Chapter 3
Un Désir Troublant
L'attirance pour Estevão devient irrésistible. Valentina se perd dans des pensées passionnées, luttant contre la réalité de son mariage contractuel et le désir de revivre son premier amour.
Le parfum du jasmin flottait encore dans l'air, vestige d'une soirée qui semblait appartenir à une autre vie, à une autre Valentina. Pourtant, c'était bien elle, allongée dans le lit immaculé de cette chambre d'hôtel luxueuse, le corps encore chaud des caresses fugaces de Victor. Le mariage. Le contrat. Les mots résonnaient dans son esprit comme un écho lointain, une mélodie qu'elle avait appris à tolérer, mais jamais à aimer. Douze mois. C'était la durée. Douze mois de cette mascarade, de cette intimité forcée, de ce silence pactisé. Elle devait tenir bon, pour son père, pour l'entreprise, pour l'avenir qu'il représentait.
Mais alors qu'elle tentait de se raccrocher à la raison, une autre image, plus vibrante, plus ardente, s'imposait à elle. Estevão. Le simple nom suffisait à faire naître un frisson le long de sa colonne vertébrale, un frisson qui n'avait rien à voir avec la froideur calculée de Victor. Elle ferma les yeux, essayant de chasser ce souvenir, mais c'était peine perdue. Le visage d'Estevão, le sourire espiègle, le regard intense qui semblait lire au plus profond de son âme… tout cela revenait, plus vif que jamais.
Elle se souvenait de leur première rencontre, comme si c'était hier. Un après-midi d'été, le soleil caressant les feuilles d'un parc, leurs mains se frôlant par hasard. Il avait ce je-ne-sais-quoi, cette aura de liberté et de passion qui l'avait immédiatement captivée. Estevão, le rêveur, l'artiste, celui qui voyait le monde en couleurs vives, là où Victor ne voyait que des chiffres et des stratégies.
Et puis, il y avait eu cette soirée, leur dernière avant qu'il ne parte étudier à l'étranger. La pluie tombait en rideaux silencieux, leurs corps se cherchaient dans une étreinte fiévreuse, leurs cœurs battant à l'unisson. Les promesses murmurées, les larmes sur ses joues, l'espoir d'un retour… tout cela avait été balayé par la réalité brutale de l'entreprise en péril. Son père, le visage marqué par l'inquiétude, lui avait présenté Victor comme une bouée de sauvetage. Un mariage de raison, un contrat. Et elle avait accepté, le cœur brisé, enterrant ses sentiments pour Estevão sous des couches de devoir et de sacrifice.
Maintenant, le voilà. Réapparu comme par enchantement, le même regard brûlant, la même présence magnétique. Et Valentina se sentait de nouveau cette jeune fille éperdue, incapable de résister à l'appel de son cœur. La réalité de son mariage avec Victor lui semblait soudainement irréelle, fragile. Comment pouvait-elle être si attirée par cet homme, par ce passé qui la hantait, alors qu'elle était engagée, liée par un serment, même s'il n'était que de papier ?
Elle se leva, s'approcha de la fenêtre, le tissu de la robe de chambre glissant sur sa peau. La ville s'étendait à ses pieds, un océan de lumières indifférentes. Elle pensa à Victor, à son allure parfaite, à son sourire professionnel, à la manière dont il avait accepté ce mariage sans la moindre hésitation apparente. Était-il vraiment aussi détaché qu'il le prétendait ? Ou cachait-il ses propres sentiments derrière un masque de pragmatisme ? Elle ne le savait pas. Et cette incertitude ne faisait qu'ajouter à son malaise.
Estevão, lui, était tout le contraire. Il était une tempête, un torrent impétueux qui menaçait de tout emporter sur son passage. Il avait ce don de la faire se sentir vivante, vibrante, désirée. Et ce désir, elle ne pouvait plus le nier. Il la consumait de l'intérieur, une braise ardente attisée par les retrouvailles.
Elle se remémora leur conversation d'hier, dans ce café discret, loin des regards indiscrets. Ses yeux s'étaient allumés en la voyant, comme s'il l'avait attendue depuis toujours. Il lui avait parlé de ses voyages, de ses nouvelles œuvres, mais son regard ne quittait jamais le sien. Et puis, il avait osé. "Tu me manques, Valentina." Ces mots simples avaient eu l'effet d'un coup de poing, réveillant en elle une douleur sourde, un regret lancinant.
