Chapter 4
Le Premier Pas Incertain
Armé de ce numéro, je franchis le pas. L'espoir d'une explication, d'un rapprochement. Mais la méfiance plane, le premier contact est fragile, teinté d'appréhension.
Le froid de l'hiver s'était dissous, laissant place au renouveau timide du printemps, puis à la chaleur enveloppante de l'été. Les saisons avaient défilé, chacune apportant son lot de jours longs et lumineux, de soirées douces où les étoiles semblaient plus proches, et de nuits plus sombres où le silence de la maison de ma tante pesait davantage. J'avais grandi, mes jambes s'allongeaient, ma voix muait, mais au fond de moi, l'enfant de trois ans abandonné sur le perron un matin d'hiver restait ancré, une ombre persistante dans mon existence. Ma tante, avec sa patience infinie et ses mains toujours occupées, avait été mon port d'attache. Elle ne parlait jamais de ma mère, comme si cette absence était un sujet tabou, une plaie que le temps n'avait pas réussi à refermer, mais qu'il fallait laisser cicatriser dans l'ombre. Les conversations tournaient autour de l'école, des corvées, de la vie simple qui s'écoulait au rythme des saisons. Je l'aimais, ma tante, d'un amour profond et reconnaissant, mais son amour, aussi solide soit-il, ne pouvait pas combler le vide immense laissé par ma mère.
Mes sœurs aînées, elles, avaient gardé un lien plus ténu, une sorte de fil invisible les reliant à cette figure maternelle énigmatique. Elles venaient me voir, surtout pendant les vacances, apportant avec elles un vent de fraîcheur, des rires, des histoires du monde extérieur, un monde où ma mère existait encore, même si elles aussi, j'en étais sûr, se posaient des questions. Elles étaient plus âgées, plus conscientes des complexités de la vie, et elles avaient cette maturité qui me manquait encore. C'est lors d'une de ces visites, un après-midi d'août où l'air était lourd et sentait la terre mouillée après un orage d'été, qu'elles m'ont regardé avec une intensité nouvelle. Ma sœur aînée, celle qui avait toujours été la plus protectrice, tenait un petit bout de papier froissé dans sa main. Son regard croisa le mien, puis celui de ma tante qui était assise non loin, ses aiguilles à tricoter dansant dans ses mains avec un rythme familier.
« On a quelque chose pour toi, » dit ma sœur, sa voix légèrement hésitante. J'ai levé les yeux de mon dessin, un paysage imaginaire peuplé d'arbres aux couleurs improbables. « Qu'est-ce que c'est ? »
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