, oui.

Zoé sentit un frisson glacé lui parcourir le dos.

— Qu’est-ce que tu faisais là ? Pourquoi tu nous espionnais ?

— Je t’espionnais pas, je… j’étais inquiet. Crème, c’est un étalon compliqué. J’ai déjà vu des filles se faire mal avec lui. La patronne ne veut pas l’admettre, mais il est dangereux. Je voulais m’assurer que tu ne courais pas de risque.

— Et tu es resté là sans rien dire ? Sans intervenir ? Tu m’as vue tomber, tu m’as vue… tu es resté regarder ?

Sa voix monta, presque un cri. Jules recula d’un pas, les mains levées.

— J’ai essayé d’ouvrir la porte, mais elle était verrouillée de l’extérieur. Quelqu’un avait mis un cadenas. Je ne pouvais pas entrer. J’ai couru chercher la clé, mais quand je suis revenu, c’était fini. Tu étais par terre, il était calmé. J’ai eu peur. Je me suis enfui.

Il parlait vite, les mots se bousculant. Zoé le fixait, cherchant un mensonge dans son regard. Il avait l’air sincèrement désolé, les épaules tombantes, les mains pendant le long de son corps.

— Qui a mis le cadenas ? demanda-t-elle.

— Je ne sais pas. Le cadenas n’y était pas avant. Je le jure. J’ai vu la porte fermée, j’ai tiré, c’était verrouillé. J’ai appelé, mais tu ne répondais pas. Je suis allé dans l’atelier, mais la clé n’y était pas. Et quand je suis revenu, le cadenas avait disparu. Je ne sais pas ce qui s’est passé.

Zoé s’assit sur le banc, la tête dans les mains. Tout ça était trop étrange. Un cadenas apparu et disparu ? La porte qu’elle n’avait pas fermée ? L’œil de Crème, cette lueur qu’elle n’avait jamais vue ? Il y avait quelque chose de pourri dans cette écurie.

Jules s’approcha, s’accroupit devant elle.

— Je peux t’aider si tu veux. On peut effacer la vidéo. Personne ne saura. Tu pourras oublier.

— Non, dit-elle d’une voix ferme. Je ne veux pas oublier. Je veux comprendre. Et je veux que le coupable paie.

— Le coupable ? Le cheval ? Il n’y a rien à faire contre un cheval. La patronne le protège. Il vaut une fortune.

— Je ne parle pas du cheval. Je parle de celui qui a mis le cadenas. Et de celui qui regardait. Tu étais là, Jules. Mais peut-être que tu n’étais pas seul.

Il la regarda, blessé.

— Tu crois que j’ai participé ?

— Je ne sais pas quoi croire. Mais je garde la vidéo. Elle prouve qu’on m’a observée.

Jules se releva, secoua la tête.

— Fais comme tu veux. Mais ne fais confiance à personne, Zoé. Pas même à moi.

Il tourna les talons et sortit, la porte claquant derrière lui. Zoé resta seule, le téléphone dans une main, la veste de Marc sur les épaules. Elle regarda la vidéo une dernière fois, arrêtée sur l’image de l’ombr. Une idée lui vint : et si la silhouette n’était pas Jules, mais quelqu’un d’autre ? L’image était floue. Cela aurait pu être n’importe qui. Marc, la patronne, un autre employé.

Elle rangea le téléphone dans sa poche, se leva. Il fallait qu’elle sorte de là. Elle prit son sac à dos, enfila la veste, et quitta la sellerie.

Le couloir était vide. Les boxes alignés, portes fermées, semblaient l’observer. Elle marcha vite vers la sortie, mais au passage du box numéro 5, elle s’arrêta. La porte était grande ouverte. Le box était vide. Plus de paille, plus de cheval. Rien. Le sol nu, les murs nus, une seule plume dorée au milieu de la terre battue.

Zoé cligna des yeux. La plume était longue, brillante, comme si elle était en or pur. Elle se baissa, la ramassa. Elle était chaude, presque tiède. Elle la tourna entre ses doigts.

Un hennissement retentit derrière elle, venant du fond de l’écurie. Un hennissement puissant, presque humain. Elle se retourna. Le couloir s’étendait jusqu’à l’ombre. Personne. Mais le son semblait venir de nulle part.

Elle serra la plume dans sa main. Elle ne savait pas ce qui se passait, mais une certitude s’imposa : cette écurie n’était pas un endroit ordinaire. Crème n’était pas un cheval ordinaire. Et quelqu’un, ou quelque chose, jouait un jeu dangereux.

Elle glissa la plume dans sa poche, à côté du téléphone. Puis elle courut vers la sortie, sans se retourner.

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