"Je ne peux pas," avait-elle murmuré, la voix tremblante. "Je suis mariée."
Il avait souri, un sourire teinté de tristesse et de compréhension. "Je sais. Mais parfois, les contrats peuvent être… révisés, non ?"
Ces mots. "Révisés." Ils résonnaient encore dans sa tête, une promesse tentante, un appel au danger. Réviser le contrat ? Oublier Victor, oublier le devoir, et se jeter dans les bras d'Estevão ? L'idée était vertigineuse, effrayante et exaltante à la fois.
Elle posa sa main sur la vitre froide, sentant le frisson parcourir son corps. Elle était prise au piège. Le contrat représentait la sécurité, la stabilité, le respect de ses engagements. Mais Estevão… Estevão représentait la passion, l'amour, la vie qu'elle avait toujours rêvée. Comment choisir entre la raison et le cœur, entre la réalité et le désir ?
Elle se retourna, regardant le lit défait, le symbole de sa vie actuelle. Une vie ordonnée, prévisible, mais dépourvue de cette étincelle qui faisait battre son cœur. Elle pensa à l'avenir qu'elle s'était construit, un avenir sans passion, sans folie, sans Estevão. Et soudain, l'idée lui parut insupportable.
Elle se souvenait de cette sensation étrange qu'elle avait ressentie en le revoyant, comme si le temps s'était figé, comme si elle était revenue à l'époque où tout était possible. Était-ce juste son imagination, sa nostalgie ? Ou y avait-il quelque chose de plus ? Quelque chose d'inexplicable qui la reliait à Estevão, qui brouillait les cartes de son présent ?
Elle se décida. Elle ne pouvait plus rester là, à errer dans les limbes de son indécision. Il fallait qu'elle agisse, qu'elle prenne une décision, quelle qu'elle soit. Elle se dirigea vers la commode, ouvrit un tiroir et en sortit un petit carnet noir, celui qu'elle utilisait pour noter ses pensées les plus intimes. Elle saisit un stylo, ses doigts tremblant légèrement.
Elle devait écrire. Elle devait mettre des mots sur ses sentiments, sur ses désirs, sur ses peurs. Elle devait comprendre ce qui se passait en elle, ce qui la poussait à désirer Estevão avec une telle intensité, malgré le contrat qui la liait à Victor.
Elle commença à écrire, les mots coulant sur le papier comme une rivière en crue. Elle décrivit la sensation de ses retrouvailles, l'étincelle dans les yeux d'Estevão, l'appel de son cœur. Elle écrivit sur la réalité de son mariage, sur la froideur calculée de Victor, sur le sacrifice qu'elle avait consenti. Et elle écrivit sur le doute, sur l'espoir, sur le désir troublant qui la consumait.
Au fur et à mesure qu'elle écrivait, une idée commença à germer dans son esprit. Et si le temps n'était pas aussi rigide qu'elle le pensait ? Et si le passé pouvait être altéré, si les choix d'aujourd'hui pouvaient réécrire les pages d'hier ? C'était une pensée folle, un rêve impossible, mais elle y trouvait une étrange consolation.
Elle ne savait pas encore ce qu'elle allait faire. L'idée de rompre le contrat, de trahir Victor, la terrifiait. Mais l'idée de renoncer à Estevão, de laisser s'échapper cette chance de retrouver le véritable amour, lui brisait le cœur.
Elle ferma le carnet, le cœur battant la chamade. La décision n'était pas encore prise, mais elle sentait qu'elle était sur le point de basculer. Le désir pour Estevão était devenu irrésistible, une force qui menaçait de la submerger. Elle était à un carrefour, et le chemin qu'elle choisirait aurait des répercussions inattendues sur son présent et son avenir. Elle devait faire un choix. Honorer le contrat ou oser réécrire son destin. La nuit était encore longue, et elle savait qu'elle ne trouverait pas le sommeil tant qu'elle n'aurait pas trouvé la réponse. La réponse qui changerait tout.